Après la polémique autour de l’hôpital Hassan II d’Agadir, qui a conduit à la révocation de plusieurs responsables à la suite de la dégradation des services ayant causé des décès d’enfants, l’état de l’offre de santé au Maroc revient au premier plan.

Les données 2024 de la carte sanitaire du ministère de la Santé (2025 n’étant pas encore disponible) permettent d’établir un panorama complet de la répartition des médecins, des lits et des infrastructures sanitaires à travers le Royaume.

Plus de 32.000 médecins et plus de 45.000 lits au niveau national

Les données analysées par nos soins démontrent que le Maroc comptait, en 2024, 32.665 médecins, contre un peu plus de 30.500 en 2023 et 28.000 en 2022. Ils se répartissent entre :

15.452 médecins dans le secteur public, dont 3.388 généralistes et 11.259 spécialistes ;

17.213 dans le secteur privé (5.978 médecins généralistes et 11.235 spécialistes).

Du côté des infrastructures, le pays disposait, en 2024, de 166 hôpitaux publics (26.678 lits), de 11 hôpitaux psychiatriques (1.506 lits) et de 143 centres d’hémodialyse (2.912 appareils).

En milieu urbain, on recense 882 établissements de soins primaires contre 1.324 en zone rurale. Le privé, en forte croissance, totalise pour sa part 453 cliniques (19.038 lits) et 14.524 cabinets médicaux.

Les inégalités entre les régions persistent

Trois régions concentraient l’essentiel de l’offre médicale, à savoir Casablanca-Settat (9.535 médecins), Rabat-Salé-Kénitra (6.575 médecins) et Marrakech-Safi (près de 4.000 médecins).

À l’opposé, Souss-Massa ne comptait que 1.401 médecins, dont seulement 552 dans le secteur public, une réalité mise en lumière par la crise d’Agadir. Elle est suivie de près par Béni Mellal-Khénifra, qui comptait à peine 1.086 médecins en 2024, dont 449 dans le secteur public.

Les régions Guelmim-Oued Noun (180 médecins) et Dakhla-Oued Ed- Dahab (88 médecins) ferment la marche, leur éloignement géographique expliquant en partie cette situation.

Répartition régionale des médecins dans les secteurs public et privé

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Casablanca-Settat en tête 

Avec plus de 9.500 médecins, dont 6.186 dans le privé, la région Casablanca-Settat concentre près d’un tiers de l’offre nationale.

Le privé représente 64,9% des médecins dans la région, contre 35,1% pour le public. On constate un écart encore plus marqué pour les lits hospitaliers, où 62,6% des lits sont privés, contre 37,4% dans le public, pour un total de 11.518 lits.

On remarque également que la répartition des médecins reste très inégale à Casablanca-Settat. La province de Casablanca Anfa concentre près de la moitié des médecins et des lits (4.024 médecins), alors que des provinces comme Médiouna ou Benslimane en sont nettement moins dotées. Une situation qui démontre la persistance des disparités à l’intérieur de la région.

À Rabat-Salé-Kénitra, le public plus présent

Dans la région Rabat-Salé-Kénitra, le secteur public domine en termes d’établissements de soins, avec 4.243 lits (61%) contre 2.711 lits privés (39%).

Côté médecins, le privé reste légèrement majoritaire (55,8%). La proportion du secteur public reste toutefois plus élevée que dans la région Casablanca-Settat, où elle ne représente que 35%.

Les disparités territoriales sont également marquées au sein de la région. La province de Rabat concentre à elle seule plus de la moitié des médecins, avec 3.509 praticiens et 3.653 lits, tandis que Sidi Slimane se trouve largement sous-dotée, avec seulement 117 médecins et 64 lits.

Guelmim-Oued Noun et Dakhla-Oued Ed-Dahab en queue de peloton

Dans la région Guelmim-Oued Noun, on comptait à peine 180 médecins en 2024, dont 129 exerçant dans le secteur public et seulement 51 dans le privé.

En termes de lits, la région comptait 373 lits, dont 95% dans le public. Une situation qui s’explique par sa faible densité démographique et son éloignement géographique.

La province de Guelmim concentre la moitié de l’offre (94 médecins et 180 lits), alors que Sidi Ifni (32 médecins et 44 lits) et Assa-Zag (17 médecins et 65 lits) en disposent très peu.

A Dakhla-Oued Ed-Dahab, l’offre est encore plus limitée. On comptait à peine 88 médecins et 193 lits en 2024. Contrairement à Guelmim, le privé y est plus présent, avec 59% des lits. La ville de Dakhla concentre toute l’offre hospitalière, ce qui s’explique par son statut et son potentiel de développement, malgré son isolement géographique.

Cette répartition régionale démontre que les grandes villes comme Casablanca ou Rabat, avec leurs infrastructures modernes et leur attractivité pour le secteur privé, concentrent la majorité de l’offre hospitalière, tandis que les provinces rurales dépendent principalement des structures publiques, souvent plus limitées en capacité et aux prestations insuffisantes.

Les visites « surprises » ou encore les révocations ne suffisent plus. La crise d’Agadir a mis en évidence un malaise qui pourrait se retrouver dans d’autres hôpitaux publics du Royaume.

Le ministère doit prendre le taureau par les cornes et s’attaquer au cœur du problème, notamment l’augmentation de la capacité de formation grâce à l’ouverture de nouvelles facultés, l’accélération de la mise en service des infrastructures déjà prêtes mais toujours fermées, ainsi que l’accélération des chantiers en cours ou prévus.

La transparence constitue également l’un des défis majeurs du secteur de la santé. Les pratiques bien connues qui y perdurent nuisent particulièrement aux personnes les plus vulnérables, qui n’ont pas d’autres options.

Le Maroc se prépare à accueillir de grands événements continentaux et mondiaux, notamment la Coupe du monde 2030, pour laquelle des millions de dirhams sont investis dans les infrastructures. Certes, il s’agit de projets stratégiques, mais la santé n’en est pas moins prioritaire. Elle mérite une attention et des moyens tout aussi importants. Une telle dynamique doit impérativement s’accompagner d’une offre de soins à la hauteur.

Répartition régionale du nombre de lits dans les secteurs public et privé

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Explorez grâce à la carte interactive ci-dessous, la répartition régionale du nombre de médecins dans les secteurs privé et public :

Explorez grâce à la carte interactive ci-dessous, la répartition régionale du nombre de lits dans les secteurs privé et public :