Épargner reste un sujet central pour les particuliers. Construire un capital pour mieux gérer son avenir, ses projets ou pour toute autre raison est une vraie préoccupation.

Au Maroc, les dépôts des ménages dans le circuit bancaire atteignent 948 MMDH. La question qui revient de plus en plus, c’est comment épargner au-delà des méthodes traditionnelles, comment faire fructifier son capital et gérer au mieux son patrimoine ?

Que ce soit l’assurance-vie, les unités de compte, les plans d’épargne dédiés aux particuliers ou aux enfants, les plans d’épargne retraite, les investissements en OPCVM ou en bourse, les options sont nombreuses et, au milieu de toutes ces possibilités, il reste à savoir comment faire les bons choix.

>> Comprendre les enjeux du développement patrimonial

« Quand on parle de gestion du patrimoine, l’acte d’épargne est avant tout un moyen de le développer. Mais pour y parvenir, il faut savoir pourquoi on le fait. Structurer, protéger et valoriser ses actifs financiers, immobiliers et professionnels, tout en intégrant les aspects juridiques et fiscaux : la gestion patrimoniale est une démarche à plusieurs facettes », explique Marouane Hatim, économiste et expert en gestion de patrimoine basé à Québec.

« Ainsi, la première étape, c’est de réaliser un diagnostic pour comprendre sa situation financière. Cela passe par l’analyse du train de vie, des revenus, des charges, de l’endettement et par la définition d’un horizon de placement adapté ».

Une fois ce diagnostic posé, vient la réflexion sur la stratégie de développement et les différents leviers à activer.

>> Diversification : la clé d’une stratégie solide

« C’est extrêmement important pour dessiner une stratégie de développement du patrimoine », explique-t-il.

« C’est répartir les actifs entre plusieurs classes comme l’action, l’obligataire, le monétaire, mais aussi l’immobilier ou même l’investissement direct qui peut être fait à travers certains véhicules de private equity ».

>> Miser sur les secteurs porteurs

« L’autre point de diversification, surtout pour ceux qui investissent directement en bourse, consiste à identifier les secteurs facteurs de croissance ».

On le voit avec la dynamique de l’économie marocaine portée par les grands chantiers et les événements sportifs, mais aussi par des secteurs comme la technologie, la construction ou le tourisme. Miser sur ces secteurs, que ce soit directement en actions ou via des fonds d’épargne collective, permet de capter ces opportunités de croissance.

>> L’optimisation fiscale et la protection des actifs 

L’optimisation fiscale fait également partie des leviers essentiels dans une stratégie de développement du patrimoine.

« On peut tirer parti du cadre réglementaire, notamment avec l’assurance-vie ou l’assurance-retraite, pour exploiter le potentiel du marché boursier tout en bénéficiant des abattements et des incitations fiscales, dans une logique d’investissement à long terme qui permet de cristalliser les gains ».

« Il y a aussi un point extrêmement important, celui de la protection des actifs. Parce que ces actifs-là, il faut les protéger. Il ne faut pas oublier que, parfois, il y a des retournements de situation. Il faut savoir à quel moment réviser sa politique d’investissement, à quel moment changer de stratégie. Pour cela, il faut avoir accès à l’information en permanence sur ce qui se passe dans le marché ».

>> Suivi et gestion des risques

« Bien sûr, on peut confier son investissement, son épargne à des professionnels. Mais si on est acteur direct sur son épargne, il faut avoir accès à l’information, savoir la gérer et la transformer en acte de décision pour trouver le bon moment pour changer de stratégie ».

« Il faut aussi se doter d’outils qui donnent une vision claire de la gestion patrimoniale, utiliser des outils digitaux pour suivre les placements en temps réel, paramétrer les automatismes, avoir la vraie photo, le vrai bilan de son patrimoine et de son épargne de manière fréquente », ajoute-t-il.

Ainsi, simplifier la prise de décision ou l’acte d’arbitrage quand c’est nécessaire. Ce sont des éléments essentiels pour accompagner cette approche de développement du patrimoine.

