Instauré de manière permanente il y a sept ans, le fuseau horaire GMT+1 était officiellement justifié par des arguments d' »économie d’énergie » et la volonté de limiter l’impact « négatif » sur la santé, dû aux changements d’heure répétitifs. Cependant, les motivations réelles ne sont pas vraiment connues et les conséquences observées sont complexes.
La santé publique face au manque de lumière hivernale
Pour la psychologue clinicienne Wiame Benjelloun, le principal inconvénient de GMT+1 est le « rétrécissement des journées et le manque de lumière naturelle, surtout en automne et en hiver ». Ce phénomène n’est pas sans conséquence sur la santé mentale et physique de la population.
« Chez les enfants et les adolescents, cette réduction de lumière peut accentuer l’agitation, fragiliser la concentration à l’école et augmenter la sensibilité émotionnelle », explique-t-elle dans un échange avec Média24. Les adultes ne sont pas épargnés. « On observe souvent une fatigue diffuse, une baisse d’énergie, une humeur plus fragile et parfois des tensions dans les relations ».
À l’échelle de la santé publique, ces effets saisonniers peuvent contribuer à « une augmentation de la fatigue générale, des troubles du sommeil, et un léger accroissement des irritabilités ou de l’anxiété, impactant la productivité scolaire et professionnelle. »
Une décision avant tout économique et stratégique
Face à ces préoccupations sanitaires, l’expert en énergie Amine Berrada rappelle que la décision initiale n’était « pas principalement motivée par des raisons énergétiques ».
Selon lui, « l’objectif premier était d’ordre économique et stratégique : aligner les horaires de travail du Maroc sur ceux de ses principaux partenaires européens », comme l’Espagne, la France ou l’Allemagne, afin de faciliter les échanges commerciaux. L’économie d’énergie n’était qu’un « argument secondaire ».
Néanmoins, Amine Berrada juge l’adoption de GMT+1 « entièrement favorable d’un point de vue énergétique ». Si les chiffres de l’étude ministérielle de 2019 (37,6 GWh économisés en hiver) peuvent paraître anecdotiques, notre expert estime que l’économie réelle est bien plus significative. L’étude de 2019 est d’ailleurs la seule référence publique connue sur le sujet. Depuis, nous ne savons pas si l’État a réalisé une nouvelle étude, ou du moins une actualisation de la précédente.
« Les économies réalisées sont bien plus importantes en été qu’en hiver, au moins le double », précise-t-il, évaluant le gain annuel total « entre 0,7% et 1% de la consommation nationale », soit environ 430 GWh en 2024. Un chiffre qui, selon lui, « n’est pas une paille » lorsqu’il est traduit en économies de carburant.
Un décalage avec la réalité solaire du Maroc
Amine Berrada soulève également une autre dimension du débat : la réalité géographique. « D’un point de vue purement géographique et solaire, le Maroc ne devrait même pas être à l’heure GMT », explique-t-il.
Le pays étant situé à l’ouest du méridien de Greenwich, il est en moyenne « en retard d’une demi-heure sur le temps solaire ». Une ville comme Marrakech, par exemple, a un retard de 35 minutes. Pour être parfaitement aligné sur le soleil, « le Maroc devrait donc adopter un fuseau de GMT -30 minutes« .
Le paradoxe estival reste le principal point de friction sociale : GMT+1 contraint la population à « se coucher alors qu’il fait encore plein jour », un décalage avec le rythme naturel difficilement accepté.
En conclusion, le choix de GMT+1 se cristallise autour d’un arbitrage complexe. D’un côté, une logique économique pragmatique de synchronisation avec l’Europe, soutenue par des bénéfices énergétiques réels.
De l’autre, des préoccupations légitimes concernant le bien-être et la santé des citoyens, particulièrement durant les mois d’hiver sombres. Le débat reste ouvert sur la pertinence de ce choix à long terme.