Depuis quelques jours, plusieurs vidéos circulent sur les réseaux sociaux critiquant le contenu des « manuels » des collèges pionniers. Dans ces vidéos, des parents d’élèves jugent le niveau de ces livrets médiocre, estimant qu’ils risquent de nuire à l’apprentissage de leurs enfants et, surtout, de freiner leur créativité.

Jointe par Médias24, une source autorisée au ministère de l’Éducation nationale nous explique qu’il s’agit à ce stade de « livrets de remédiation », qui ont pour objectif de « rafraîchir les connaissances des élèves et d’améliorer leur niveau, avant la distribution, dès fin octobre prochain, des différents manuels scolaires correspondant à chaque niveau scolaire ».

« Les manuels scolaires seront distribués à partir de fin octobre »

L’année scolaire en cours marque la deuxième année d’expérimentation des collèges pionniers. Plus de 500 établissements ont rejoint l’expérience cette année, portant le nombre total des collèges pionniers à 786 établissements.

Qui dit établissement pionnier dit enseignement différent, adapté au niveau réel des élèves. Du moins, c’est ainsi que le conçoit le ministère de l’Éducation nationale. Ces établissements s’appuient également sur une nouvelle approche pédagogique, utilisant notamment des outils innovants. Selon notre interlocuteur au ministère de tutelle, cette approche repose sur deux piliers, d’abord la remédiation, puis l’apprentissage.

Dans le cadre de la phase de remédiation, l’année scolaire dans les collèges pionniers débute par des prétests. Durant la première semaine de la rentrée, les élèves sont évalués de manière très précise sur l’ensemble des matières, ce qui permet au ministère d’identifier avec exactitude ce qu’ils maîtrisent et ce qu’il reste à acquérir.

« Il s’agit de lire des mots, des phrases, des paragraphes ou des textes longs par exemple, de répondre à des questions de compréhension directe, ou encore d’additions, de multiplications, de divisions à un chiffre, deux chiffres… pour les mathématiques », nous explique notre source. « Ces tests nous permettent d’identifier avec précision les éléments maîtrisés ou pas par chaque élève ».

« Les élèves ayant à peu près le même niveau dans l’ensemble des matières sont ensuite regroupés en groupes aussi homogènes que possible. Ce sont donc des ‘groupes de remédiation’, qui bénéficieront d’un parcours de remédiation adapté à leur niveau ».

« Cette phase de remédiation dure un mois et demi. Il s’agit d’un pilier curatif visant à rafraîchir les connaissances des élèves. À travers cette étape, le ministère souhaite s’assurer que tous les étudiants disposent du niveau requis pour entamer l’année scolaire dans de bonnes conditions d’apprentissage. Pour accompagner cette phase, un ensemble d’outils didactiques, notamment les livrets de remédiation, aujourd’hui critiqués par certains parents, est mis à la disposition des enseignants ».

« Il ne s’agit donc pas des manuels scolaires qui serviront de support durant toute l’année scolaire. Ce sont des livrets de remédiation, développés, imprimés et distribués gratuitement par le ministère aux élèves pour couvrir cette période. Dès fin octobre prochain, de nouveaux manuels seront distribués par le ministère, qui correspondront aux niveaux d’apprentissage à développer et à acquérir par les élèves ».

Plusieurs paliers par livret, correspondant aux différents niveaux des élèves

Et notre interlocuteur de souligner : « Il est vrai que l’on peut s’étonner lorsqu’on feuillette les premières pages de ces livrets. On y retrouve effectivement des niveaux basiques pour l’arabe, le français et les mathématiques, tels que la lecture des phrases, des mots ou encore les additions et les soustractions. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que ces livrets sont structurés en paliers« .

« Ces livrets contiennent les contenus de l’ensemble des groupes de remédiation. Et chaque groupe commencera ces livrets à partir de la page qui correspond à son niveau », explique-t-il.

Voici un exemple. Dans un collège pionnier, on peut avoir quatre groupes homogènes de remédiation. Le livret de la langue arabe peut contenir, par exemple, 40 pages. Le premier groupe, dont le niveau est le plus faible, démarrera le livret à partir de la première page jusqu’à la 9ᵉ page. À partir de la 10ᵉ page, il s’agit du second palier, qui correspond au niveau du deuxième groupe d’élèves, dont le niveau est plus élevé que le premier, et ainsi de suite ».

« Chaque palier définit les objectifs à atteindre par les élèves à son achèvement », précise par ailleurs notre source. « À la fin de chaque palier, il y a un test à réaliser par les étudiants en classe ou à la maison pour s’exercer. Lorsqu’un élève maîtrise le premier palier par lequel il a démarré, il passe au suivant ».

« Le nombre de paliers diffère toutefois selon les matières », ajoute-t-elle, estimant qu’en moyenne, « on a entre trois et cinq paliers par livret ».

« Cependant, ces livrets ne peuvent pas être complétés par tous les groupes d’élèves, notamment ceux dont le niveau est le plus faible, la période de remédiation étant courte. L’objectif est de valider au minimum un à deux paliers durant la période de remédiation. Les groupes d’élèves dont le niveau est le plus faible continuent toutefois de bénéficier de soutien scolaire ».

Des techniques pour gérer la différence de niveaux au sein d’un même groupe

Notre interlocuteur souligne par ailleurs que « la composition des groupes de remédiation est faite de manière à maximiser l’homogénéité du niveau des élèves. De toute façon, on ne pourra jamais avoir une homogénéité parfaite. Ainsi, on pourrait retrouver, dans chaque groupe, un élève avec un niveau supérieur aux autres. C’est involontaire. Cela peut être dû à plusieurs facteurs, notamment le fait que l’élève n’ait pas pris au sérieux les prétests en début d’année ».

« Pour remédier à cette situation, nous recourons à deux techniques. La première, qui reste exceptionnelle, consiste simplement à transférer l’élève vers un autre groupe. La seconde concerne la différenciation ».

« En matière de différenciation pendant les cours, nous avons intégré dans les livrets de remédiation un ou plusieurs défis. Il s’agit d’exercices présentant un niveau de difficulté supérieur à celui proposé à la majorité de la classe. L’enseignant peut alors proposer ces défis aux élèves les plus avancés ou les orienter vers d’autres pages des livrets, adaptées à des niveaux plus élevés ».

« Les enseignants des collèges pionniers ont été formés à cette technique. Des capsules vidéo ont également été développées pour les accompagner dans la gestion de cette différenciation. Le choix entre ces deux techniques revient toutefois aux enseignants et aux inspecteurs pédagogiques », conclut notre source.

Une communication insuffisante

Si la technique semble bien pensée et maîtrisée sur le plan pédagogique, le véritable point faible réside toutefois dans le manque d’échanges et d’explications adressés aux parents.

Certes, d’après le ministère, des rencontres étaient prévues en début d’année scolaire pour leur présenter le concept, les changements introduits et la logique progressive d’amélioration des apprentissages. Mais il reste à vérifier si ces réunions ont été menées de manière systématique dans tous les établissements pionniers.

L’incompréhension exprimée par de nombreux parents apparaît donc légitime. Il s’agit, certes, d’un concept encore en phase d’expérimentation, mais il est essentiel d’inclure les parents, de les tenir informés et de leur expliquer clairement les objectifs de cette réforme. Car, au-delà des niveaux scolaires, ce sont leurs enfants qui sont concernés.