Alors que les manifestations se poursuivent et ne semblent pas s’essouffler, l’opinion publique s’interroge sur l’absence de réaction du gouvernement.

Certains partis de l’opposition se sont empressés de communiquer autour des événements, avec pour idée générale que le malaise et la colère de la rue marocaine sont la conséquence de la gestion de l’actuelle majorité.

Y aura-t-il une réaction ? Selon nos informations, une réunion de la majorité se tient ce mardi 30 septembre pour discuter des sujets d’actualité, dont les manifestations.

Le communiqué qui sera publié à l’issue de cette réunion indiquera probablement la position de la majorité, et donc du gouvernement.

La vraie question n’est pas si le gouvernement va réagir ou pas, ni même ce que sera le contenu de sa réaction. La vraie question est la suivante : sera-t-il audible ?

La confiance en la classe politique, majorité comme opposition, est rompue. Depuis des années, les partis politiques évoluent dans un entre-soi qui les empêche de mener tout exercice de communication réelle et efficace avec les citoyens, et encore plus avec les jeunes.

Le discours politique est façonné avec la même rhétorique, et avec un lexique dépassé et conceptuel. Or, les citoyens, aujourd’hui, veulent du concret, et les jeunes veulent de l’immédiat.

Certes, les partis politiques doivent présenter des projets de société en fonction de leur idéologie, discuter et débattre avec les citoyens de l’avenir à construire en fonction de leur programme… Ces débats sont forcément inscrits dans le long terme, et sont donc souvent dans les grandes lignes ou les lignes directrices.

Or, ce registre, même s’il est nécessaire pour l’exercice politique, ne trouve plus d’écho auprès d’une population qui attend des réponses tangibles à ses préoccupations quotidiennes.

Citons l’exemple de la réforme de la santé. Ce qui se fait au niveau de ce secteur depuis 2020 est une véritable révolution. On peut l’affirmer pour avoir suivi, sur ces colonnes, la réforme engagée, son contenu et ses ambitions.

Mais cette réforme, nécessairement au long cours car elle s’attaque aux volets structurels du secteur, trébuche faute de « Quick wins« , ces petits changements immédiats que le citoyen veut ressentir dans son quotidien.

Plusieurs lois majeures qui structurent la réforme ont été publiées, visant à moderniser, à clarifier et à rendre plus efficient le système de santé, notamment via une meilleure gouvernance, des structures institutionnelles adaptées, un réseau d’établissements hospitaliers plus grand…

La réforme repense ainsi toute l’architecture des établissements de santé en vue de créer des groupements territoriaux autonomes dans chaque région, et de leur donner toute latitude décisionnelle sur les ressources humaines, les spécialités à développer selon la carte des maladies prévalentes dans la région, les moyens techniques à mettre en œuvre, etc.

Elle aspire à restructurer le parcours de santé avec l’ambition de le digitaliser ; elle a repensé le système de rémunération du personnel de la santé ; la construction de nouveaux CHU est lancée ; les formations médicales sont améliorées ; le budget du secteur augmenté…

On peut énumérer toutes les mesures et les actions entreprises au cours des quatre ou cinq dernières années. Un travail structurant indéniable.

Cependant, tout cet effort est-il ressenti par le patient marocain quand il se dirige vers l’hôpital public ?

N’importe quel citoyen marocain n’ayant comme option que l’hôpital public répondra par la négative. Pour ce dernier, rien n’a changé dans le secteur de la santé, car rien n’a changé dans son expérience quotidienne et personnelle.