L’Opposition est la première et jusqu’à présent la seule à communiquer sur le détail des propositions adressées au ministère de l’Intérieur au sujet des législatives 2026. Le PJD a dégainé le premier, le vendredi 29 aout 2025. Le PPS le fera ce lundi. Dans les deux cas, il s’agit d’une conférence de presse.
Dans le discours du Trône, le Roi avait chargé le ministre de l’Intérieur de superviser l’élaboration du dispositif légal et réglementaire relatif aux législatives 2026, pour qu’il soit prêt avant la fin de l’année en cours. A notre connaissance, ce sera la première fois de l’époque récente que les partis auront de la visibilité d’une manière aussi précoce avant les élections.
Après le discours royal, le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit avait rencontré les partis politiques et leur a demandé de remettre leurs propositions avant la fin du mois.
En attendant donc les explications que fournira le PPS lundi, voici notre lecture de la présentation du PJD le vendredi. Nous relayons ci-dessous la vidéo intégrale de la rencontre du PJD avec la presse. Nous publierons en début de semaine prochaine le document de présentation du mémorandum qui a été commenté par Driss Azami Idrissi.
À la tribune donc, Abdelilah Benkirane, secrétaire général du parti. A sa droite, son adjoint officiel Driss Azami Idrissi; et à sa gauche Abdellah Bouanou, président du groupe parlementaire du PJD.
Driss Azami, un homme qui s’exprime d’une manière structurée et posée et qui accepte le débat, expose les grandes lignes du mémorandum du PJD. Un positionnement de transparence, indispensable pour susciter ou renforcer la confiance. Ne pas communiquer, c’est donner l’impression d’avoir quelque chose à cacher.
Le débat sur le quotient électoral rejaillit
Pour Driss Azami Idrissi, le Maroc a connu, depuis 2016, « une régression sur le plan de l’édification démocratique, laquelle s’est accentuée avec les dysfonctionnements, dépassements et conséquences des élections du 8 septembre 2021 ».
En tête de ces dysfonctionnements, le parti cite, sans surprise, la question du quotient électoral. En 2021, le mode de calcul du quotient électoral (nombre de voix par siège) a été changé et le seuil électoral a été supprimé. Un changement qui handicape les grands partis, balkanise en quelque sorte le Parlement, et lisse les résultats vers les partis qui obtiennent le moins de voix.
A l’époque, le PJD était généralement considéré comme un grand parti ; il avait obtenu 125 sièges à la Chambre des représentants en 2016. En 2021, il est tombé à 13 sièges. Ce crash s’explique-t-il par le changement de quotient électoral? Non, au contraire. Sans le quotient électoral et les listes nationales, il serait tombé encore plus bas. Il n’était quasiment pas parvenu à mobiliser des candidats en milieu rural et obtenu beaucoup moins de voix qu’auparavant dans ses fiefs urbains.
Le mode actuel de calcul du quotient électoral est discutable, c’est certain. Mais celui que demande le PJD, c’est-à-dire le retour à celui de 2016, également. Le mode actuel est une forme de proportionnalité avancée. Le précédent avantageait la concentration et pouvait être accusé de nuire à la diversité de la représentativité. Revenir au mode précédent, c’est donner un avantage aux trois partis du gouvernement.
Mais comment se décide le contenu d’une loi électorale? Est-ce par consensus plus ou moins large avec les partis, ou bien uniquement par vote majoritaire au Parlement? Quoi qu’il en soit, la case vote est obligatoire. Quant aux tractations, elles ne sont pas publiques.
M. Azami Idrissi a également stigmatisé « l’usage intensif de l’argent » ainsi que la « neutralité passive de l’appareil administratif chargé de l’organisation des élections ». S’y ajoute la « mise en avant de créatures électorales corrompues, opportunistes et étrangères au corps politique et partisan, dont certaines affaires commencent à émerger de temps à autre ». Sur ce dernier point, jamais on n’avait vu autant de procès et condamnations visant des élus.
Le secrétaire général adjoint du PJD lance une accusation grave qui mérite enquête: l’exploitation selon lui de la base de données de l’aide sociale mise en place à l’occasion de la pandémie de Covid-19″. S’y ajoutent selon la même source, « les restrictions imposées à certains observateurs et leur expulsion avant le début des opérations de dépouillement et de comptage des voix ; le refus de remettre les procès-verbaux ; le retard dans la proclamation des résultats ».
Il rappelle que le secrétariat général du PJD avait considéré, après la proclamation des résultats en 2021, qu’il s’agissait de « résultats incompréhensibles et illogiques, qui ne reflètent pas la réalité de la carte politique de notre pays, ni la place et le rôle du parti dans le paysage politique (…) ». C’est possible et en partie vrai, mais il n’en demeure pas moins qu’au vu de la faible couverture des circonscriptions par le PJD, il était impossible qu’il gagne les élections législatives du 8 septembre 2021.
M. Azami Idrissi souligne, à raison, que la crédibilité du choix démocratique est essentielle pour le Maroc, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur (1). Il appelle de ses vœux un scrutin transparent et crédible, reflétant les attentes des Marocains.
Vote MRE, découpage électoral, soutien financier de l’État, listes électorales…
Au final, le PJD fait d’intéressantes propositions pour mieux encadrer les opérations de vote ainsi que la campagne électorale et éviter les dérives, débordements et violations de la loi.
Il insiste sur les listes électorales (nous y reviendrons dans un article spécifique), demande à raison une publication très rapide ou immédiate des résultats du scrutin ; le maintien du système électoral mais en remettant l’ancien seuil de 3% et en revenant à l’ancien mode de calcul du quotient électoral ; la révision du découpage électoral (sujet largement traité par Médias24, par exemple ici et ici) (2). Il plaide également pour l’élargissement du vote aux Marocains résidant à l’étranger et pour le renforcement du soutien financier de l’État aux partis engagés dans les élections.
Les consultations et débats sur le dispositif réglementaire et législatif d’encadrement des élections sont donc bien lancés. Médias24 les suivra de près.
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(1) Le choix démocratique ne concerne pas seulement les élections. Mais également l’égalité hommes-femmes et la place de la femme dans la société. Ou encore la liberté d’expression, l’acceptation de la contradiction et le respect des autres. Est-ce le cas du chef du PJD? Au cours de la conférence de presse, Abdelilah Benkirane a raconté une « anecdote », selon laquelle un homme s’est présenté à lui en prétendant être le « Mahdi Montadhar » (le Mahdi attendu, ou le Mahdi messianique). Plus tard, cet homme a demandé à Benkirane de le marier « même à une veuve ». « Voici donc comment on passe du Mahdi montadhar à une veuve », a commenté le chef du PJD. Cf vidéo ci-dessus à 2:00:38. Voici la transcription originale de ce passage:
عندي شي
مخلوقات فهمتي ولا لا وشويه بقى غادي وتينقص من ذاك المهدي المنتظر واحد الن.
جا عندي قال لي الله يخليك زوجني ولو بارمله فمن المهدي المنتظر يعني نزلنا
للزواج بارملة، وبطبيعة الحال الأرملة تستحق كل التقدير مني عاوتاني
نوضوا علينا عاوتاني
(2) Cette révision du découpage électoral est imposée par les résultats du recensement de 2024, mais jusqu’à quelle limite ira-t-elle?
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https://medias24.com/2025/05/18/representation-sieges-majorite-limpact-discret-mais-decisif-du-rgph-sur-les-elections-2026/
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