Afin de contenir la polémique, la communication a été verrouillée d’une main de fer. Aucune voix dissidente n’est permise.

Il faut dire que Driss Lachguar a su au fil des années écarter toute réelle opposition à sa personne au sein des organes du parti. Selon quelques indiscrétions qui nous sont parvenues, les membres du bureau politique n’arrivent pas à challenger leur premier secrétaire lors des réunions, préférant l’écouter religieusement.

Sur les 51 membres du bureau politique, une vingtaine n’assistent jamais et seules de rares personnalités se permettent de temps à autre de contester ou de demander des explications.

Parmi celles-ci, Jaouad Chafik, le secrétaire régional du parti à Fès, décrit comme un intellectuel respecté, qui n’hésite pas à se faire entendre quand il le faut. Ce dernier avait annoncé sur sa page Facebook qu’il démissionnait des instances du parti sans donner plus de détails.

Après avoir accepté de répondre aux questions de Médias24, Jaouad Chafik s’est rétracté, préférant ignorer nos appels. Il est loin d’être le seul, d’autres membres du bureau politique et des parlementaires du parti ont préféré le silence ou se sont excusés après nous avoir promis des réponses.

Selon Amam Chokrane, président du groupe parlementaire de l’USFP lors de la précédente législature, le silence de « ceux qui sont supposés être des leaders » n’est pas surprenant, il est dû aux méthodes rédhibitoires pratiquées au sein du parti. D’après lui, toute personne qui s’aventure à critiquer ou s’opposer au quatrième mandat de Lachgar se retrouve confrontée à des injures et des calomnies proférées à son égard. Ce qui s’avère suffisant pour dissuader les récalcitrants.

D’après Amam Chokrane, l’USFP comprend toujours de nombreux cadres compétents et des militants respectables, mais « la plupart préfèrent le silence et suivre de loin », ce qu’il considère comme « de la neutralité négative, si ce n’est de la connivence ».

Le récit rouillé du leader sollicité par les bases en l’absence d’alternatives

Cette politique du silence forcé de la part du leadership de l’USFP peut s’expliquer par la crainte de brouiller l’habituel récit qui est en train de se mettre en place. Celui du chef sollicité par les bases pour continuer dans ses missions en l’absence d’alternatives.

Un indice qui ne trompe pas : en préparation au prochain congrès, les statuts du parti se préparent à être modifiés afin de permettre un quatrième mandat pour le premier secrétaire ainsi que pour les dirigeants au niveau territorial, nous explique Chokrane.

D’après lui, « le plus probable n’est pas que Lachguar se porte lui-même candidat, mais que c’est plutôt le congrès qui va le solliciter pour qu’il continue dans sa mission dans le cadre de l’intérêt général du parti ».

« Quant au prétexte de l’absence d’alternatives, c’est en lui-même un aveu d’échec. Un leadership qui n’ouvre pas la voie à l’émergence de nouveaux dirigeants n’est pas un vrai leadership. C’est un leadership dénué de toute crédibilité qui ne peut plus rien apporter », ajoute notre interlocuteur.

« Cette approche poursuivie par le premier secrétaire a contribué à la crise actuelle de l’USFP en vidant le parti de ses cadres, qui se sont éclipsés face à ce piètre spectacle », déclare-t-il, ajoutant que « c’est la présence au sein du parti de quelques militants qui sont crédibles aux yeux du public qui fait qu’il est toujours sujet de débat et d’espoir pour l’avenir. Il y a en réalité des centaines de militants socialistes qui peuvent prendre la responsabilité de premier secrétaire ».

Un parti historique à l’image ternie qui a échoué à prendre le leadership de l’opposition

« Je suis contre le quatrième mandat comme j’étais contre le troisième. J’estime que cette approche est abjecte, car elle nuit à l’USFP et à son histoire, ainsi qu’aux valeurs démocratiques que le parti est censé incarner et défendre au Maroc. C’est une régression dangereuse pour la démocratie au sein de notre parti », commente Amam Chokrane.

Nul doute que l’USFP traverse une crise. Pourtant les résultats des élections 2021 lui ont offert une chance inouïe pour se repositionner sur l’échiquier politique marocain, en le plaçant comme première force d’opposition avec 35 députés. Mais, le parti n’a pas su l’exploiter, en s’effaçant de la scène.

Notre interlocuteur se désole : « En tant qu’ancien président du groupe parlementaire de l’USFP dans la Chambre des représentants (2016-2021), je me désole de la situation du groupe de l’USFP aujourd’hui car il pouvait jouer son rôle comme leader l’opposition. Cependant, malheureusement il a laissé sa place à d’autres forces politiques qui ont moins de sièges et moins d’expérience que nous ».

Rappelons que le parti s’est démarqué, plus tôt cette année, lorsqu’il a avorté lui-même l’initiative de présentation de motion de censure qu’il avait menée avec les autres composantes de l’opposition.