Le ministère du Transport et de la logistique a annoncé le report de la mise en œuvre de la procédure de contrôle des motos élaborée par l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA) et adressée à la Direction générale de la Sûreté nationale le 6 août 2025. Cette décision a été prise après consultation avec le chef du gouvernement, en tenant compte à la fois des exigences de sécurité routière et des conditions socio-économiques des propriétaires de motos.

L’Agence nationale de la sécurité routière a instauré à la mi-aout, une procédure unifiée de contrôle des cyclomoteurs à l’aide d’un « speedomètre ». Les contrevenants risquaient des amendes de 5.000 à 30.000 DH et, en cas de récidive, à des peines de prison.

Une décision aux allures de rétropédalage

La première annonce avait donc été faite par NARSA, et la seconde par la tutelle, le ministère du Transport et de la logistique. Si l’objectif avait été uniquement de laisser aux motocyclistes le temps de se préparer, c’est la NARSA qui aurait publié le deuxième communiqué.

En fait, la décision a été mal accueillie par la nombreuse population de motocyclistes au Maroc, ce deux-roues étant un moyen de transport irremplaçable. De plus, il s’est avéré que de nombreux engins étaient couramment importés avec une vitesse supérieure aux limites autorisées, ce qui pose la question de l’homologation à l’import. Dernier point, rien dans la loi n’autorise à contrôler la vitesse maximale de cette manière, par un usage de speedomètre à des barrages.

Enfin, quid des engins mis à la fourrière?

Officiellement, 312.000 motocyclettes en 2023

Selon les données officielles publiées dans Maroc en chiffres 2024 par le haut-commissariat au Plan (HCP), le parc national de motos comptait environ 312.148 unités au 31 décembre 2023. Le chiffre parait dérisoire au regard du nombre de motocyclettes que l’on voit dans toutes les villes du Maroc.

Cette catégorie d’engins est particulièrement concernée par les accidents de la route : en 2024, 1.738 personnes ont perdu la vie dans des accidents impliquant des motos, soit plus de 43% du total des décès par accidents de la voie publique. La majorité de ces accidents est liée à la vitesse excessive, parfois consécutive à des modifications illégales des caractéristiques techniques des motos.

Le ministère du Transport souligne que l’activation du programme de prévention estival a permis une baisse significative du nombre de décès en juillet 2025, avec une réduction de 25% hors milieu urbain et de 5,2% au niveau national par rapport à la même période en 2024. En revanche, une augmentation d’environ 49% a été constatée en milieu urbain, principalement en raison des accidents corporels impliquant des motos.

« Pour permettre aux propriétaires de se conformer aux normes », le ministère a décidé de leur accorder une période de mise en conformité. Cette période permettra de vérifier que les motos respectent la cylindrée maximale de 50 cm³ et la vitesse maximale de 50 km/h, et d’adapter les véhicules si nécessaire. La durée exacte de cette période sera déterminée après consultation avec la Commission permanente de la sécurité routière et l’ensemble des acteurs concernés.

Le ministère insiste également sur la poursuite des campagnes de sensibilisation et d’information, via les médias audiovisuels, numériques et les actions de terrain, afin de garantir l’adhésion des propriétaires et d’améliorer la sécurité des usagers sur l’ensemble du territoire.

« Cette décision traduit la volonté des autorités de concilier sécurité routière et droits des propriétaires, tout en tenant compte des réalités sociales et économiques des citoyens, et s’inscrit dans une stratégie globale de réduction des accidents impliquant les motocyclistes », conclut-on.