Placée sous le thème « Jil-Lioum », cette saison met la jeunesse au cœur de sa stratégie, renforce les coopérations artistiques franco-marocaines et multiplie les formats innovants pour toucher un public toujours plus large.
Dès le départ, Agnès Humruzian donne le ton : « L’ambition principale de cette nouvelle saison est d’ouvrir grand nos programmes et nos espaces à la jeunesse, en tant que public mais aussi en tant qu’actrice de la culture ».
Pour concrétiser cette vision, l’Institut a renforcé ses partenariats avec des institutions marocaines comme l’ISADAC (pour la pièce ICI de Pascal Rambert), les Rencontres photographiques de Tanger, la Fondation Izza Slaoui et le Centre interculturel Leila Alaoui (pour l’exposition Jil Lioum). Cette approche a été nourrie par des comités consultatifs de jeunes issus de tout le Maroc, qui ont transmis leurs idées, leurs envies, et ce qu’ils attendent d’une programmation culturelle ».
Pour garantir une accessibilité maximale, la directrice annonce un usage renforcé de la darija. L’initiative la plus marquante est le partenariat avec le ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication, faisant de l’IFM « le premier partenaire étranger du Pass jeunes ». Concrètement, 1.000 places de spectacles et de cinéma gratuites et 1.000 places pour des cours de langue à -50% seront offertes aux détenteurs du pass.
Un carrefour entre les créations françaises et marocaines
La saison se veut un carrefour entre les créations françaises et marocaines. Parmi les rendez-vous incontournables, Agnès Humruzian cite :
– Le théâtre, avec Fidélité(s) ou la Panenka d’Hakimi de Mona El Yafi et Ali Esmili, qui aborde « la question existentielle de l’appartenance ».
– La danse, avec les spectacles Matahat et L’Brahech (lauréats du Prix Taklif), ainsi que La terre en transe de Taoufiq Izeddiou.
– Les expositions, avec Jil-Lioum et Etat(s) de passage, cette dernière étant portée par le jeune curateur Achraf Remok et réunissant 14 artistes.
– La musique urbaine, avec une série de concerts de la rappeuse Khtek.
– La création numérique, qui sera à l’honneur lors de Novembre Numérique, avec notamment le projet SAMIFATI & Transe Gnawa Express, fusionnant musique gnaoua et électro.
– La réflexion, avec le festival de création sonore Amwaj, le format journalistique Le Live Magazine, et les Rendez-vous de la philosophie sur le thème « Ambivalence des passions. Où va le monde ? ».
Des formats innovants et des collaborations renforcées
La saison se distingue par sa « volonté d’innover ». L’exemple de la carte blanche laissée à l’artiste Khtek est parlant : le projet déploiera sur six mois sept concerts différents, associant rappeurs et DJs marocains et français. Pour engager directement les jeunes, le projet Playful d’Alexandre Suzanne croisera cinéma et jeu vidéo, tandis qu’un concours de bande dessinée « jeunesse » sera lancé avec le ministère pour révéler de jeunes talents.
Le dialogue culturel franco-marocain s’incarne aussi à travers des artistes comme le chorégraphe Fouad Boussouf, et des dispositifs de soutien comme les Résidences Méditerranée (avec la Friche de la Belle de Mai à Marseille), les résidences à la Cité internationale des arts de Paris, les Résidences Darkoum au Maroc, ou encore le programme Miramar avec les écoles d’art. Un soutien de longue durée est également apporté à des événements structurants comme le Festival On Marche à Marrakech, en dialogue avec des institutions françaises de référence.
Le français, « langue d’ouverture »
Face à la progression de l’anglais dans un Maroc plurilingue, Agnès Humruzian positionne le français comme un « outil de création culturelle et d’ouverture, langue de formation, d’opportunité économique et de mobilité internationale ». Elle rappelle que les événements, les médiathèques et les cinémas de l’Institut rapprochent le public des œuvres francophones.
Sur le plan de la formation, Mme. Humruzian chiffre l’impact concret de l’Institut : 60.000 apprenants sont accueillis chaque année dans les centres de langue, et près de 32.000 candidats passent des certifications internationalement reconnues comme le DELF, le DALF ou le TCF. « Ces diplômes constituent un véritable atout pour les étudiants marocains souhaitant poursuivre leurs études en France (45.000 étudiants en 2024) ou dans d’autres pays francophones », précise-t-elle, soulignant que l’IFM contribue ainsi à « l’employabilité des jeunes » en renforçant « une compétence linguistique recherchée et un facteur de compétitivité ».
« Décentralisation culturelle »
Reconnaissant que « l’accès à la culture peut être limité par des contraintes géographiques », la directrice de l’Institut français détaille une double stratégie pour toucher les publics hors des grands centres urbains. La première consiste à « favoriser le déplacement jusqu’à nos sites », par exemple en mettant en place des bus pour des partenaires éducatifs. La seconde est d’aller directement vers ces publics. Le BiblioTobiss, décrit comme un « véritable Institut français itinérant », en est l’outil phare. « Équipé d’une bibliothèque, d’un espace numérique, de matériel sportif et d’une sonorisation pour projections et concerts, il a déjà touché plus de 100.000 jeunes » dans les zones rurales et périurbaines.
Mme Humruzian cite également le dispositif « Ciné sous les étoiles », qui permet d’installer un grand écran en extérieur, « quel que soit le lieu », pour des séances de cinéma qui « rassemblent des publics très nombreux ».
Un modèle économique basé sur des partenariats multiples
Pour financer ses ambitions, l’Institut diversifie ses sources de revenus. « Le soutien financier de partenaires privés, marocains et français, est très important pour nous et s’inscrit souvent, compte-tenu de la dimension éducative et inclusive de nos actions, dans la politique de RSE des entreprises », explique la directrice. Mais le modèle ne repose pas uniquement sur le mécénat. « Nous travaillons aussi avec de nombreux partenaires institutionnels, ministères, fondations, organisations internationales, qui nous permettent, collectivement, d’accroître l’ambition et la portée des projets », ajoute-t-elle.
Interrogée sur le projet qui lui tient le plus à cœur, Agnès Humruzian conclut avec passion : « Tous nos projets me tiennent à cœur ! Derrière chaque projet, c’est une belle histoire d’amitié franco-marocaine, ce sont des personnalités talentueuses et généreuses, qui viennent partager et ouvrir de nouveaux horizons ! ».