L’indice Assurances à la Bourse de Casablanca a progressé de 16,6% depuis le début de l’année. Il regroupe cinq valeurs, dont trois compagnies d’assurance, à savoir AtlantaSanad, Wafa Assurance et Sanlam Maroc, ainsi que deux courtiers, Afma et Agma.

Depuis janvier 2025, AtlantaSanad s’est appréciée de 23,9%, Wafa Assurance de 16,5% et Sanlam Maroc de 13,6%. Du côté des courtiers, Afma a gagné 19,8%, tandis qu’Agma n’a progressé que de 0,36%.

Il convient également de rappeler que le secteur des assurances a totalisé 18,2 MMDH de primes émises au premier trimestre 2025, selon les derniers chiffres publiés par l’ACAPS.

Quels changements connaît le secteur de l’assurance ?

« Globalement, le secteur de l’assurance affiche en 2025 une dynamique très positive, surtout portée par la bancassurance et l’assurance automobile », commente une source du marché assuranciel jointe par Médias24.

« On le constate clairement à travers les publications de plusieurs compagnies d’assurances. Sur la bancassurance, on parle parfois de croissances à deux chiffres, et pour l’automobile, les évolutions tournent autour de 9% à 10%. Cette tendance s’installe tout au long de l’année 2025 et pourrait même s’accentuer d’ici la fin de l’exercice ».

Le secteur de l’assurance a connu, ces derniers temps, plusieurs chantiers d’envergure : le basculement prévu à travers l’article 114, la réforme du barème d’indemnisation de l’assurance automobile ou encore la taxe sur les catastrophes naturelles. La question qui se pose aujourd’hui est celle de leur impact réel sur le marché. Peut-on s’attendre à une baisse d’activité ?

Notre interlocuteur apporte un éclairage. « Dans tous les cas, l’ensemble de ces chantiers vont redynamiser le secteur des assurances. Bien sûr, ce sont des défis, mais ils vont aussi insuffler une nouvelle dynamique ».

« L’article 114, dont le basculement est prévu d’ici l’année prochaine, devrait entraîner le transfert d’un peu moins de 2 milliards de DH, alors que le chiffre d’affaires global de l’assurance maladie dépasse actuellement les 3 MMDH. Mais comme ce total inclut également les complémentaires, l’impact direct serait plutôt autour de 2 MMDH. Pour la CNSS qui accueillera ces populations, c’est une excellente nouvelle ».

« Cela va lui permettre de mutualiser les risques en intégrant une population issue des entreprises les plus riches du Maroc, dont la masse salariale représente à elle seule près de 50%, pour un effectif relativement restreint qui ne dépasse pas les 600.000 salariés. En comptant les ayants droit, on pourrait atteindre jusqu’à 1,6 million de bénéficiaires. C’est donc une véritable réorganisation de la mutualisation des assurés ».

« Cette évolution va incontestablement dynamiser l’assurance maladie obligatoire : plus de revenus, plus de cotisations collectées et aussi plus de prestations servies. D’autant que cette population connaît bien le système et sait parfaitement comment utiliser ses droits ».

« Pour les compagnies, cela peut se traduire par une baisse du chiffre d’affaires sur l’assurance de base, mais le potentiel pour les complémentaires est considérable. Comme on dit, l’appétit vient en mangeant : quand ces salariés verront que leur panier de soins et leur taux de remboursement diminuent, ils pousseront leurs employeurs à souscrire des complémentaires pour retrouver le niveau de couverture dont ils bénéficiaient avant le basculement vers l’AMO ».

« C’est donc une véritable opportunité pour le secteur. L’assurance maladie de base est généralement déficitaire, alors que les complémentaires, elles, sont bénéficiaires. Pour les compagnies d’assurance, c’est une occasion d’améliorer la rentabilité de leurs portefeuilles ».

« La revalorisation prévue par la loi 24.07 constitue avant tout une véritable justice pour les assurés, les bénéficiaires et les victimes d’accidents de la circulation. Les textes qui régissaient jusque-là le barème d’indemnisation de l’assurance automobile dataient de plus de quarante ans ; cette réforme apporte donc une modernisation profonde, tant du cadre légal que des prestations servies ».

