Dans à peu près quatre mois, on se souviendra du Maroc-Niger de ce vendredi 5 septembre comme du jour où le complexe Moulay Abdellah de Rabat a été révélé aux yeux du monde sous ses nouveaux atours.

Ce face-à-face comptant pour la 7ᵉ journée des qualifications à la Coupe du monde 2026 revêt toutefois d’autres enjeux, notamment en vue de la Coupe du monde 2026 mais aussi dans l’optique de la Coupe d’Afrique des nations 2025, qui se tiendra au Maroc du 21 décembre au 18 janvier.

Il y a bien sûr l’aspect comptable et l’importance pour l’équipe nationale d’engranger au moins un point contre le Niger, afin de valider sa qualification à une troisième phase finale consécutive d’un mondial et de préparer dès maintenant ses valises pour passer le début de l’été prochain sur le continent américain (États-Unis, Mexique, Canada).

Mais il y a aussi l’impérieuse nécessité de régler des détails cruciaux à quelques mois du coup d’envoi de la CAN 2025. Si la hiérarchie au poste de gardien ne souffre aucune contestation, c’est moins le cas dans plusieurs compartiments du jeu, de la charnière centrale jusqu’à l’identité de l’avant-centre, en passant par l’incorporation de Neil El Aynaoui dans l’entrejeu.

Avec la mue du complexe Moulay Abdellah, un Maroc-Niger historique

Près d’un demi-siècle après son unique sacre continental acquis en Éthiopie (1976) et 37 ans après la cruelle élimination dans le dernier carré de l’édition 1988 sur ses terres, le Maroc a l’occasion de solder les comptes avec le passé tout en dépoussiérant son armoire à trophées lors de la CAN 2025.

Pour l’instant, la voie du succès a été éclairée par les sacres continentaux des U17 et plus récemment celui de l’équipe nationale des joueurs locaux. Autant dire que la pression sur Walid Regragui, le sélectionneur national des A, est plus que jamais oppressante. Car organiser une Coupe d’Afrique n’est pas toujours gage de victoire finale.

Malgré leur parcours remarquable, la défaite des Lionnes de l’Atlas en finale de la CAN féminine à Rabat montre que rien n’est gagné d’avance. Raison pour laquelle chaque minute passée sur le terrain compte.

Contrairement à ces dernières qui avaient disputé leur tournoi au stade olympique de Rabat pendant le mois de juillet, Achraf Hakimi et ses coéquipiers auront la chance d’investir un stade flambant neuf. Stade phare de la CAN 2025, le complexe sportif Moulay Abdellah a connu une incroyable métamorphose en l’espace de deux ans.

À l’image d’une chrysalide devenue papillon, l’enceinte s’est métamorphosée de fond en comble. La piste d’athlétisme n’est plus qu’un souvenir, remplacée par des gradins supplémentaires, plus proches que jamais du terrain. Le stade adopte ainsi les codes d’une véritable enceinte à l’anglaise.

« La transformation du stade est exceptionnelle, surtout que les travaux ont été réalisés en un temps record grâce aux compétences marocaines. Je suis d’autant plus heureux d’inaugurer l’enceinte en présence de Badou Zaki, qui a été mon coach et pour qui j’ai beaucoup d’estime », s’est réjoui Walid Regragui en conférence de presse.

Sans doute ravi de cette marque d’attention, Badou Zaki n’en reste pas moins un compétiteur. Et on l’imagine bien fouler la pelouse parfaite du complexe Moulay Abdellah pour jouer un mauvais tour à son ancien disciple. D’autant que le Niger n’est pas encore totalement hors course.

Maroc-Niger: un match à enjeu comptable

Les neuf vainqueurs de groupe sont directement qualifiés pour le Mondial 2026. Les 4 meilleurs deuxièmes s’affrontent lors d’un tournoi de barrage africain, dont le vainqueur ira aux barrages intercontinentaux pour tenter de décrocher la 10e place africaine.

Le Maroc a besoin d’un point pour définitivement finir en tête de son groupe, le Niger peut aussi prétendre compter parmi les meilleurs deuxièmes, à condition de faire un sans-faute. Tant mieux pour les protégés de Walid Regragui qui auront donc à faire à un adversaire au pied du mur, le Niger.

Et il n’y a pas plus dangereux qu’une équipe qui n’a plus rien à perdre et qui jouera sa survie avec le couteau entre les dents. On n’en attend pas moins du Maroc en termes d’engagement, d’implication et de don de soi. Il est vrai que la période ne s’y prête pas vraiment.

Et pour cause, le mercato estival vient tout juste de prendre fin. Bien que les internationaux marocains concernés par cette fenêtre de transfert aient quasiment tous eu gain de cause en posant leurs valises là où ils le souhaitaient, c’est une période qui consomme beaucoup d’influx nerveux et perturbe la préparation athlétique.

Cela dit, Walid Regragui n’a plus le temps pour ménager les uns et les autres. Le staff technique de l’équipe nationale a, au mieux, six matchs d’ici à la CAN 2025 pour apporter les derniers ajustements à un onze où il y a encore des places à prendre. À commencer par la défense centrale.

