Achraf Hakimi aura réalisé une saison 2024-2025 extraordinaire, ponctuée d’un sacre en Ligue des champions, mais aussi d’une coupe et d’un championnat. Il n’a pas besoin de Ballon d’or, même s’il le méritait, pour que l’on s’extasie devant ses réalisations.

Sous les couleurs parisiennes, Achraf Hakimi a planté 11 buts et offert 17 passes décisives en 55 rencontres. En sélection, le capitaine des Lions de l’Atlas a fait huit apparitions et a été décisif à trois reprises (deux buts et une passe décisive). Des statistiques de haut vol, fruits de son activité incessante.

S’il a eu un léger coup de mou en début de saison, le droitier formé au Real Madrid a repris sa marche en avant lors du match face au Niger avec l’équipe nationale, puis le mercredi 17 septembre, en Ligue des champions contre l’Atalanta de Bergame.

Achraf Hakimi est l’incarnation du football total prôné par son entraîneur Luis Enrique. Un football fait de mouvements, où les attaquants doivent défendre mais aussi, et surtout, les défenseurs attaquer, sans retenue. S’insérer également au milieu de terrain pour assurer la continuité et la progression des actions.

Ou tout simplement demander le ballon dans un espace pour en ouvrir d’autres à ses coéquipiers. D’ailleurs, le positionnement à l’intérieur du jeu demandé par le technicien espagnol à Achraf Hakimi réduit la pression sur l’ailier qui colle la ligne et lui offre du temps et des situations de un contre un.

Je pense que je mérite moi aussi le Ballon d’or (Achraf Hakimi)

« Je pense que je mérite moi aussi le Ballon d’or », a avoué avec une sincérité touchante Achraf Hakimi, lors d’un entretien diffusé sur Canal+.

Une déclaration qui avait créé des remous au sein du club de la capitale, dont les dirigeants n’ont pas réussi à convaincre le Marocain de supprimer cette partie de l’entretien. Achraf Hakimi méritait au moins de rêver grand, tout comme il a nourri les rêves des supporters parisiens et de tous les fans de football.

En Ligue des champions, il a été le premier défenseur de l’histoire à marquer au moins un but en quarts, en demi et en finale. Le soir du sacre parisien contre l’Inter, il a mis ses coéquipiers sur orbite en ouvrant le score, en se libérant de tout marquage au cœur de la surface de réparation.

Humainement et sportivement, Achraf Hakimi méritait amplement de devenir le deuxième joueur africain à remporter un Ballon d’or, après Georges Weah en 1995. Du moins à travers le prisme des critères établis par les organisateurs.

Créé en 1956 par le magazine France Football, ce trophée est devenu la plus haute distinction individuelle dans le monde du ballon rond. Trois éléments sont donc pris en compte par les votants :

– les performances individuelles, avec un accent mis sur le caractère décisif et impressionnant du joueur ;

– les résultats collectifs, incluant les titres remportés ;

– la classe du joueur et son respect des règles du jeu, autrement dit le fair-play.

Les votants sont des journalistes sportifs (100 pour le Ballon d’or masculin, 50 pour le Ballon d’or féminin). Ils représentent les pays classés dans le top 100 (ou le top 50 pour les femmes) du classement FIFA.

Chaque votant établit un top 10, attribuant des points à chaque position. Le joueur ou la joueuse ayant obtenu le plus de points est sacré(e) Ballon d’or.

Cela dit, le chemin qui doit le mener vers la consécration est semé d’embûches. D’abord, la concurrence féroce des attaquants, toujours favorisés dans l’imaginaire collectif et médiatique.

Pour ces raisons, mais aussi pour leur talent et leur constance dans les performances depuis janvier 2025, Ousmane Dembélé a été sacré, suivi de Lamine Yamal.

Le poids de l’histoire a certainement pesé dans la balance. À ce jour, seulement trois défenseurs ont remporté le Ballon d’or depuis sa création en 1956 :

– Franz Beckenbauer (Allemagne) : 1972, 1976 ;

– Matthias Sammer (Allemagne) : 1996 ;

– Fabio Cannavaro (Italie) : 2006.

En outre, plusieurs défenseurs ont frôlé le Ballon d’or, mais sans l’emporter :

– Paolo Maldini (Italie) : 3e en 1994 et 2003 ;

– Roberto Carlos (Brésil) : 2e en 2002 ;

– Virgil van Dijk (Pays-Bas) : 2e en 2019, derrière Messi.

Et tant d’autres, à l’image de Franco Baresi, Cafu, Thuram, Desailly… Toujours bien placés mais jamais vainqueurs. L’autre élément qui a joué en défaveur d’Achraf Hakimi, c’est l’exposition médiatique et les récits qui entourent certains candidats issus de clubs ou de pays plus médiatisés.

« Il est évident qu’Achraf Hakimi mériterait le Ballon d’or », avait souligné le sélectionneur national, Walid Regragui, lors d’une conférence de presse en juin dernier. « Mais le fait qu’il soit défenseur et africain pourrait le pénaliser par rapport à d’autres joueurs. En tout cas, il a sa place dans le top 3 », espère le technicien marocain.

Enfin, le dernier élément qui a pu le pénaliser réside dans l’éventuelle dilution des voix sur les joueurs du PSG. Car les huit Parisiens en lice ont eu forcément des voix.

Bref, Achraf Hakimi a l’étoffe d’un Ballon d’or. Mais l’histoire du trophée laisse peu de place aux défenseurs, a fortiori africains, qui partent toujours avec un désavantage. 

Nommé pour le trophée Yachine du meilleur gardien, l’international marocain est certainement le favori sur le papier, mais en dépit d’une Coupe du monde des clubs où il a brillé, il a exporté son talent dans une partie du globe où le niveau général n’est pas en phase avec une telle distinction. Finalement, il a été classé 5e. C’est Gianluigi Donnarumma qui a été sacré.