Rappel : ce fact checking concerne uniquement les données discutées. Ni les idées, ni les idéologies, ni les lectures partisanes ne sont en cause.
À l’approche des élections de 2026, les partis politiques intensifient leur précampagne électorale, multipliant les sorties médiatiques et discours pour mieux se positionner dans la course. Désormais, les partis de la majorité et de l’opposition déploient avec détermination leurs stratégies pour séduire et convaincre les électeurs du prochain scrutin.
Invitée de l’émission de Hamid El Mahdaoui, Nabila Mounib, députée parlementaire et ancienne secrétaire générale du PSU, s’est exprimée sur les principaux sujets d’actualité au Maroc, notamment la réforme des élections, les articles du journal Le Monde, l’affaire Jabaroot, le bilan du gouvernement actuel…
Avec l’essor des réseaux sociaux, le discours politique se complexifie, risquant parfois de s’écarter du message initialement souhaité et de désorienter le public.
Une vidéo extraite d’une émission où Nabila Mounib affirme qu’une découverte de pétrole a eu lieu au large de Dakhla circule largement sur internet. Selon Mounib, les droits d’exploitation ont été cédés à 85% à une partie étrangère.
Ces propos, émanant d’une personnalité publique respectée par les Marocains, y compris ses adversaires politiques, suscitent la confusion au sein de l’opinion publique, d’où la nécessité de clarifier.
Le pétrole à Dakhla : trop beau pour être actuellement vrai
À ce jour, aucune découverte confirmée de pétrole n’a été signalée au large des côtes de Dakhla. Les études techniques, notamment l’interprétation des données sismiques, permettent d’évaluer le potentiel pétrolier, mais seule la réalisation de forages, suivie d’une certification, peut confirmer la présence effective d’hydrocarbures.
Le bassin de Dakhla a fait l’objet d’évaluations préliminaires par des compagnies telles que BHP (1985) et Total (2003 et 2012-2013), qui se sont limitées à des campagnes de collecte de données sismiques. La société qui détient actuellement le bloc de Dakhla étudie seulement les potentiels de développement d’opportunités d’exploration.
Aucun forage n’a été effectué à ce jour, car cette étape nécessite des autorisations préalables et un accord pétrolier avec l’État marocain, publié au Bulletin officiel.
En ce qui concerne le pétrole, aucune découverte majeure n’a été réalisée au Maroc. Seules des traces d’hydrocarbures ont été relevées. Par exemple, entre Agadir et Sidi Ifni, des traces d’huiles avaient été identifiées par le passé au large des côtes par des compagnies d’exploration pétrolière. Cependant, ces découvertes n’étaient pas économiquement viables, ne permettant pas une production commerciale durable.
Le potentiel pétrolier offshore du Maroc est largement sous-exploré. Cependant, en tant que pays en développement, le Maroc doit prioriser ses investissements. Il serait donc moins avantageux que l’État focalise ses investissements sur le forage pétrolier, alors que d’autres secteurs requièrent des investissements plus urgents.
Investir massivement dans le forage pétrolier, particulièrement en offshore, est coûteux et risqué. Le forage d’un puits en mer exige des investissements conséquents et la mobilisation de plateformes de forage, dont le coût opérationnel peut atteindre 2 millions de dollars par jour.
La stratégie la plus prudente consiste à partager les risques : une entreprise s’engage à financer l’exploration, dont les forages, assumant le risque (le risque de l’absence d’une découverte majeure au Maroc), tandis que l’État limite sa participation financière. En cas de succès, l’État conserve des droits sur l’exploitation ; en cas d’échec, il récupère les données d’exploration, utiles pour de futurs investisseurs.
La transformation récente de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) en société anonyme (SA) pourrait renforcer son rôle. En passant d’une mission de promotion des investissements pétroliers à une participation active dans les projets, l’ONHYM pourrait augmenter sa part dans les initiatives et améliorer ses redevances, même en cas d’échec.
Une société d’exploration peut-elle posséder 85% dans une licence ?
Nabila Mounib a déclaré que l’entreprise opératrice détiendrait 85% des droits d’exploitation, ce qui est une information également erronée. En réalité, l’ONHYM conserve toujours une part de 25% dans toute licence pétrolière.
Il est également faux de dire que la société israélienne Ratio Petroleum détient un accord d’exploitation. À ce jour, aucun accord pétrolier n’a été publié au Bulletin officiel concernant cette entreprise.
L’accord signé, en 2021, avec Ratio Petroleum est une simple licence de reconnaissance qui porte sur une vaste zone de 109.000 km². Il s’agit uniquement de mener des études préliminaires pour évaluer le potentiel d’investissement. En d’autres termes, l’entreprise investit pour cartographier le sous-sol, étudier le système pétrolier, réévaluer les données précédentes…
Au nord de Dakhla, à Boujdour, le permis d’exploration de la société NewMed sur le bassin de Boujdour devrait arriver à échéance en novembre prochain si aucune demande de renouvellement n’est soumise.
