Les détails de la réforme du barème d’indemnisation, vieux de plus de quarante ans dans l’assurance automobile, ont enfin été dévoilés par le ministre de la Justice, le jeudi 4 septembre 2025. Une revalorisation des seuils d’indemnisation est envisagée, ce qui devrait entraîner une hausse de la valeur moyenne des indemnisations pour les victimes d’accidents et dommages corporels.

L’adoption de ce projet de loi est une grande avancée pour le secteur. Alors que les indemnisations vont augmenter et que la base des bénéficiaires sera élargie pour inclure d’autres catégories, des questions reviennent forcément : quel impact pour le secteur de l’assurance ? Faut-il s’attendre à une hausse des tarifs ? Les assureurs vont-ils absorber ces coûts ou les répercuter ?

Médias24 a interrogé deux acteurs du secteur de l’assurance. Ils expliquent que la problématique est avant tout technique et relève essentiellement d’un calcul actuariel.

Qu’est-ce que cela signifie ? « En général, l’assurance – et notamment l’assurance automobile – repose fondamentalement sur les principes de mutualisation et de redistribution. Il en découle que le niveau des primes est directement corrélé au montant des indemnisations versées aux victimes ».

« En effet, quand on parle d’assurance de mutualisation, cela signifie que la prime d’assurance n’est que le reflet des charges. Ainsi, avec la révision des barèmes d’indemnisation, le coût de l’assurance ne peut qu’augmenter. C’est une conséquence directe, pas un choix des assureurs », explique notre premier interlocuteur.

« Si les indemnisations augmentent, cela implique que les sinistres moyens (le coût moyen par accident) vont mécaniquement progresser. Pour un assureur automobile, c’est l’un des paramètres clés qui déterminent la sinistralité globale, la rentabilité technique du portefeuille auto et, bien sûr, la capacité à provisionner correctement les risques futurs », ajoute notre deuxième interlocuteur.

« L’augmentation des primes d’assurance est donc une conséquence directe de la révision des barèmes d’indemnisation. Plus les indemnisations sont élevées, plus le coût global pour les assureurs augmente, et cela se reflète naturellement dans les tarifs, sans qu’il s’agisse d’un choix délibéré des compagnies », poursuit notre interlocuteur.

Une revalorisation des indemnités nécessiterait une augmentation des primes de la garantie RC Automobile

« La décision du gouvernement a été de proposer un projet avec une augmentation graduelle sur plusieurs étapes, jusqu’à cinq étapes. Par conséquent, l’impact sur la prime va se faire au fur et à mesure que la révision de ces indemnisations va impacter le coût pour l’assureur ».

« Ainsi, les assureurs seront amenés à recalculer les prix en fonction du nouveau barème qui a été communiqué, c’est-à-dire la révision du barème de 1984. Il se trouve que cette révision va se faire selon les normes assurancielles actuelles et réelles des bases. Cela veut dire que chaque assureur fera son évaluation avec des paramètres de risque qui peuvent segmenter le risque et faire supporter à chacun sa contribution dans la charge de sinistre ».

« En revanche, le fait de dire que les assureurs ont décidé d’augmenter les tarifs est faux. Le secteur a attiré l’attention du pouvoir public sur le fait qu’il y a une relation logique directe entre le barème et les prix, d’où une révision progressive, d’où une augmentation aussi progressive qui va varier d’un assureur à l’autre en fonction de la qualité de la donnée, de la qualité de l’avatar et des données qu’il a à sa disposition, en fonction des segments qui sont peu présents dans son portefeuille », explique l’un de nos deux experts.

« Et ce sera l’occasion de ce qu’on appelle une libéralisation tardive, parce que chaque assureur va évaluer l’impact certainement d’une façon différente de son confrère. Et, par conséquent, on aura même sur la responsabilité civile, des tarifs qui varient en fonction des clients, mais aussi en fonction de l’assureur « .

« Le tarif de la responsabilité civile est libre à la base, mais du fait qu’il n’y avait pas les paramètres nécessaires pour évaluer le tarif, tout les assureurs étaient alignés. En parallèle avec ce nouveau barème, je pense que l’ACAPS va publier incessamment un autre texte qui définira les paramètres de segmentation ou de tarification que les assureurs peuvent utiliser », ajoute notre expert.

Ce dispositif permettrait de mettre en œuvre concrètement la libéralisation tarifaire, en donnant aux compagnies la possibilité d’ajuster les primes en fonction des caractéristiques spécifiques des assurés

« Dès lors, chaque assureur va faire sa propre évaluation. Et, de ce fait, on va avoir des tarifs de la responsabilité civile qui diffèrent d’une compagnie à une autre, et même d’un assuré à un autre ».

« L’enjeu, c’est de ne pas tomber dans une concurrence sauvage qui mettrait en difficulté les compagnies. Mais en même temps, il faut laisser la possibilité d’avoir des tarifs qui reflètent vraiment le risque de chaque assuré et les nouvelles réalités du marché. Bien sûr, tout cela devra se faire avec des règles claires pour garantir la solidité financière des assureurs et éviter des augmentations injustifiées pour les clients ».

« Enfin, il faut dire que ce projet de loi vient dépoussiérer le vieux cadre juridique de 1984 sur l’indemnisation des victimes d’accidents. On revoit les montants, on élargit le cercle des bénéficiaires, on clarifie les procédures… C’est un vrai pas en avant pour plus d’équité et de transparence. Mais ce n’est qu’une étape : l’assurance auto, qui pèse une part énorme du marché, s’oriente vers une transformation plus profonde, avec une tarification plus libre et, pourquoi pas, des produits innovants comme l’assurance au kilomètre« , résume l’une de nos sources.

Assurance automobile : les chiffres clés

En 2024, l’assurance automobile reste la principale composante de la branche non-vie, avec 15,2 milliards de DH de primes émises. Cela représente 25,4% du marché total de l’assurance directe. Les primes d’assurance automobile ont progressé de +5,6% par rapport à 2023.

L’ensemble de l’assurance non-vie a généré 31,6 MMDH de primes (+5,2%). La branche vie a atteint 27,1 MMDH (+5%).

L’assurance automobile seule pèse donc près de la moitié des primes non-vie et un quart du marché total.

Les prestations et frais pour l’ensemble des assurances non-vie (dont l’auto) ont reculé de 17,1% à 22,7 MMDH, ce qui montre une amélioration de la sinistralité. Pour les assureurs directs, le total des prestations et frais reste quasi stable à 50,5 MMDH, soit +0,7%.