Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25% lors de son troisième conseil trimestriel du 23 septembre 2025.
Il s’agit ainsi du deuxième statu quo de l’année 2025. Cette décision est en ligne avec l’analyse publiée par Médias24 dans un précédent article.
Selon plusieurs analystes et acteurs de l’écosystème financier joints par nos soins, ce statu quo était largement anticipé et ne constitue aucune surprise.
Les premières réactions
« Le maintien du taux directeur à 2,25% était largement attendu par le marché, aucune surprise. Lorsqu’on regarde les indicateurs de l’économie, on constate une bonne tenue, ce qui rend le statu quo clairement privilégié », commente un analyste de la place.
« On parle d’une inflation qui ressort en moyenne à 1,1% sur les huit premiers mois de l’année et des projections de Bank Al-Maghrib à 1% pour 2025 ; la Banque centrale n’avait aucune pression immédiate pour agir », ajoute-t-il.
« Aujourd’hui, le statu quo, c’est la prudence. Cette décision n’a rien d’étonnant, car le contexte international est marqué par une forte volatilité des prix de l’énergie et des tensions géopolitiques qui peuvent affecter les matières premières. Au Maroc, l’inflation reste globalement bien maîtrisée, ce qui rend ce choix tout à fait approprié. L’objectif majeur de Bank Al-Maghrib est de garantir la stabilité des prix », explique une source au sein d’une banque d’affaires.
« Il faut quand même dire que, même si la majorité des analystes tablaient sur un statu quo et que la décision n’a donc surpris personne, une partie des investisseurs espérait malgré tout une baisse du taux directeur cette fois-ci. Comme elle n’a pas eu lieu et que le communiqué n’a pas donné de signal fort à court terme, il est logique de voir une petite réaction négative sur le marché boursier. Elle ne devrait cependant pas durer, car les fondamentaux restent solides et le scénario d’une détente monétaire d’ici la fin de l’année reste sur la table », ajoute-t-elle.
D’un côté, « les prévisions de croissance à 4,6% cette année, puis 4,4% en 2026, donnent à la Banque centrale le confort nécessaire pour temporiser. Elle sait qu’elle dispose encore de marges de manœuvre si les signaux économiques se dégradent d’ici la fin de l’année, un scénario qui reste pour l’instant éloigné ».
De plus, « la détente déjà observée sur le marché obligataire depuis plusieurs semaines reflétait bien cette attente d’un statu quo. Le Trésor a pu réduire le coût de ses émissions, signe que les investisseurs ne voyaient pas de durcissement monétaire à court terme ».
« Et justement, la Banque centrale agit par étapes. Elle a voulu s’assurer que la transmission des précédentes baisses est effective. On parle déjà d’un recul cumulé de 59 points de base des taux débiteurs depuis juin 2024″.
Taux directeur : une détente espérée en décembre
« Personnellement, je pense que si les conditions restent favorables, une nouvelle détente en décembre ne serait pas une surprise et pourrait même soutenir davantage le marché boursier », suppose un analyste.
« On parle d’une politique d’assouplissement adaptée au cycle économique. Aujourd’hui, le statu quo reste cohérent avec une croissance solide et une inflation faible. En décembre, on s’attend à une baisse supplémentaire des taux, qui serait perçue comme un ajustement logique dans la continuité de la stratégie monétaire », estime un autre analyste de la place.
Mais pour comprendre pleinement cette décision, il faut revenir sur la baisse de mars 2025. Cette réduction de 25 points de base avait marqué un tournant dans la politique monétaire de Bank Al-Maghrib, après une période prolongée de stabilité.
« Sur le marché boursier, la baisse de mars avait également suscité un regain d’optimisme. On a assisté à une succession de records et à un retour marqué de l’activité. Plusieurs valeurs ont vu leurs cours progresser, portées par l’anticipation d’une liquidité plus abondante et d’un coût de financement plus faible pour l’économie réelle ».
« Ce contexte explique pourquoi le statu quo de septembre n’a pas provoqué de réaction brutale. Une part importante des investisseurs s’attendait à une pause, le marché obligataire avait déjà intégré cette hypothèse et les analystes estimaient que la Banque centrale voulait d’abord mesurer pleinement l’effet des décisions précédentes avant d’aller plus loin« .
Du côté international, la BCE avait mis fin à son cycle de baisses en maintenant ses taux lors de ses deux dernières réunions, tandis que la Réserve fédérale américaine a réduit sa fourchette cible en septembre, citant un ralentissement des créations d’emplois. La Banque d’Angleterre, de son côté, a également choisi la stabilité. Dans ce paysage monétaire contrasté, la décision de Bank Al-Maghrib reflète une approche prudente mais alignée sur les tendances mondiales.
« Une dernière baisse en décembre enverrait un signal fort. Elle prolongerait l’assouplissement monétaire entamé en 2024, soutiendrait le crédit et donnerait un coup de pouce supplémentaire à la Bourse de Casablanca, qui a déjà bien réagi aux précédentes décisions ».