« Pour les compagnies d’assurance, cela représente certes une charge supplémentaire. Mais il faut rappeler que l’assurance automobile reste, de manière générale, le segment qui supporte l’essentiel des bénéfices du secteur. Les assureurs disposent encore d’une marge bénéficiaire importante sur cette branche. Peut-être que la réforme réduira quelque peu cette marge, mais elle les incitera surtout à modéliser leur tarification et à ajuster leurs prix, puisque ces derniers sont aujourd’hui libres ».

« À terme, il n’est pas exclu que l’autorité compétente libéralise davantage les paramètres de tarification pour permettre aux assureurs de mieux intégrer ces évolutions. Avec l’ensemble de ces chantiers, on voit bien qu’un véritable dynamisme s’installe : des innovations dans la tarification, la dématérialisation des processus d’acquisition et même la perspective d’une révision du système bonus-malus en automobile. C’est tout l’écosystème du secteur qui est en train d’évoluer ».

« S’agissant d’une éventuelle hausse de la taxe de solidarité pour les événements catastrophiques, il faut rappeler que les compagnies d’assurance n’en sont que les intermédiaires. Elles collectent cette taxe auprès des assurés et la reversent ensuite au Fonds de solidarité contre les événements catastrophiques (FSEC) ».

« Si cette taxe venait à augmenter de 1,5%, cela générerait mécaniquement plus de ressources pour le fonds, mais l’impact direct pour les assurés resterait limité, car le montant prélevé reste faible par rapport au niveau global des primes. En revanche, pour le fonds, ce sont des revenus significatifs qui viendraient renforcer sa capacité d’intervention en cas d’événement majeur », conclut notre interlocuteur.

Le secteur de l’assurance en bourse

Maintenant que la trajectoire du secteur est mieux cernée, une question se pose : que disent les analystes de son évolution en bourse et jusqu’où peut aller le potentiel de croissance ?

Pour l’année 2025, le chiffre d’affaires du secteur des assurances est attendu à 22 MMDH, en hausse de 5,8% par rapport à 2024. Cette progression s’explique par la dynamique de la branche automobile et une amélioration attendue de la collecte d’épargne, deux moteurs identifiés par les analystes.

Dans le détail, Wafa Assurance devrait tirer la croissance vers le haut avec +7,3%, tandis qu’AtlantaSanad (+4,3%) et Sanlam Maroc (+4,0%) affichent des progressions plus modérées.

Le résultat d’exploitation sectoriel atteindrait 2,2 MMDH en 2025, en hausse de 12,9%. La plus forte croissance proviendrait d’AtlantaSanad avec +26,1%, suivie de Sanlam Maroc (+9,4%) et Wafa Assurance (+7,1%).

Quant au résultat net part du groupe (RNPG), il progresserait de 8,6% en 2025 pour atteindre 1,8 MMDH, avec une dynamique particulièrement forte pour AtlantaSanad (+13,9%), contre +6,8% pour Wafa Assurance et +6,4% pour Sanlam Maroc.

Les perspectives pour 2026 restent positives avec une poursuite de la croissance (+6,9% du chiffre d’affaires, +7,7% du REX et +7,3% du RNPG), mais plusieurs facteurs de risque demeurent.

Les analystes soulignent le passage à la norme IFRS 17 et l’entrée en vigueur de la solvabilité basée sur les risques (SBR) pour les comptes 2025, qui pourraient peser sur les marges de solvabilité et la capacité bénéficiaire des compagnies, déjà fragilisées par les impacts fiscaux et les taxes sur les superprofits.

En revanche, la baisse attendue de la sinistralité à partir de 2026, grâce aux politiques d’assainissement mises en place par les assureurs, devrait soutenir les résultats à moyen terme.

Pour AtlantaSanad, le dividende par action devrait se maintenir à 6 DH en 2025 avant de passer à 7 DH en 2026. Le rendement de dividende atteindrait 4,4% en 2025, puis 4,6% en 2026, avec un PER qui reculerait de 16,3x en 2025 à 14,7x en 2026, donc une valorisation plus attractive.

Pour Sanlam Maroc, le dividende attendu est de 85 DH en 2025 et 90 DH en 2026. Le rendement se situerait à 4,2% en 2025 avant de remonter à 4,5% en 2026. Le PER, de son côté, passerait de 18,6x en 2025 à 17,6x en 2026, ce qui indique également une baisse de valorisation.

