Portée par l’UM6P et son Collège de l’agriculture, l’initiative Al Moutmir, en partenariat avec la Fondation OCP, met la science et l’innovation au service du développement agricole au Maroc.

Ses plateformes de démonstration (PFDs) permettent d’accompagner les agriculteurs dans l’adoption de bonnes pratiques et de mesurer l’impact des itinéraires techniques optimisés.

Pour la campagne 2024-2025, 1.102 plateformes de démonstration ont été mises en place dans 24 provinces, dont 876 dédiées aux céréales et 226 aux légumineuses, avec plus de 600 plateformes conduites en semis direct.

Ces PFDs, installées chez 275 agriculteurs, permettent de comparer les itinéraires techniques optimisés avec les pratiques locales et de mesurer les impacts sur les cultures dans un contexte réel, nous indique-t-on.

Mené en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts à travers ses représentations, notamment l’Office national du conseil agricole (ONCA) et les directions provinciales de l’Agriculture (DPA), ce dispositif vise à démontrer, directement sur le terrain, l’impact positif de l’adoption de pratiques agricoles optimisées et adaptées aux spécificités locales. Les agriculteurs y découvrent les bénéfices d’un itinéraire technique raisonné et durable comparé à leurs pratiques habituelles.

Les PFDs sont co-construites avec l’écosystème agricole et scientifique et bénéficient du soutien de l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguérir. Durant la campagne 2024-2025, plus de 275 agriculteurs ont participé directement à ces plateformes, tandis que plus de 3.025 autres ont été impliqués indirectement à travers les écoles aux champs, les sessions de formation théorique, ainsi que les outils numériques et réseaux sociaux via « tmar« .

Chaque PFD est conduite selon le référentiel de l’Integrated Crop Program (ICP), articulé autour de quatre piliers :

  • la fertilisation raisonnée basée sur des analyses de sol ;
  • la protection intégrée des cultures ;
  • la gestion rationnelle de l’eau ;
  • l’utilisation de solutions spécialisées adaptées aux besoins de chaque culture.

Ces analyses, réalisées par les laboratoires mobiles déployés à l’échelle nationale ainsi que le laboratoire d’analyse des sols de la ferme expérimentale de l’UM6P, constituent la première étape vers une fertilisation équilibrée et durable. Les recommandations sont ensuite traduites en solutions concrètes via le Smart Blender, permettant la production d’engrais sur mesure adaptés à chaque sol et culture.

Parmi ces plateformes, plus de 600 PFDs sont dédiées au semis direct, une pratique innovante et durable au cœur des efforts d’Al Moutmir pour accompagner la transition vers des systèmes de production plus résilients et respectueux des ressources naturelles, portée par le programme national du semis direct.

Al Moutmir Open innovation Lab

La 17ᵉ édition de Al Moutmir Open Innovation Lab s’est tenue le 19 septembre 2025 à l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguérir et en ligne. Cette rencontre, consacrée à la présentation des résultats des plateformes de démonstration des céréales et légumineuses de la campagne agricole 2024-2025, a rassemblé environ 70 participants.

Les interventions ont porté sur plusieurs thématiques stratégiques : la Green Génération et ses perspectives pour une agriculture durable, le Plan national de semis direct, la fertilisation raisonnée et la gestion intégrée des cultures, l’importance de la diversification pour atténuer les effets du changement climatique, la recherche variétale et les systèmes intercalaires, ainsi que les opportunités offertes par la séquestration du carbone.

Cette édition a également mis en lumière les agriculteurs champions ayant adopté les plateformes de démonstration et obtenu des résultats très probants, confirmant ainsi que l’innovation et la coopération entre acteurs scientifiques, techniques et professionnels constituent des leviers essentiels pour bâtir une agriculture plus résiliente et durable.

Al Moutmir Open Innovation Lab

Impact des plateformes de démonstration 

La campagne agricole 2024-2025 a été marquée par une longue sécheresse de septembre à février, retardant l’installation des cultures et réduisant les superficies emblavées, surtout en zones Bour défavorables. Les pluies printanières de mars-avril ont permis de redresser partiellement la saison sans combler le déficit hydrique.

Dans ce contexte, la densité des peuplements est restée faible et les infestations de mauvaises herbes se sont accentuées, mais la récolte de mai s’est déroulée dans de bonnes conditions grâce à des températures favorables à la maturation.

Comparaison entre une PFD de céréales et son témoin fortement infesté par les mauvaises herbes - Ouezzane
Comparaison entre une PFD de céréales et son témoin fortement infesté par les mauvaises herbes – Ouezzane

Les résultats montrent que, malgré la sévérité des conditions climatiques, les PFDs ont permis d’améliorer la productivité par rapport aux pratiques locales. Pour les céréales, les PFDs ont permis une amélioration des rendements comprise entre +21 % et +23 % par rapport aux témoins. Les zones irriguées et Bour favorable supérieur ont enregistré les performances les plus élevées, alors que les zones défavorables sont restées limitées par le stress hydrique.

Concernant les légumineuses, les PFDs ont permis une amélioration des rendements comprise entre +26 % et +33 % par rapport aux témoins. Les résultats les plus prometteurs ont été enregistrés dans les zones irriguées et de montagne, bénéficiant à la fois de pluies tardives et de meilleures conditions de gestion.

En parallèle, les PFDs en semis direct ont confirmé leur potentiel comme alternative durable, en particulier dans les zones vulnérables à la sécheresse. Avec plus de 600 sites installés, cette technique s’impose comme un levier clé pour renforcer la résilience des systèmes de production. Les données montrent qu’en moyenne, le semis direct a permis une amélioration d’environ 20% par rapport au semis conventionnel.

Par ailleurs, les PFDs ont permis d’améliorer la rentabilité des exploitations agricoles. Les marges bénéficiaires enregistrées sur les parcelles conduites en itinéraire optimisé se sont révélées nettement supérieures à celles observées sur les parcelles témoins.

Cette amélioration est le résultat combiné d’une meilleure efficience des intrants, d’une optimisation des coûts de production et d’une valorisation accrue des rendements. La plage d’amélioration observée est comprise entre +33 % et +54 % pour les céréales et légumineuses, illustrant le potentiel économique majeur des itinéraires optimisés par rapport aux pratiques locales.