Alors que le contexte géopolitique régional évolue rapidement, la question de la sécurisation de la zone tampon, à l’est du mur de défense marocain, devient un enjeu stratégique majeur.
La question est sur toutes les lèvres ou presque : et si le Maroc prenait la zone tampon ? Qu’est-ce que cela signifie militairement ? Est-ce faisable ?

Le sujet, bien qu’éminemment sensible et relevant de la décision souveraine du Roi Mohammed VI, chef suprême et chef d’état-major général des FAR, fait évidemment l’objet de planifications abouties.
« Tous les plans opérationnels pour une telle intervention existent », affirme l’expert militaire Abdelhamid Harifi. L’objectif final serait, si une telle décision était prise, « d’étendre le dispositif de défense marocain jusqu’aux frontières internationales avec la Mauritanie et l’Algérie ».
Sans spéculer sur une telle décision, il faut noter que l’ouverture programmée de la nouvelle route entre Smara-Amgala et Bir Mogrein, côté mauritanien, nécessite logiquement la sécurisation de ce tronçon dans sa (petite) partie à l’extérieur du mur.
Le nouveau passage frontalier, un possible déclencheur
En effet, le projet de création d’un nouveau passage frontalier entre le Maroc et la Mauritanie n’a de sens que si la nouvelle route est sécurisée. Cette route, presque terminée, se situe dans la région d’Amgala du côté marocain et de Bir Mogrein du côté mauritanien.
Pour Abdelhamid Harifi, la sécurisation de cet axe est une condition sine qua non. « L’ouverture d’un tel poste nécessiterait obligatoirement une opération de ratissage et de sécurisation », analyse-t-il.
Il ne s’agit pas de récupérer l’intégralité de la zone tampon en une seule fois, mais plutôt de créer un « corridor sécurisé, potentiellement de 10 à 15 kilomètres de large« .

Cette manœuvre aurait un double effet stratégique : d’une part, « cantonner les milices du polisario dans des périmètres plus restreints » et limiter leurs incursions ; d’autre part, mettre la Mauritanie devant ses responsabilités, car « toute attaque provenant de son territoire serait perçue comme un aveu de son incapacité à sécuriser ses propres frontières ».
En d’autres termes, la zone tampon serait coupée en deux, une partie à proximité de l’Algérie et du nord-est mauritanien. Et une partie du côté mauritanien seul, et à laquelle le polisario ne pourrait accéder qu’en passant par le territoire mauritanien.
Un contexte diplomatique et une armée en alerte permanente
La situation diplomatique actuelle semble favorable. La récente déclaration de l’envoyé personnel de l’ONU, Staffan de Mistura, qualifiant implicitement le conflit de « maroco-algérien », marginalise de fait le polisario. Selon Abdelhamid Harifi, cette posture internationale pourrait « ouvrir la voie à une initiative marocaine pour clore définitivement le dossier sur le terrain ».
Autre point crucial : les FAR ne sont pas une armée de caserne. « C’est une armée opérationnelle, déjà déployée dans un théâtre d’opérations. Le statut actuel n’est pas une situation de paix, mais un cessez-le-feu. La guerre est latente », explique-t-il.
Depuis 1991, tout le matériel et la logistique sont prépositionnés. « Les FAR sont prêtes à passer à l’action à tout moment sur ordre de Sa Majesté ».
Cette préparation a été testée avec succès lors de l’opération d’El Guerguerat en 2020 qui fut « un test, surtout pour les équipes logistiques ».
Les défis matériels : le besoin crucial en blindés anti-mines (MRAP)
Une opération dans la zone tampon nécessiterait un équipement spécifique, notamment des blindés anti-mines (MRAP). « L’expérience des conflits en Irak, en Libye et en Afghanistan a montré la vulnérabilité des blindés légers, notamment les Hummer, face aux engins explosifs improvisés (IED) », rappelle Abdelhamid Harifi. Les MRAP (Mine-Resistant Ambush Protected) sont conçus pour résister à ces menaces et « sauvegarder la vie des soldats en opération ».
Le Maroc cherche activement à se doter de ce type de matériel. Des informations circulent à propos d’un intérêt pour des blindés canadiens. Notre expert rappelle que le Maroc a déjà acquis par le passé du matériel auprès de sociétés canadiennes pour les Forces auxiliaires, mais l’acquisition pour l’armée est plus complexe.
« La législation de pays comme le Canada, la Suède ou la Norvège interdit la vente de matériel létal à des pays impliqués dans des conflits territoriaux ».
En conclusion, Abdelhamid Harifi avance : « Si une décision politique était prise, les FAR sont techniquement et opérationnellement prêtes à mener une action décisive pour sécuriser tout ou une partie de la zone tampon et redéfinir durablement la situation sur le terrain ».