Après sept années consécutives de sécheresse, la crise hydrique n’est plus un événement conjoncturel mais bien le symptôme d’un changement durable.
Les données collectées depuis les années 1940 révèlent une « tendance baissière structurelle » des précipitations, couplée à une augmentation constante des températures.
Moins de pluies, des sols plus arides
Le Maroc a enregistré une baisse de sa pluviométrie lors des dernières décennies. Selon Fouad Zahrani, docteur en sciences de l’environnement et développement durable, « ce déficit est particulièrement critique dans les grandes plaines atlantiques comme la Chaouia, Doukkala et Tadla », considérées comme le grenier du pays.
Cette « réduction notable des pluies hivernales » a un impact direct sur le remplissage des barrages et la viabilité de l’agriculture pluviale, ajoute cet expert sollicité par Médias24.
La variabilité est devenue la nouvelle norme, avec une « succession de cycles de sécheresse de plus en plus fréquents », comme ceux des années 1980, 1995, 2016 et de la période actuelle.
Les projections du GIEC et du Plan climat national confirment cette tendance, anticipant une « réduction supplémentaire des précipitations de 10% à 20% d’ici 2050″.
Le paradoxe climatique
Alors que les pluies régulières se raréfient, le Maroc fait face à une augmentation des « épisodes orageux violents« , surtout dans le Sud.
Durant les deux derniers jours, des cumuls pluviométriques importants ont été enregistrés, avec 75 mm à Imintanoute, 60 mm à Demnate, 32 mm à Ahl Tifnout, 22 mm à Aïn Leuh et Boulemane, et 15 mm à Tighli-Imi-Noulaoune. Ces précipitations soutenues ont provoqué plusieurs crues et inondations.
Joint par Médias24, Mohammed Jalil, ingénieur météorologiste, expert en ressources en eau, changement climatique et développement durable, explique que ce phénomène est une conséquence directe du réchauffement. « Une augmentation de la chaleur entraîne une plus grande évaporation ».
Les flux humides de l’Atlantique et de la Méditerranée pénètrent plus profondément à l’intérieur des terres, mais se heurtent à des « sols arides et imperméables« , incapables d’absorber l’eau. Le résultat, comme le décrit le Dr Zahrani est un « ruissellement brutal et quasi instantané« , qui provoque des crues soudaines et des inondations dévastatrices.
Le régime de pluies fines et continues, typique de l’hiver, cède la place à des « épisodes orageux, brefs, localisés et de forte intensité ». Mohammed Jalil insiste sur le fait que ces orages, bien qu’intenses, « ne compensent en aucun cas le déficit hydrique global ».
Une géographie climatique redessinée
Le changement climatique provoque donc un « chamboulement spatio-temporel » des précipitations. Sur le plan temporel, les pluies se concentrent de moins en moins sur la saison hivernale traditionnelle (novembre-février), devenant plus sporadiques et imprévisibles.
Sur le plan spatial, les plaines atlantiques subissent une « désertion pluviométrique ». À l’inverse, les orages se concentrent sur les reliefs (plateaux et montagnes de l’Atlas), où la topographie force une « condensation rapide et violente » des masses d’air.
La conséquence la plus grave de cette transformation est l’impact « disproportionné » sur les ressources en eau. Comme le souligne Mohammed Jalil, la relation n’est pas linéaire. « Une réduction des pluies de 10% peut entraîner une réduction du ruissellement de 20% à 30%« .
Chaque millimètre de pluie en moins a donc un effet amplifié sur la disponibilité de l’eau dans les barrages et les nappes phréatiques.
Situé à la croisée des influences méditerranéennes et sahariennes, le Maroc est dans une position géographique qui le rend « particulièrement vulnérable ».
Face à ce « double défi » – gérer la rareté de l’eau tout en se préparant à des excès soudains –, les experts s’accordent sur le fait que le Royaume est entré dans une « nouvelle ère climatique ».
Si un automne pluvieux pourrait offrir un « répit salutaire », il faudra « plusieurs années de pluviométrie favorable » pour espérer rétablir un équilibre. Le paradigme a changé, et l’adaptation profonde des politiques de gestion de l’eau, de l’agriculture et de l’aménagement du territoire est devenue une nécessité impérieuse.