L’opinion publique peut considérer que même 25% d’un projet d’exploration (contre 15% évoqués par Nabila Mounib) reste une part minoritaire, insuffisante pour que l’État en tire un bénéfice significatif.
Pour bien comprendre la situation, il faut préciser que la société détenant la part majoritaire assume l’essentiel du risque financier lié à un projet au taux d’échec élevé dans le contexte marocain ; il est fort probable qu’un forage ne débouche sur aucune découverte. De son côté, l’ONHYM, en conservant 25% sans porter le risque financier, garantit les droits de l’État dans un pays encore largement sous-exploré.
En citant l’exemple de la Libye, Nabila Mounib a tenté de valoriser le régime dictatorial de Mouammar Kadhafi pour suggérer que celui-ci tirait d’importants revenus du pétrole en faveur de son peuple et de l’Afrique. Pourtant, le cas libyen illustre parfaitement pourquoi les entreprises opératrices au Maroc détiennent une participation majoritaire.
En Libye, la découverte de pétrole, en 1959, a été le fruit des efforts des majors d’exploration pétrolières dont Exxon, Mobil, Texas Gulf et BP. Ces découvertes majeures ont été nationalisées après le coup d’État de Mouammar Kadhafi en 1969. Le nouveau régime a ainsi mis la main sur les richesses pétrolières du pays, au détriment des compagnies étrangères qui les avaient découvertes, en particulier les compagnies américaines.
Si l’on fait abstraction du coup d’État de Kadhafi, ces succès initiaux ont offert à l’État libyen un fort pouvoir de négociation où les compagnies pétrolières seront beaucoup plus intéressées par un pays qui a déjà un historique de découvertes majeures.
Le Maroc se trouve dans une situation bien différente de celle de la Libye et a, de ce fait, mené une stratégie en profondeur pour attirer les investissements étrangers. L’ONHYM a d’abord réformé en profondeur le Code des hydrocarbures pour rendre le cadre légal plus attrayant à l’investissement.
Ces efforts de promotion continus n’ont cessé d’attirer les « majors » et les « juniors » de l’exploration pétrolière et gazière et c’est ainsi, après des décennies de déception, que le Maroc a découvert ses premiers gisements de gaz naturel, Anchois et Tendrara.
Qu’en est-il de la recherche minière ?
Nabila Mounib a étendu ses critiques au-delà du pétrole pour s’attaquer aux richesses minières, affirmant qu’elles ne profitent pas au pays, et que le Maroc exporte ses minerais à l’état brut. Cette prise de position, tout en faisant écho à une certaine part de l’opinion publique, omet de prendre en considération les transformations majeures en cours dans le secteur.
L’industrie minière marocaine est en pleine mutation pour devenir un acteur clé de la transition énergétique. Bien loin de l’image d’un secteur figé, une série de projets de valorisation sont en cours de développement.
À titre d’exemple, le consortium LG Energy-Yahua a récemment lancé le développement de la première raffinerie de lithium du Maroc, un projet d’investissement de 5,5 milliards de dirhams. L’objectif est de transformer le lithium brut extrait des mines pour atteindre une pureté de 99%, le rendant ainsi adapté à l’industrie des batteries. Cette transformation permet de multiplier par neuf le prix du métal brut, créant ainsi des marges significatives pour l’économie nationale.
Si ces projets de valorisation sont essentiels pour l’économie marocaine, leur mise en œuvre est loin d’être aussi simple que ce que rapportent certains propos politiques. Ils nécessitent un transfert technologique, actuellement maîtrisé par un petit nombre de pays, notamment la Chine. Cela implique des négociations complexes, l’acquisition de licences, le développement de compétences locales et la promotion d’investissements étrangers.
Les projets de valorisation, accompagnés de transferts technologiques, représentent la voie la plus réaliste pour développer un savoir-faire national, comme le souhaite Nabila Mounib.
Néanmoins, pour exploiter pleinement le potentiel du secteur minier, la réforme de la loi sur les mines est urgente. Cette réforme permettra à terme à l’industrie nationale de bénéficier de ses richesses minières, notamment grâce à la mise en place d’une liste de minerais critiques. Les sociétés minières pourraient alors être tenues de réserver tout ou partie de leur production stratégique ou critique pour satisfaire les besoins industriels nationaux.
Ce qu’il faut retenir de ce fact-checking :
- À ce jour, aucune découverte pétrolière n’a été faite à Dakhla.
- L’ONHYM conserve une participation de 25% dans l’ensemble des licences octroyées.
- Cette part de 25% est réaliste afin d’attirer les investisseurs qui prennent le risque d’explorer le Maroc, un pays sans découvertes majeures jusqu’à présent.
- Le secteur minier est en pleine mutation et développe une industrie de valorisation nécessitant un transfert technologique pour bâtir un savoir-faire national.