Enfin, pour Wafa Assurance, le dividende par action atteindrait 150 DH en 2025 et 160 DH en 2026. Le rendement serait de 2,9% en 2025 avant de revenir à 3,1% en 2026. Quant au PER, il passerait de 21,4x en 2025 à 20,3x en 2026, traduisant une valorisation toujours plus exigeante que celle des deux autres compagnies.

Les résultats semestriels du secteur

>> Sanlam Maroc

À fin juin 2025, le chiffre d’affaires global atteint 3,43 MMDH, en recul de 3% par rapport au premier semestre 2024. Cette baisse provient principalement du ralentissement de la branche Vie, notamment sur l’activité bancassurance

Pour le seul 2ᵉ trimestre 2025, le chiffre d’affaires s’élève à 1,35 MMDH, soit une diminution de 2,8% par rapport à la même période de 2024.

Dans le même temps, les provisions techniques progressent de 3,6% par rapport à fin décembre 2024, atteignant 16,15 MMDH.

De plus, les placements affectés aux opérations d’assurance s’élèvent à 17,2 MMDH, en hausse de 2% sur le semestre.

>> AtlantaSanad

Au deuxième trimestre 2025, AtlantaSanad a réalisé un chiffre d’affaires de 1,38 MMDH, en nette progression de 21,3% par rapport à 2024, soit une hausse de 242 MDH.

L’activité Vie a connu une forte dynamique, atteignant 495 MDH, en hausse de 49,5%, portée par le nouveau partenariat bancassurance avec CDM et la signature de nouvelles affaires. L’activité Non-Vie s’est établie à 881 MDH, en croissance de 9,7%, soit 78 MDH supplémentaires.

Sur l’ensemble du premier semestre 2025, le chiffre d’affaires global s’est hissé à 3,7 MMDH, soit une progression de 18,3% par rapport à la même période de 2024. L’activité Non-Vie a totalisé 2,6 MMDH, en hausse de 8%, tandis que l’activité Vie a enregistré 1,043 MMDH, en forte augmentation de 55,7%.

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11/09/202411/09/2025

Source: medias24.com

>> Wafa Assurance

Au titre du deuxième trimestre 2025, les primes émises par le Groupe Wafa Assurance atteignent 3,5 MMDH, en hausse de 15,7% par rapport à la même période de 2024.

En cumul sur le premier semestre, elles s’établissent à 7,9 MMDH, en progression de 10,3%, soutenues par la performance de l’activité au Maroc et à l’international.

Dans le détail, les primes Non-Vie s’élèvent à 4,02 MMDH, en croissance de 11%, tandis que les primes Vie progressent de 9,5% pour atteindre 3,8 MMDH, portées par les activités Épargne et Prévoyance.

En social, le chiffre d’affaires au 30 juin 2025 ressort à 6,6 MMDH, en hausse de 7,7% grâce à la bonne tenue de l’activité Vie et à la progression de l’activité Non-Vie. Pour le seul deuxième trimestre, il s’établit à 2,9 MMDH, en croissance de 10,8% par rapport à 2024.

L’activité Non-Vie atteint 3,5 MMDH au premier semestre, en hausse de 10,7%, alors que l’activité Vie progresse de 4,5% à 3,05 MMDH.

>> Afma

Au premier semestre 2025, le groupe Afma a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 177 MDH, en hausse de 11% par rapport aux 159 MDH enregistrés à fin juin 2024.

Le chiffre d’affaires social d’Afma a suivi la même tendance, atteignant 150 MDH, soit une progression de 11% également. Cette performance découle à la fois de la conclusion de nouvelles affaires et du développement du portefeuille existant.

Au seul deuxième trimestre 2025, le chiffre d’affaires consolidé s’élève à 85 MDH, en augmentation de 16% par rapport à la même période en 2024, tandis que le chiffre d’affaires social atteint 73 MDH, en hausse de 12%.

Par ailleurs, les investissements réalisés par le groupe se chiffrent à 7,3 MDH contre 9,4 MDH un an plus tôt, et l’endettement net financier consolidé ressort à 29,4 MDH, intégrant le dividende 2024 de 60 MDH, dont la distribution est prévue en septembre 2025.

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11/09/202411/09/2025

Source: medias24.com