Selon les dernières statistiques livrées par Bank Al-Maghrib, les taux débiteurs pratiqués par les banques, dans l’ensemble, ont baissé au deuxième trimestre 2025.

La politique d’assouplissement monétaire entamée en juin 2024 avec une première baisse du taux directeur de 3% à 2,75%, puis ramené à 2,25% en mars 2025, a contribué à cette détente.

Sur cette période (de T2-2024 à T2-2025), le taux débiteur moyen a reculé de 59 points de base pour s’établir à 4,84% au T2-2025, tandis que le taux directeur a perdu 50 points de base.

Il est à noter que le taux débiteur moyen est en baisse de 14 ptb par rapport au trimestre précédent.

Source : Bank Al-Maghrib

Par objet économique, les taux se sont établis à 4,65% pour les facilités de trésorerie, à 4,83% pour les crédits à l’équipement, à 5,13% pour les prêts immobiliers et à 6,88% pour les crédits à la consommation.

Par secteur institutionnel, le taux des crédits aux particuliers s’est situé à 5,77%, et celui des prêts aux entreprises non financières à 4,72%.

Pour le taux assortissant les crédits aux entreprises non financières privées, il s’est établi à 4,91%, avec un taux de 4,67% pour les GE et de 5,43% pour les TPME.

La transmission de la baisse du taux directeur vers les taux débiteurs se confirme progressivement

« La transmission de la baisse du taux directeur se fait toujours avec un temps de retard sur les taux bancaires, c’est un constat très connu depuis longtemps. Les banques doivent renégocier leurs conditions et reconfigurer leurs marges avant que cela se ressente pleinement pour les entreprises et les ménages », explique un professionnel du secteur.

De la même manière, « lorsque le marché intègre la perspective d’une baisse durable du taux directeur, comme vous le savez il y a eu des anticipations à la baisse donc les banques n’ont plus intérêt à maintenir des taux élevés. Elles anticipent que le coût de refinancement va rester bas, ce qui les incite à répercuter la détente monétaire », souligne notre source.

« Avec une inflation retombée à 0,5% et un coût de refinancement en baisse, les banques disposent d’une marge limitée mais on peut dire suffisante pour alléger progressivement le coût du crédit, malgré une liquidité encore sous pression ».

« Rappelez-vous qu’en 2023, lorsque le taux directeur avait été relevé, la hausse des taux débiteurs s’était étalée sur plusieurs trimestres et, en 2025, le phénomène s’inverse puisque la détente monétaire amorcée depuis mi-2024 se transmet désormais progressivement aux conditions de crédit ».

À présent que la baisse du taux directeur s’est clairement répercutée sur les taux débiteurs, pourquoi observe-t-on des rythmes de baisse différents selon les segments ? Les taux appliqués à la consommation et à l’équipement ont reculé respectivement de 25 points et 12 points de base, alors que ceux des comptes débiteurs, des crédits de trésorerie et de l’immobilier n’ont baissé que de 9 points et 5 points de base.

« La transmission de la politique monétaire ne se fait pas à la même vitesse selon les segments de crédit. Sur les prêts à la consommation et à l’équipement, la baisse est plus rapide car ces financements ont des durées plus courtes, des barèmes souvent variables et une concurrence beaucoup plus forte entre banques ».

Notre interlocuteur nous indique que « cela s’explique par la nature des crédits à la consommation et à l’équipement qui se renégocient beaucoup plus facilement que les autres types de prêts ».

« Quand une banque sait que son client peut faire jouer la concurrence pour un prêt à la consommation ou pour financer un investissement, elle réagit vite pour ajuster ses taux. Le marché est dynamique, et les marges se renégocient rapidement ».

À l’inverse, les crédits immobiliers évoluent plus lentement. Il s’agit de prêts à long terme, souvent à taux fixe ou révisables sur plusieurs années, avec des clients moins mobiles et des marges plus stables pour les banques.

« Un prêt immobilier engage la banque et le client sur 15 à 20 ans. Les établissements ajustent leurs conditions avec prudence car ils intègrent le risque de durée et les contraintes de liquidité. Les baisses sont donc progressives », souligne notre professionnel du secteur.

Quant aux crédits de trésorerie, ils se situent entre les deux car ils sont très courts, mais concernent des besoins urgents pour les entreprises. « Quand une société sollicite un crédit de trésorerie, elle a peu de temps pour faire jouer la concurrence. La banque sait que la priorité du client est d’obtenir rapidement ses fonds. Elle ajuste moins ses taux car le risque opérationnel et la pression temporelle sont plus élevés », résume-t-il.