La Bourse de Casablanca atteint désormais un nouveau cap avec les 20.000 points sur son indice MASI. Ce seuil, franchi le 27 août 2025, se maintient.
Portée par une dynamique haussière continue depuis le début de l’année, la place casablancaise affiche une progression de 35,7% à la date du 1ᵉʳ septembre 2025, un rythme rarement observé dans son histoire récente.
Après avoir enchaîné les records au fil des derniers mois, le marché se hisse à des niveaux inédits qui ouvrent une série de questions : que représente réellement ce seuil pour les investisseurs et pour l’économie ? Quels facteurs expliquent cette ascension ? Et jusqu’où la Bourse peut-elle aller dans les prochains mois ?
Ce qu’en disent les analystes
La majorité des analystes sondés par LeBoursier convergent vers la même lecture et estiment que la tendance haussière de la Bourse de Casablanca s’inscrit dans un mouvement solide et rassurant. Le franchissement du cap des 20.000 points est perçu non pas comme un simple chiffre rond, mais comme un signal fort adressé à l’ensemble des investisseurs.
« Le fait d’atteindre ce cap est un point rassurant et un message clair envoyé aux différentes catégories d’investisseurs : la Bourse trouve aujourd’hui sa véritable place. Personnellement, je ne vois pas de spéculation excessive. Il s’agit plutôt d’un rythme de croissance justifié, appuyé par des fondamentaux solides. Les seuils techniques franchis sont importants, certes, mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est que les investisseurs particuliers commencent à comprendre l’importance du marché. C’est pour cela que nous voyons de nouveaux arrivants », explique un analyste de marché.
« Alors oui, on en a déjà parlé, il y a des petites capitalisations qui ont également connu des hausses qui ne sont pas toujours justifiées. Pour ces valeurs, il existe une déconnexion entre leur évolution boursière et leurs fondamentaux. À mon sens, ce sont surtout les petits porteurs qui animent ces titres. Il ne faut pas se limiter au prix affiché : une action qui cote 50 DH peut en réalité être plus chère, en termes de valorisation, qu’une autre à 500 DH. L’essentiel est d’analyser si la capitalisation a déjà intégré ses annonces, que ce soit sur les résultats, les perspectives ou encore les ratios comme le PER ou le rendement dividende », souligne un autre analyste.
Maintenant, que signifient réellement ces 20.000 points pour le MASI, qui demeure le baromètre de la place casablancaise ? « Ce seuil est avant tout psychologique. C’est comme quand le Dow Jones a dépassé 40.000 ou le Nikkei 30.000 : ça marque les esprits. Pour la Bourse de Casablanca, 20.000 points envoient un message de confiance, surtout pour les investisseurs étrangers qui découvrent notre marché ».
De plus, c’est la preuve que les portefeuilles des investisseurs se sont bien appréciés et que la Bourse joue enfin son rôle d’épargne et de financement
« Pour l’économie marocaine, il renforce l’attractivité de la place financière et peut inciter davantage d’entreprises à envisager une introduction en bourse. Quant à la Bourse elle-même, ce jalon historique lui offre une visibilité accrue et nourrit les débats sur les réformes de marché et l’élargissement de la cote ».
« Après la vague de publications des résultats semestriels des entreprises cotées à la Bourse de Casablanca, on parle d’une hausse moyenne de 7% des revenus. Ces annonces positives ont clairement contribué à pousser l’indice vers les 20.000 points« .
« En contrepartie, il est tout à fait normal que le marché connaisse une phase de respiration et de prises de bénéfices, surtout après les fortes hausses enregistrées ces dernières semaines ».
Les analystes anticipent que la tendance du marché boursier marocain restera positive jusqu’à la fin de l’année 2025
« À l’horizon moyen terme, nous maintenons notre objectif de 21.290 points tout en restant attentifs à la divergence qui apparaît depuis quelques mois entre l’évolution haussière du MASI et la diminution des volumes de transactions sur le marché central. Cette configuration boursière est souvent le prélude à une consolidation, voire une correction du marché », estiment Jérôme Boumengel et Tarik Amiar, fondateurs et associés gérants d’African Financial Investment.
Peut-on vraiment comparer la Bourse de Casablanca aux marchés internationaux ?
Sur la scène internationale, plusieurs marchés ont eux aussi connu des séquences de records. Aux États-Unis, le S&P 500 s’est encore hissé à de nouveaux sommets cet été, avec une progression de plus de 10% sur trois mois, tandis que les valeurs technologiques continuent de tirer la cote. Au Japon, le Topix a surpris par un rallye spectaculaire de plus de 34% depuis avril, surnommé par certains observateurs le « ninja stealth rally ».
