Le marché boursier marocain a connu une belle progression en 2025, avec une hausse qui a commencé petit à petit.

Depuis le début de l’année, le MASI a gagné plus de 30%, et la capitalisation a dépassé le cap symbolique des 1.000 MMDH.

Tout cela grâce à des facteurs déjà évoqués à plusieurs reprises : Coupe du monde, CAN, optimisme des investisseurs, nouveaux particuliers… La Bourse a pris de l’ampleur, et de plus en plus de gens ont commencé à comprendre son rôle. C’est une évolution positive.

Mais depuis le 23 septembre, date du maintien du taux directeur de Bank Al-Maghrib inchangé à 2,25%, le marché a marqué une pause. En quatre jours, le MASI a reculé de 3,1%. Une phase de correction, disent certains. Une pause logique, diront d’autres, après une longue période de hausses et de records.

La vraie question n’est pas tant de savoir pourquoi cette baisse. Elle est plutôt de savoir si on doit y voir un simple passage à vide, une opportunité… ou un premier signal d’alerte. Car cette succession de records et cette envolée de la capitalisation posent forcément la question : croissance solide ou euphorie passagère ?

Une simple pause ou une correction plus durable ?

« Le marché avait enchaîné les hausses avant même la saison des résultats. Maintenant que les publications tombent, on voit des prises de bénéfices. C’est normal : les investisseurs veulent sécuriser une partie des gains accumulés depuis le début de l’année », commente un analyste de la place.

« Il y a aussi la déception sur les taux. Certains espéraient une nouvelle baisse du taux directeur. Le maintien à 2,25% a refroidi une partie du marché. On sort d’une période où tout montait sans pause. La moindre déception pousse à vendre », ajoute-t-il.

« La correction montre surtout que les valorisations étaient devenues exigeantes. Quand les cours sont trop hauts, le marché a besoin de respirer ».

Bulle ou pas bulle : la Bourse face à la question des valorisations

« Moi, je suis spécialisé dans les transactions hors-cote. Là-dessus, on parle de multiples qui tournent autour de 7,5, 8,5, 8,8 fois l’EBITDA.En comparaison, sur le marché coté, on a aujourd’hui des titres qui s’échangent à 30, 45, parfois même 50 fois et plus les bénéfices. Donc oui, il y a un problème. Et pour moi, c’est là que se trouve le cœur de la bulle : dans la valorisation des entreprises », estime une source dans une banque d’affaires.

« Alors bien sûr, cette bulle est alimentée par la liquidité. Les investisseurs ont anticipé les résultats et déjà intégré dans les cours les projets futurs. Mais à court terme, les valorisations actuelles paraissent clairement surévaluées ».

« Moi, je pense que la surliquidité vient surtout des grands chantiers lancés au Maroc. Ces projets ont nécessité des financements et tant que les travaux ne démarrent pas, une partie des fonds a été placée en bourse ».

Trop de liquidités sur un marché trop petit : voilà le risque

« Le problème, c’est que cette surliquidité arrive sur un marché qui reste petit et peu profond.  Le résultat est que son effet sur les prix est énorme. On le voit bien, les liquidités font monter les cours beaucoup plus vite qu’elles ne le feraient sur un marché plus large ».

Mais certains disent que c’est positif, car ça rend le marché marocain plus liquide, plus attractif pour les investisseurs étrangers ?

« Effectivement, un étranger qui veut entrer ou sortir rapidement peut le faire. Mais, aujourd’hui, avec la taille actuelle du marché, à périmètre constant, cette liquidité amplifie chaque mouvement ».

« Quand on aura le marché à terme et de nouvelles introductions en bourse, cette liquidité pourra se répartir sur plus d’actifs. Là, pour l’instant, elle se concentre sur un marché restreint, et ça crée des excès ».

Risque pour les petits porteurs

« Le problème, c’est que souvent, on considère que le petit porteur ne sait rien. On lui dit : “Achète, ce n’est pas cher”, ou “vends, ça va baisser”, alors que c’est totalement faux. Le drame au Maroc, il est là : on ne regarde pas vraiment les fondamentaux ».

Ce qui m’inquiète, c’est que les institutionnels finiront par réduire leurs positions progressivement. Et ceux qui risquent de rester avec les actions en main, ce seront les petits porteurs

Normalement, la valorisation d’une société, ce sont ses bénéfices qui doivent la justifier. Le prix d’une action doit se baser sur le PER, sur les résultats réels, pas seulement sur une idée ou une rumeur.

« On parle beaucoup d’euphorie boursière, de bulle financière… Mais la vraie question, c’est ‘qu’est-ce qui se passe concrètement ?’ On entend parler de groupes sur WhatsApp où certains tireraient volontairement des titres vers le haut. Si c’est vrai, il faut que l’AMMC s’en occupe ».

« Parce que parfois, on voit des mouvements totalement incompréhensibles. Des titres qui ne bougeaient pas du tout, et d’un coup, en une semaine, les volumes sont multipliés par deux, par trois, par dix… surtout sur les petites capitalisations. Même les dirigeants des sociétés concernées ne comprennent pas ce qui se passe ».

« Si l’euphorie se poursuit sans contrôle, le jour où elle s’arrêtera, il y aura forcément de la casse« , conclut notre source dans une banque d’affaires.

Une consolidation du MASI vers les 18.500 points ?

« Il y a un mois, nous soulignions que le MASI semblait entrer dans une phase propice à une consolidation. Nous mettions alors en avant un optimisme des investisseurs jugé excessif, un marché en zone de surachat ainsi qu’un affaiblissement de la dynamique acheteuse », estiment Jérôme Boumengel et Tarik Amiar, fondateurs et associés gérants de African Financial Investment.

« Plus récemment, l’incapacité de l’indice à franchir durablement le seuil psychologique des 20.000 points constitue un signal technique supplémentaire en faveur de nouvelles prises de bénéfices ».

« Parallèlement, la récente dépréciation du dirham face à l’euro et au dollar pourrait traduire un début de dégagement des investisseurs étrangers sur les actions marocaines. Rappelons que le MASI affiche encore une progression remarquable de 34% depuis le début de l’année ».

« Sur le plan des valorisations, le marché paraît tendu. Le P/E prospectif du MASI atteint 21x les bénéfices attendus par le consensus des analystes, soit un niveau proche de la borne haute de son enveloppe de volatilité. Dans notre scénario central, un retour vers sa moyenne décennale de 18x est à privilégier« .

« Toutes choses égales par ailleurs, cela impliquerait une correction de l’indice en direction de la zone des 18.500 points« , concluent-ils.