À quelques encablures de Kampala, la capitale de l’Ouganda, le stade national Mandela sonnait creux ce mardi 26 août lors de la demi-finale du Championnat d’Afrique des nations des joueurs locaux. Les rares supporters présents ont tout de même eu droit à une rencontre disputée, qui a vu le Maroc décrocher son billet pour la finale aux dépens du tenant du titre sénégalais.
Ce n’était pas aisé pour les joueurs du Maroc, qui ont dû attendre la séance des tirs au but pour avoir le droit de glaner un troisième sacre dans la compétition. Si l’on compare souvent les penalties à une loterie, le Maroc a prouvé que ce n’était pas un exercice aussi hasardeux.
En s’appuyant sur une technique sûre et un grand gardien, l’équipe nationale est sortie victorieuse malgré la charge émotionnelle et la grosse pression inhérentes à l’épilogue de ce match. D’un sang-froid extrême, Hrimate a été le premier à transformer sa tentative pour mettre la pression sur le tireur sénégalais. Une pression trop forte pour Ndiaye qui a envoyé le ballon sur la barre transversale du gardien de l’EN.
Cet avantage, Oussama Lamlioui l’a validé même si Aruna Diouf a été à quelques centimètres de repousser la tentative marocaine. Cissé a entretenu l’espoir du Sénégal en prenant à contre-pied El Harrar. Ayoub Kheiri n’a pas tremblé pour maintenir ses coéquipiers devant au tableau d’affichage et prolonger le sans-faute marocain.
Le Sénégal est revenu en marquant un deuxième penalty, avant qu’Anas Bach ne trompe en force le gardien adverse. N’ayant plus le droit à l’erreur, Daouda Ba a réussi à convertir son tir au but. Mais c’était peine perdue puisque Youssef Mehri a envoyé ses coéquipiers en finale.
Maroc -Sénégal: Début laborieux
Pour revenir sur la rencontre, elle a débuté sur un faux rythme avec beaucoup d’approximations techniques, à l’image des relances courtes ou longues manquées de Mehdi Mchakhchekh, qui a joui de la confiance de Tarik Sektioui, en dépit du retour de suspension de Bouchaib Arassi.
Mourad Louadni a pour sa part repris sa place au sein de la charnière centrale. Le sélectionneur national a certainement peu goûté aux nombreuses erreurs commises par le défenseur du Raja lors de la phase de groupes.
Pour le reste, le staff marocain n’a pas inventé la roue. Hormis la défense centrale, le onze aligné s’inscrit dans la continuité du quart de finale contre la Tanzanie. À l’instar de deux boxeurs sur un ring, la phase d’observation entre les deux équipes a duré plusieurs minutes, marquée par une dureté dans le contact.
Craignant les atouts offensifs de l’EN, le Sénégal s’est regroupé autour d’un bloc défensif où l’on pouvait parfois retrouver six joueurs sur la même ligne arrière afin d’occuper toute la largeur. Mais cela a eu pour effet de dépeupler l’entrejeu puisque les Marocains se sont souvent retrouvés en supériorité numérique dans cette zone si importante.
En outre, la position très haute de Youssef Belaamari, avec Mohamed Rabie Hrimate en couverture, a particulièrement gêné le Sénégal. Toutefois, pas une occasion franche n’était à signaler avant l’ouverture du score par Layousse Samb, d’une tête piquée sur corner qui n’a laissé aucune chance à Mehdi El Harrar (17’).
Sur l’action, le buteur sénégalais était étrangement libre de tout marquage au cœur de la surface de réparation de l’équipe nationale. Loin d’être abattus, les Lions de l’Atlas ont multiplié les temps de possession tout en accélérant les transmissions. Bien leur en a pris puisque le but égalisateur ne s’est pas fait attendre grâce à une sublime volée de Sabir Bougrine à l’entrée des 16 mètres adverses, qui n’a laissé aucune chance à Arona Diouf (23’).
Le Maroc ne pouvait rêver meilleur timing pour recoller au score et éviter de trop gamberger. Cette égalisation est une preuve de la progression mentale du groupe de l’équipe nationale. Car la dernière fois que le Maroc était mené, il n’avait pas réussi à éviter une défaite face au Kenya en phase de groupes.
Sûrs de leur force, les Lions de l’Atlas n’ont pas desserré leur étreinte autour de la défense sénégalaise. Tout en évitant de confondre vitesse et précipitation, les hommes de Tarik Sektioui ont sans cesse attaqué la profondeur quand ils avaient le ballon et fait le dos rond lorsqu’ils le perdaient.
Cette précieuse capacité à gérer les temps faibles a été tout aussi importante dans la qualification que les buts marqués. Elle symbolise une forme de maturité tactique, apanage des grandes équipes. Cela n’a pas empêché les coéquipiers de Youssef Mehri de pousser en fin de première mi-temps, à l’instar de ce tir un peu trop écrasé de Sabir Bougrine (40’), parfaitement capté par le portier sénégalais.
Mehdi El Harrar a eu un peu plus de difficulté pour repousser en corner la frappe cadrée de Moussa Cissé (42’). Un coup de pied de coin qui a bien failli déboucher sur un deuxième but sénégalais, soulignant les lacunes en matière de placement affichées par le Maroc sur cette phase de jeu.
Les ajustements apportés en matière de positionnement des joueurs en zone et ceux au marquage ont réduit le pouvoir de nuisance adverse. À cet instant du match, le suspense demeurait entier. Même si la domination du Maroc laissait présager une supériorité en seconde mi-temps pour les Lions de l’Atlas. Tout aurait pu s’effondrer sur un long ballon anodin mal géré par la défense marocaine.
Une erreur qui a obligé Marouane Louadni à se sacrifier pour déséquilibrer son adversaire qui filait seul au but. Expulsion logique pour le nouveau défenseur des FAR (55’). Mais après révision des images par l’arbitre, le carton rouge s’est transformé en jaune. Tant mieux pour le spectacle et pour le scénario de la rencontre. Même si la décision du corps arbitral est discutable.
Après l’homme en noir (en jaune), c’est Mehdi El Harrar qui a laissé le Maroc dans le match en réalisant une sublime parade sur le coup franc suivant. Quelques minutes plus tard, c’est le dernier rempart sénégalais qui a dû sortir un arrêt exceptionnel pour dévier la tête de Youssef Mehri qui prenait la direction du cadre (67’). C’était l’une des rares occasions nettes d’un second acte au jeu haché et sans rythme.
Conjugué au manque d’implication, l’enjeu a sans doute inhibé les intentions offensives des uns et des autres pour déboucher sur un nul au bout de la seconde mi-temps. Les prolongations n’ont pas offert de frissons non plus aux spectateurs et téléspectateurs. Hormis le sauvetage de Daouda Ba sur sa ligne, privant le Maroc d’un but qui aurait été mérité, il aurait été préférable d’aller directement à la séance des tirs au but, tant elle a été aussi haletante qu’irrespirable.
Un chassé-croisé d’une grande intensité émotionnelle, au terme duquel l’équipe nationale a fêté une qualification méritée grâce notamment à des joueurs précis et héroïques.