Les prix des viandes rouges avoisinent toujours les 100 DH/kg ou plus dans différentes régions du Maroc.

Au marché de gros de Casablanca, le mercredi 10 septembre, la viande ovine oscillait de 85 à 110 DH/kg, tandis que la viande bovine coûtait de 74 à 94 DH/kg. Chez les bouchers, des marges supplémentaires pouvant atteindre 40 DH/kg sont appliquées, accentuant encore le coût pour le consommateur.

Ces niveaux de prix perdurent depuis plus d’un an, malgré les multiples mesures mises en place par le ministère de l’Agriculture. Une situation dénoncée par les consommateurs, d’autant que le dernier recensement du cheptel national a montré que l’offre est suffisante pour répondre aux besoins du pays, particulièrement pour la viande ovine.

Des marges très élevées et une désorganisation du marché

Joints par Médias24, différents professionnels du secteur pointent toujours les mêmes problématiques, à savoir les spéculations et la désorganisation du marché, mais ajoutent cette fois-ci « le retard de la mise en œuvre des mesures annoncées dans le cadre du programme de reconstitution du cheptel ».

D’après l’une de nos sources, « pour un veau vif, le kilogramme se négocie actuellement autour de 95 DH, tandis qu’un agneau de lait vif atteint jusqu’à 120 DH. Un mouton destiné à l’abattage, d’un poids variant entre 45 kg et 50 kg, coûte pour sa part 95 DH/kg, soit 30 DH de plus qu’il y a quelques mois ».

« Si l’on fait le calcul, un agneau de lait pourrait coûter jusqu’à 1 .700 DH actuellement. Son prix continue d’augmenter, car il est très prisé pour Aïd al-Adha et pourrait atteindre jusqu’à 2.500 DH ».

« Les engraisseurs commencent déjà à acheter leurs moutons en prévision de l’Aïd », nous confie notre source, estimant qu’il est peu probable qu’un nouvel appel à l’abstention du sacrifice soit lancé une deuxième année consécutive.

« Pour le prochain Aïd, les prix pourraient atteindre des niveaux record. Un agneau de lait peut consommer jusqu’à 3.000 DH d’alimentation d’ici cette période, une charge qui doit être compensée lors de sa vente », avertit notre source. « Un engraisseur qui l’achète actuellement à 1.700 DH pourrait donc le vendre à plus de 4.000 DH durant l’Aïd ».

Même constat auprès d’un autre professionnel. « Le lendemain du recensement, le prix du kilogramme d’agneau vif avoisinait 60 DH à 65 DH, alors que chez les bouchers, il dépassait largement les 100 DH/kg », souligne-t-il, pointant les marges appliquées par ces derniers.

Selon notre première source, le problème vient avant tout du circuit commercial. « Le bétail est vendu jusqu’à six reprises avant d’arriver au marché de gros. Le marché est désorganisé et soumis à la spéculation ».

D’autre part, « les marchés de gros souffrent d’un manque d’organisation, notamment de l’absence de certificats de naissance, de décès ou d’abattage, ainsi que le manque de traçabilité… Autant d’éléments qui alimentent la spéculation. Il faut donc s’attaquer au cœur du problème », dénonce l’une de nos sources.

Flambée des prix des aliments

Outre cette problématique structurelle, les professionnels pointent le coût des aliments pour bétail. « L’orge, le tourteau de soja ou encore le maïs ont vu leurs prix s’envoler. L’orge est vendue à 2,80 DH/kg et le tourteau de tournesol entre 2,20 et 2,25 DH/kg. Le blé tendre local coûte 2,20 DH/kg, contre 3,15 DH/kg pour l’importé, subventionné à hauteur de 1 DH par l’État. Au final, l’aliment d’engraissement peut atteindre 3,5 DH/kg ».

« On nous parle de subventions, mais elles tardent à entrer en vigueur. Tout est importé et le coût reste prohibitif pour la majorité des éleveurs, surtout les petits qui représentent 95% du secteur », nous explique-t-on.

« Le prix de l’orge, indispensable pour l’alimentation du cheptel, a bondi de 50% pour atteindre 3 DH le kilogramme », nous confirme une autre source du secteur, « alors que le soutien prévu par l’État devrait le ramener à 1,50 DH/kg ».

En effet, dans le cadre du programme de reconstitution du cheptel, le ministère de l’Agriculture avait annoncé, le 18 juin dernier, la subvention de l’aliment de bétail. L’État prévoit de subventionner l’orge à 1,5 DH/kg (dans la limite de 7 millions de quintaux) et les aliments composés à 2 DH/kg. L’acquisition devait se faire via des appels d’offres lancés par l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL), avec un suivi renforcé de la distribution sur le terrain.

D’après nos sources, aucune de ces mesures n’a encore été réellement mise en œuvre, « ce qui incitera, à terme, certains éleveurs à envisager d’abandonner leur activité ».

Attentes des éleveurs et impact de la sécheresse

Les éleveurs insistent également sur l’urgence de l’appui financier pour les femelles reproductrices.

Toujours dans le cadre du plan de reconstitution du cheptel, le ministère avait prévu une subvention de 400 DH par brebis ou chèvre femelle conservée dans le cheptel pendant une durée déterminée, mais il n’en est toujours rien selon les éleveurs sondés.

« La période actuelle correspond au début des agnelages et à la préparation des brebis à la gestation, qui dure en moyenne un à un mois et demi. Sans une alimentation adéquate avant cette phase, la production pourrait en pâtir. C’est donc le moment opportun pour mettre en œuvre les mesures annoncées, notamment l’aide financière de 400 DH pour chaque femelle identifiée et non abattue », concluent nos sources.

Contacté par Médias24, le ministère de l’Agriculture n’avait pas encore donné suite à notre requête au moment de la publication du présent article.

À suivre…