S&P a fait passer la signature souveraine du Maroc en catégorie investment grade à BBB- / A-3 (contre BB+ / B), avec une perspective stable, ce 26 septembre 2025.

L’agence justifie sa décision par la résilience de l’économie marocaine, des perspectives de croissance solides autour de 4% à moyen terme et une trajectoire budgétaire plus soutenable.

Une bonne nouvelle pour le pays, certes. Mais sur les marchés, quels impacts concrets attendre ? Sur le coût de financement du Trésor, sur les obligations déjà en circulation, et sur l’appétit des investisseurs pour la Bourse de Casablanca ?

Notation relevée : ce qui change pour le financement et les investisseurs

« Le marché international a bien réagi sur les eurobonds marocains suite à l’annonce. On a un retrait des spreads d’environ 4 à 5 points de base, ce qui est plutôt pas mal en début de séance [29 septembre, ndlr] », commente un directeur de trading dans une banque.

« Les spreads marocains étaient déjà très compétitifs par rapport à des pays avec la même notation. Lors de la dernière émission en mars, nous sommes sortis à des niveaux bien plus serrés que d’autres émetteurs notés triple B-, alors qu’on était encore en double B+ ».

« Depuis, on a enregistré un resserrement de 50 points de base en six mois. C’est une performance assez exceptionnelle pour un pays qui est resté double B+ jusqu’à vendredi dernier », poursuit notre interlocuteur.

Pour les futures émissions du Maroc, je ne pense pas que les spreads vont s’améliorer par rapport à ce qu’on observe sur le secondaire actuellement. On est déjà au maximum, à mon avis, pour un émetteur triple B-.

Par ailleurs, « la nouvelle notation reste une très bonne nouvelle, une excellente nouvelle pour l’économie nationale ».

En ce qui concerne « le coût de financement, c’était déjà intégré par le marché. Donc on ne verra pas d’amélioration supplémentaire par rapport à ce qu’on a observé ces derniers mois ».

« Sur le secondaire, en mars dernier, le Maroc avait emprunté à 220 points de base sur le 10 ans. Aujourd’hui, la même ligne se négocie entre 190 et 100 points de base, et si on devait émettre, ce serait autour de 110-120 points. Autrement dit, le coût a déjà baissé d’environ 1% par rapport à mars« .

« On gagnerait donc beaucoup par rapport à l’émission de mars. Mais, passer en dessous de 100-120 points de base serait difficile, car il faut rémunérer une dette de pays émergent, notée triple B-. Autour de 90 points, ce serait déjà très correct », explique le DG de trading.

« À titre de comparaison, la Roumanie, qui est dans l’espace européen, emprunte entre 350 et 400 points de base. Avec 110-120 ptb, le Maroc est déjà dans une position très favorable. Une amélioration supplémentaire me semble peu probable au vu des niveaux actuels ».

Un analyste de marché nous explique que « le passage du Maroc dans la catégorie investment grade envoie un message clair aux investisseurs. Cette décision confirme la conviction des agences de notation que l’économie marocaine est engagée sur une trajectoire de stabilité ».

« Pour les marchés, cela signifie que l’État, mais aussi les grandes entreprises publiques et, à terme, certains émetteurs privés, pourront se financer à des conditions plus favorables lors de leurs levées obligataires internationales. Autrement dit, le risque perçu baisse, et avec lui le coût du capital », explique notre analyste.

« Cette décision repose sur trois piliers majeurs. D’abord, une croissance économique qui devrait rester proche de 4% en moyenne d’ici 2028, malgré les aléas climatiques ou géopolitiques. Ensuite, une trajectoire budgétaire orientée vers un déficit contenu à 3% du PIB, ce qui est un signal fort pour les investisseurs internationaux. Enfin, une dette publique qui devrait retomber vers 60% du PIB », ajoute-t-il.

Qu’en est-il de la Bourse ?

« Sur la Bourse ? Pour moi, ce serait plutôt un effet indirect. Les investisseurs internationaux étaient déjà plus présents depuis février sur le marché casablancais », estime notre directeur de trading.

« Franchement, je ne pense pas qu’il y ait un lien direct entre le passage en investment grade et un afflux massif d’investisseurs étrangers sur la Bourse ».

Le vrai déclencheur, ce serait une réintégration du Maroc dans l’indice MSCI Emerging Markets. Là, oui, on pourrait voir des flux étrangers arriver de manière durable et assez agressive.

« Maintenant, le fait d’être en investment grade, ça renforce tout de même l’image d’un pays stable, d’une économie qui avance et d’un cadre macro qui tient la route. C’est bon pour attirer des capitaux, mais plutôt sur le moyen terme. L’effet immédiat sur la Bourse, moi je n’y crois pas trop », conclut-il.

« La baisse des spreads sur la dette souveraine a un double effet », explique notre analyste. « D’un côté, elle réduit le coût de financement futur du Trésor et des entreprises publiques. De l’autre, elle rehausse mécaniquement la valeur des obligations déjà en circulation, car des taux plus bas signifient des prix plus élevés ».

« Pour les investisseurs, cela change aussi l’arbitrage avec le marché actions. Quand les taux baissent, le coût du capital utilisé pour actualiser les flux futurs des entreprises diminue, ce qui, en théorie, soutient leurs valorisations boursières. Mais attention : cet effet ne joue vraiment que si la détente obligataire est durable et significative. Or, une partie de ce mouvement a déjà été anticipée par les marchés depuis plusieurs mois », conclut-il.

Eurobonds marocains : ce que disent les chiffres en détail

Depuis mars 2025, les eurobonds marocains ont connu un véritable rallye. Après avoir touché un point bas autour de 81%-82%, leurs prix se sont redressés pour atteindre près de 90% fin septembre.

Cette progression représente une hausse de l’ordre de 9% à 10% en six mois, signe d’un regain d’appétit des investisseurs pour la dette marocaine. La tendance s’est d’ailleurs accélérée à partir de l’été, lorsque le marché a commencé à anticiper le passage du Maroc en catégorie investment grade.

En parallèle, les rendements exigés par les investisseurs ont fortement reculé. On est passé de plus de 6,1% au début 2025 à moins de 4,9% à fin septembre, soit une détente d’environ 120 points de base en neuf mois.

Les données de la Bourse de Luxembourg confirment la bonne tenue des euro-obligations marocaines après la décision de S&P.

La majorité des lignes affiche une hausse significative des prix depuis le début de l’année, avec des niveaux désormais proches ou supérieurs à 95% pour plusieurs maturités en dollars et en euros.

Les émissions récentes, comme celle à 1,375% échéance 2026, se négocient à près de 99,4%, tandis que les titres plus longs, comme la ligne 3% échéance 2032, ont rebondi vers 88%-89%, contre des niveaux nettement inférieurs en début d’année.

Même les obligations à très long terme, comme le 4% 2050, ont repris des couleurs, autour de 74%, après avoir longtemps stagné.

Graphe 1 : Baisse des rendements sur les eurobonds marocains en %

 

Graphe 2 : Évolution des prix des eurobonds marocains