>> Objectifs clairs et maîtrise des coûts

« C’est pour cela que la bonne fixation des objectifs au préalable est très importante pour ajuster l’horizon de placement et la prise de risque qu’on va avoir, et monitorer l’exposition à certains secteurs ou à certaines classes d’actifs en conséquence ».

Et éviter « l’effet de bulle qu’on pourrait avoir, ou l’effet de dépassement de la capacité de prise de risque qui pourrait mettre le patrimoine ou l’épargne dans une zone de vulnérabilité ».

« Il y a un autre volet qui me semble important quand on parle d’optimisation, il ne faut pas oublier qu’on peut analyser les frais et les coûts aussi. Il faut bien comparer les frais qui sont inclus dans les solutions qu’on va utiliser et les frais des intermédiaires qu’on va solliciter ».

Il est essentiel de solliciter un conseiller en gestion de patrimoine, tout en examinant attentivement le niveau des frais appliqués. Ces frais doivent rester cohérents avec le niveau de risque accepté et les besoins financiers préalablement identifiés.

C’est un point extrêmement important qu’il va falloir regarder : ce que l’on paye comme prestations de services par rapport à la qualité de services que l’on va recevoir au final.

>> La régularité, moteur de la croissance patrimoniale

« Continuer à étudier la régularité de l’acte d’épargne, parce que le vrai levier pour faire grandir son patrimoine reste celui d’épargner régulièrement et de réinvestir ses gains ».

« À ce niveau, il faut étudier les sources, les revenus, les capacités à générer ces revenus, et voir dans quelle mesure on définit la proportion à épargner ».

« Quand on souhaite épargner avec régularité, il faut aussi tenir compte des mises à jour de la conjoncture économique qui vont refléter les opportunités d’épargne à saisir ».

>> Il faut aussi éviter certains pièges, comme le mimétisme dans les périodes d’euphorie

On l’a vu récemment avec la fièvre boursière : tout le monde veut investir, mais est-on est vraiment prêt, est-ce que c’est le bon timing, la bonne proportion de revenus à affecter à l’épargne et à l’investissement ?

Vouloir tout miser sur une idée magique pour doper son capital, qu’il s’agisse de la Bourse ou autre, peut être risqué. Certains sont sensibles aux tendances, d’autres ont une gestion plus prudente, de bon père de famille.

« La tolérance au risque ne doit jamais être négligée. Il faut rester adapté aux besoins réels et ne pas négliger les conséquences fiscales des décisions ».

« Enfin, les bonnes pratiques consistent à faire régulièrement un bilan patrimonial, à suivre les objectifs fixés et à mettre à jour la stratégie en permanence ».

>> Les bonnes pratiques pour un patrimoine durable

« Il faut adapter le niveau de risque accepté aux rendements attendus et privilégier la constance d’une épargne régulière et programmée plutôt que des actes isolés, spéculatifs ou dictés par un mouvement collectif ».

« Liquider ou arbitrer certains actifs sous-performants qui n’ont plus d’intérêt ou de potentiel particulier ». C’est une combinaison de plusieurs éléments : lecture de l’environnement, anticipation, diversification, optimisation fiscale et juridique, et une rigueur dans la politique d’épargne.

>> Transmission et changements générationnels

« La compréhension approfondie de l’objectif rend le conseil plus simple, plus accessible et plus fréquent. Il faut une logique où chaque décision prend en compte les changements de situation personnelle, professionnelle ou conjoncturelle. Ce sont des éléments essentiels quand on amorce l’acte d’épargner ».

Sur ce point, il y a aussi la question du changement générationnel. L’épargne peut s’accompagner de la transmission du patrimoine. Ce n’est pas un acte simple, c’est un processus qui demande réflexion, préparation, structuration. Les outils et approches ne sont pas seulement financiers, ils peuvent être juridiques et avoir des répercussions fiscales.

La planification patrimoniale doit donc intégrer ce volet successoral, en tenant compte des évolutions légales et des choix liés au contexte familial.