En Chine, l’indice CSI 300 progresse d’environ 14% depuis le début de l’année, porté par l’appétit des investisseurs locaux et une politique monétaire accommodante. Plusieurs places émergentes affichent également des performances remarquées : la Grèce et la Pologne dépassent +50% depuis janvier, et l’Inde caracole parmi les meilleurs marchés mondiaux avec +16% sur trois mois.
« Dans ce contexte, le MASI se distingue par une hausse de 35,87% depuis le début de 2025, ce qui le place dans le peloton de tête des Bourses mondiales. Mais il faut garder en tête que la Bourse de Casablanca reste un marché émergent, moins profond et moins liquide que ses pairs internationaux. La comparaison en “points” ou en performances brutes doit donc être nuancée : l’indice marocain a sa propre dynamique, liée à des facteurs locaux : conjoncture économique, politique monétaire favorable, afflux de liquidités et attentes autour des grands événements sportifs, qui expliquent en grande partie ce rallye », estime un analyste de marché.
« Les annonces internationales ont un impact direct ou indirect sur la cote casablancaise. Les décisions de politique monétaire de la BCE et de la Fed influencent les flux de capitaux vers les marchés émergents, y compris le Maroc. De la même manière, les tensions liées aux échéances électorales aux États-Unis, comme le retour de Donald Trump au centre du jeu politique, nourrissent l’incertitude globale et peuvent peser sur la perception du risque dans les portefeuilles internationaux, c’est bien le cas du mois d’avril 2025″.
« Tout en demeurant sensible à l’évolution des perspectives de l’économie mondiale et aux principaux événements géopolitiques, on peut dire que la Bourse de Casablanca suit une dynamique qui lui est propre et qui s’explique par l’écosystème propre du marché financier marocain, mais aussi par l’évolution du marché obligataire national. En effet, le taux de l’emprunt souverain à 10 ans a suivi une tendance baissière depuis juin 2023. Aucune conclusion ne peut vraiment être tirée sur le court terme en attendant la décision de Bank Al-Maghrib lors du conseil du 23 septembre », estiment Jérôme Boumengel et Tarik Amiar.
Les moteurs derrière la hausse
Au-delà de la dynamique interne de la cote, plusieurs facteurs expliquent la trajectoire haussière exceptionnelle du marché. D’abord, l’organisation par le Maroc d’événements sportifs majeurs, comme la Coupe du monde 2030 et la Coupe d’Afrique des nations 2025, a généré un volume inédit d’investissements publics et privés. Ces flux ont dopé la confiance des acteurs économiques et renforcé la visibilité du pays sur la scène internationale, ce qui s’est traduit par une plus grande appétence pour les actifs marocains.
La bonne conjoncture économique constitue également un soutien de taille. La croissance s’est raffermie, portée par une campagne agricole favorable et par la reprise de plusieurs secteurs industriels et de services. Dans ce contexte, les entreprises cotées ont affiché des résultats semestriels globalement positifs, confirmant la robustesse de leurs fondamentaux.
À cela s’ajoute un environnement monétaire favorable. La décision de Bank Al-Maghrib d’abaisser son taux directeur à 2,25% a réduit le coût du crédit et accru la liquidité disponible pour l’investissement. Cette orientation continue de soutenir la demande en actions, et le prochain conseil de septembre sera suivi de près par les investisseurs, qui y voient un élément déterminant pour l’évolution du marché dans les mois à venir.
Retour sur une série de records
À la fin de l’année 2024, le MASI affichait 14.773,19 points, pour une capitalisation boursière de 752 MMDH. Le marché testait alors un premier jalon symbolique en novembre 2024, en franchissant pour la première fois les 15.000 points, sans toutefois parvenir à conserver ce seuil jusqu’au 31 décembre.
L’année 2025 a marqué une accélération nette. Le 9 janvier, l’indice teste déjà les 16.000 points, avant de signer sa première clôture au-dessus de 17.000 points le 26 février (17.086,6 points). La dynamique s’est poursuivie au printemps, avec le franchissement du seuil des 18.000 points le 12 mai 2025.
L’été a confirmé cette tendance haussière : le 11 juillet, le MASI dépasse pour la première fois les 19.000 points, avant d’atteindre, le 26 août 2025, le cap historique des 20.000 points, jalon maintenu depuis une semaine.
Source: medias24.com