Après une chute massive de fruits en juin, la filière agrumicole marocaine encaisse un nouveau coup dur.
Depuis début juillet, et plus particulièrement à partir du 04 août, une vague de chaleur exceptionnelle s’abat sur plusieurs zones de production. Le pic ? 47,3 °C dans le Gharb-Sidi Kacem, 47 °C dans le Souss-Taroudant, 45,8 °C à Marrakech, 45,4 °C dans le Tadla-Béni Mellal, 40 °C dans la Moulouya. Même le Gharb -dont Kénitra, longtemps épargné par les canicules, est durement frappé. Dans certaines régions, la situation est telle que des arrachages de vergers sont envisagés, mettant en péril la pérennité de la filière.
Parmi les zones les plus impactées, citons la région située entre El Aouamra et My Bousselham; ainsi que Tiflet. Toutes les variétés sont touchées, oranges ou petits fruits.
Faute de lâchers suffisants des barrages, des recours aux nappes
Cette vague de chaleur arrive dans un contexte hydrique déjà critique. Marrakech n’a pas reçu une goutte du barrage Hassan Iᵉʳ. Béni Mellal n’a connu qu’un lâcher ponctuel de quatre jours fin juillet. A Sidi Kacem, l’irrigation à partir de l’Oued Sebou est à l’arrêt. Résultat : les producteurs se tournent vers le pompage souterrain, ce qui provoque un rabattement des nappes et une explosion de la facture énergétique en raison des faibles débits des forages.
Cette combinaison de canicule et de manque d’eau affecte directement la filière, en menaçant la survie des arbres déjà fragilisés par le stress hydrique, en faisant peser un risque de chute de la production dans les propriétés dépourvues de ressources hydriques minimales, en impactant le calibre des fruits, facteur clé du rendement, et en dégradant leur qualité, notamment à cause des coups de soleil et du risque de granulation, susceptibles de les rendre non conformes aux normes d’exportation.
Criquets à Béni Mellal : une invasion qui aggrave la crise de la filière, les producteurs doivent traiter les foyers actifs
Depuis fin juillet, un autre fléau s’invite dans le paysage : les criquets égyptiens. La région de Béni Mellal fait face à une invasion de criquets égyptiens (Anecridium aegyptium). Le climat chaud et sec favorise leur reproduction rapide. Ces insectes voraces s’attaquent aux feuillages des arbres et des cultures, provoquant une défoliation partielle, compromettant à terme la vitalité des arbres et la production.
Alertés, les services de l’ONSSA et du Centre national de lutte antiacridienne se sont déplacés et ont effectué des inspections dans les exploitations touchées, avant de mobiliser les équipes du Centre national de lutte antiacridienne (CNLAA). Leur diagnostic : inutile de lancer une lutte chimique à grande échelle. Les produits disponibles en ultra bas volume (UBV) présentent un risque de phytotoxicité pour les vergers fruitiers, et les équipements de pulvérisation actuels ne sont pas adaptés à l’arboriculture en zone cultivée.
La stratégie recommandée repose sur trois leviers :
1. Traiter seulement les foyers actifs. Son efficacité reste limitée si elle est seule, en raison de la dynamique de déplacement des insectes.
2. Ramasser les insectes tôt le matin, pendant la phase de non-vol. L’utilisation de lampes torches facilite le repérage. Cette méthode, bien que laborieuse, est particulièrement efficace en début de pullulation.
3. Retourner le sol pour exposer les œufs à la chaleur et la lumière, perturbant ainsi le cycle reproductif.
Les professionnels insistent : cette lutte ne réussira que si tous les producteurs s’y mettent. Si certains agissent et d’autres pas, les criquets continueront à se propager.
En cas d’inaction, la population pourrait être multipliée par centaines en quelques semaines, se déplacer rapidement de verger en verger et provoquer une extension de l’infestation à d’autres zones productives.
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