Lorsqu’une équipe enchaîne deux victoires et inscrit 7 buts sans en encaisser, il est difficile de porter un jugement objectif sur ses prestations sans verser dans un positivisme démesuré. C’est ce qu’a fait le Maroc lors de la trêve internationale du mois de septembre.
Mais à quelques mois de la Coupe d’Afrique des nations 2025, il est nécessaire de séparer le bon grain de l’ivraie, même lorsque tout va bien. Car les deux succès enregistrés les 5 et 8 septembre 2025, respectivement contre le Niger (5-0) à Rabat puis en Zambie (0-2), ont laissé un arrière-goût doux-amer.
La satisfaction du résultat s’accompagne en filigrane d’interrogations, tant sur le plan collectif qu’individuel. Collectivement, l’équipe nationale a affiché deux visages diamétralement opposés. D’un côté, une maîtrise totale et des buts à la pelle en recevant le Niger.
De l’autre, en Zambie, des errements inquiétants, une fragilité sans ballon et une réelle difficulté à imposer son rythme et à dicter le tempo de la rencontre. Commençons par la première confrontation qui s’est tenue au complexe Prince Moulay Abdellah à Rabat. La performance de l’équipe nationale est bien évidemment à relativiser à l’aune de l’exclusion assez précoce dans le match de Goumey Diori (25’).
« En plus, mes joueurs n’étaient pas prêts physiquement car ils n’ont pas encore lancé la préparation de leur saison », a justifié le sélectionneur marocain du Niger, Badou Zaki, en conférence de presse d’avant-match. Cela dit, force est de constater que le Maroc a été efficace.
Toutes les équipes en supériorité numérique ne réussissent pas systématiquement à offrir un tel spectacle offensif. C’est de bon augure pour la CAN 2025 car le Onze national a réussi à faire sauter le verrou du bloc défensif très bas et compact du Niger en passant par les côtés.
À l’issue de cette rencontre à sens unique, les Lions de l’Atlas ont explosé toutes les moyennes de leurs indices de performances, que ce soit en termes de xG, de tirs, de centres, de passes ou de duels (voir infographies).
Cependant, les supporters marocains n’ont pas été totalement convaincus par la prestation des hommes de Walid Regragui, en raison de la faiblesse de l’adversaire ce jour-là. Ce qui est compréhensible. D’un autre côté, les chiffres parlent d’eux-mêmes, même si le contenu, lui, continue de diviser.

Un volume inhabituel d’occasions concédées
En revanche, le déplacement à Ndola pour y affronter la Zambie a été beaucoup moins abouti. Même si, au bout du compte, l’équipe nationale y a glané sa 14e victoire consécutive. Si les Lions de l’Atlas étaient sur un nuage à Rabat, ils ont rapidement remis les pieds sur terre en foulant la pelouse du stade Levy Mwanawasa à Ndola.
En phase de possession, la piètre qualité du pré peut expliquer en partie les difficultés éprouvées par l’équipe nationale dans la circulation du ballon et le dernier geste. Mais en partie seulement. Car l’une des explications réside dans le manque de compacité du bloc équipe offensivement.

Les lignes étaient un peu trop distantes. En conséquence, les Marocains ont davantage usé du jeu long, comme le prouve la longueur moyenne des passes par rapport à la moyenne de l’année 2025 (voir infographie). C’est une stratégie risquée mais qui a du sens, puisqu’il est moins grave de perdre le ballon dans les 30 mètres adverses que dans son propre camp.
Et avec la qualité scandaleuse du carré vert, les pertes se sont multipliées tout au long de la rencontre, et la défense marocaine a dû faire face à des vagues offensives adverses. Pour preuve, l’équipe nationale a concédé plus de tirs et de centres que la moyenne de l’année 2025. Idem pour les xG.
La majorité de ces occasions sont nées sur les flancs de l’équipe nationale. C’est la voie choisie par les Chipolopolos pour mettre en danger Jaouad El Yamiq et ses coéquipiers. En particulier le côté droit de la défense où Youssef Bellaamari n’a pas été particulièrement aidé par Eliesse Ben Seghir.

Heureusement que le Maroc dispose d’un dernier rempart de classe internationale. Par deux fois, Yassine Bounou a repoussé les tentatives de Patson Daka. Ces actions, dont certaines tentatives hors cadre mais extrêmement dangereuses, ont montré aux yeux du monde, et surtout à ceux des prochains adversaires de l’équipe nationale, que la défense du Maroc n’est pas irréprochable.
L’axe central est bien évidemment concerné. Ce n’est pas un hasard si Walid Regragui cherche encore la meilleure formule dans ce secteur de jeu. Le bémol, c’est que le temps n’attend pas, et la pression s’accentue de jour en jour sur le staff de l’équipe nationale pour trouver des solutions à un problème qui ne date pas d’hier. Qui plus est, au regard du peu d’envie de certains joueurs à défendre corps et âme.
À SUIVRE