Selon les spécialistes consultés par Médias24, il s’agit de l’un des chantiers les plus urgents. Qui pour faire la paire avec Nayef Aguerd ? Encore faut-il que l’international marocain arrive en forme et avec du temps de jeu en décembre, alors qu’il vient tout juste de rejoindre l’Olympique de Marseille, un club qui compte déjà quatre défenseurs centraux de haut niveau, dont un gaucher, l’Argentin Facundo Medina. C’est une préoccupation en soi, d’autant plus que son nouvel entraîneur, Roberto de Zerbi, est plutôt partisan d’une défense à quatre.

Maroc : une défense centrale à recomposer

En partant toutefois du principe que le natif de Rabat sera dans une forme optimale en décembre prochain, reste à savoir qui sera en mesure de former avec lui une charnière centrale solide et complémentaire. Un temps espéré, Chadi Riad ne sera certainement pas remis à temps de sa blessure au genou.

Abdel Abqar, qui avait pris part à tous les derniers rassemblements, a été écarté par le sélectionneur en raison d’un manque de compétitivité. Grâce à ses prestations en juin dernier avec le maillot du Maroc, Adam Masina apparaît comme une option crédible.

Le hic, c’est qu’il s’agit d’un gaucher, alors qu’il est généralement préférable d’associer dans l’axe un droitier et un gaucher afin de garantir équilibre et complémentarité dans la relance. Pour l’heure, c’est Jawad El Yamiq qui tient la corde. Même si Achraf Dari a aussi une carte à jouer, El Yamiq a présenté le plus de garanties jusqu’ici.

Bien qu’il évolue dans un championnat saoudien à la compétitivité limitée (Al-Najma Sports Club), le natif de Khouribga a les faveurs du sélectionneur national. Sauf qu’il n’a pas fait montre d’une grande capacité à casser des lignes par la passe ou même à apporter le surnombre au milieu de terrain avec des courses progressives (0,5 par match).

Cependant, c’est bien l’option privilégiée par le staff du Maroc. Un peu plus haut sur le terrain, la difficulté de Sofyan Amrabat à endiguer les contre-attaques adverses et à maintenir l’équilibre de l’équipe devient de plus en plus préoccupante. C’est pourquoi aligner un milieu de terrain aux caractéristiques similaires ou complémentaires apparaît comme une nécessité.

Azzedine Ounahi a longtemps incarné ce joueur capable d’un important abattage sur le terrain, mais aussi de gestes d’une grande élégance technique. « Azzedine Ounahi est un joueur essentiel dans le plan de jeu de Walid Regragui. Grâce à son aisance technique, il joue un rôle crucial dans la relance depuis une position basse, une situation dans laquelle Amrabat n’est pas très à l’aise », explique un proche de l’équipe nationale.

Sauf que depuis sa Coupe du monde 2022 d’exception, les prestations d’Ounahi ne cessent de susciter des interrogations. S’il a choisi de relancer sa carrière du côté d’un championnat qui lui conviendrait, en l’occurrence l’Espagne, sous les couleurs de Gérone, cela risque de demander un certain temps d’adaptation.

Un milieu Box-to-Box rare et précieux

Entre-temps, la convocation de Neil El Aynaoui s’avère une alternative intéressante pour apporter fraîcheur et complémentarité au milieu de terrain. En réalité, le Néo-Romain est bien plus qu’une simple option, il possède les atouts de la pièce manquante capable de dynamiser le cœur du jeu et de compléter le profil des titulaires. Comme le prouvent les indices de performances suivants :

– 4,8 interceptions par match ;

– 9,7 récupérations par match ;

– 62,5 % de duels défensifs gagnés ;

– 53,5 % de duels aériens gagnés ;

– 77,3 % de passes réussies dans le dernier tiers ;

– 77 % de passes en avant réussies ;

– 53,3 % de dribbles réussis.

À la lumière de ses indices de performance, il apparaît que le fils du légendaire tennisman marocain Younes El Aynaoui, possède toutes les qualités d’un milieu de terrain box-to-box, aussi à l’aise avec le ballon que combatif sans. Il représente un profil très rare dans le football moderne et encore plus au sein de l’équipe nationale.

Il reste à savoir quelle position il occupera et, surtout, dans quelle organisation. Jouera-t-il dans un double pivot devant la défense aux côtés de Sofyan Amrabat ou dans le rôle de numéro huit, l’une des pointes hautes d’un triangle au milieu de terrain ? Le match de ce vendredi nous en dira un peu plus sur les intentions de Walid Regragui.

Idem pour le poste d’avant-centre. Le technicien marocain n’a jamais cessé de réitérer sa confiance à Youssef El Neysiri, malgré des prestations décevantes. Il est sans doute temps d’accorder un peu de temps de jeu à d’autres avant-centres, à l’image de Hamza Igamane, auteur d’un début tonitruant dans le championnat de France, avec un doublé dès sa première rencontre avec le LOSC.

En tout cas, après presque trois ans jour pour jour à la tête de l’équipe nationale, Walid Regragui s’avance vers des décisions cruciales qui pourraient définir le visage de son équipe pour les prochaines échéances. Entre confirmations et nouvelles options, l’heure est aux choix stratégiques pour préparer au mieux la CAN 2025.

Le portail de la FIFA permet de suivre les matchs de qualification des équipes africaines au Mondial 2026.

Maroc-Niger : à quelle heure et sur quelles chaînes ?