La campagne agricole 2025-2026 n’a pas encore officiellement débuté, mais son lancement est imminent. À ce stade, les préparatifs ne sont engagés que de manière très limitée dans quelques régions.
Les agriculteurs en attente des premières pluies
La nouvelle campagne devrait démarrer dans les trois prochains mois », nous explique le Dr Yassine Jamali, agriculteur, éleveur et vétérinaire. « Si les pluies arrivent tôt, elles pourraient débuter dès fin septembre ou début octobre, mais dans le cas contraire, il faudra attendre novembre, voire décembre », précise-t-il, en rappelant que le calendrier varie d’une région à l’autre.
Pour l’heure, il juge le démarrage « relativement normal », mais tout reste suspendu aux précipitations. « Les agriculteurs attendent un à deux épisodes pluvieux pour permettre à l’humidité de s’infiltrer dans le sol avant de commencer les labours », ajoute-t-il.
Même son de cloche chez Rachid Benali, président de la Comader. Ce dernier nous explique « qu’il est encore trop tôt pour parler d’un démarrage effectif », les préparatifs n’ayant pas encore commencé dans plusieurs régions. »
Les grandes exploitations entament les préparatifs
Abdelmoumen Guenouni, ingénieur agronome, nous précise pour sa part que seuls les grands exploitants, disposant de moyens financiers et de matériel performant, ont pu commencer quelques préparatifs.
« Le démarrage de la campagne est donc timide, d’autant que les conditions sont difficiles pour tout le monde. Après ces années de sécheresse, les trésoreries sont à sec ».
Et d’ajouter : « Avec la sécheresse, les terres sont devenues trop lourdes et trop sèches, en surface comme en profondeur. Les travailler dans ces conditions n’est donc pas évident ».
En conséquence, la majorité des agriculteurs restent dans l’expectative. « Chaque année, les agriculteurs doivent mettre de l’argent pour semer et préparer leurs champs. Beaucoup n’ont plus les moyens de le faire à nouveau sans l’aide de la pluie », estime Abdelmoumen Guenouni.
Saïss, une région sous pression
Cette attente est confirmée dans différentes régions, notamment celle du Saïss. Contacté par Médias24, Moha Oustouh, ingénieur agronome, nous rappelle que « août et septembre marquent habituellement le début de la saison agricole ».
« Avant ces années de sécheresse, nous étions habitués à lancer la campagne dès cette période. On attendait les premières pluies pour labourer, préparer les engrais et semer les cultures. Mais aujourd’hui, les conditions sont loin d’être favorables. Cela fait cinq mois qu’il n’a pas plu dans notre zone. Les températures restent autour de 37-38°C. Les eaux des nappes sont surexploitées, au point de devenir saumâtres, donc inadaptées à l’agriculture », alerte-t-il.
Les chiffres confirment cette tendance. « Dans les années 1980, la région de Meknès enregistrait en moyenne 524 mm de pluie par an. Aujourd’hui, sur les dix dernières années, on ne dépasse pas 250 mm, soit moins de la moitié ».
« Les pluies tombent parfois dans des régions non agricoles, ce qui alimente les barrages et les nappes phréatiques certes, mais dans les zones réellement agricoles, où la population dépend directement de la production, elles sont presque absentes. Cela met les ressources en eau sous une pression extrême », souligne Moha Oustouh.
« Il n’a pas plu ni à la fin du printemps ni durant l’été. L’inquiétude domine donc parmi les agriculteurs », conclut-il.
Le lancement effectif de la campagne agricole 2025-2026 dépendra donc du retour des précipitations. Selon les prévisions pour les dix prochains jours, des averses orageuses sont attendues sur l’Atlas, le Sud-Est, l’Oriental et les provinces sahariennes, ainsi que sur le Saïss.