Les partis de l’opposition ont été les premiers à réagir aux manifestations – le PJD et le PPS essentiellement –, suivis de la réaction de la majorité.
D’autres sorties ont été enregistrées, notamment celle de Fatima Ezzahra El Mansouri, qui, le mardi 30 septembre, lors d’une réunion avec la jeunesse de son parti, a adopté une posture d’ouverture et d’autocritique. Elle a affirmé que les « revendications du mouvement sont légitimes et expriment la réalité amère des Marocains », insistant sur la « nécessité de les écouter ».
Un mea culpa politique
Avec une franchise rare, la ministre a concédé les limites de l’action politique. « Si nous avions vraiment réussi, nous n’entendrions pas aujourd’hui ces voix dans la rue et sur les réseaux sociaux, et cette colère n’aurait pas persisté ».
Ajoutant que le gouvernement « n’a pas réussi à 100%, la preuve est que les jeunes crient encore dans les rues », elle a toutefois nuancé ce constat en soulignant les progrès réalisés par le pays.
« Le Maroc de 2025 n’est pas celui des années 80 ou 90, et quiconque refuse de le reconnaître fait preuve de mauvaise foi. Mais cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de problèmes. Au contraire, il y a de réels problèmes ».
Loin de s’alarmer, elle a qualifié les manifestations de preuve de « vitalité et de maturité démocratique« , tendant la main aux contestataires. « Votre protestation est légitime, mais nous la voulons organisée pour pouvoir échanger avec vous ».
Assumant la faillibilité de l’action gouvernementale, elle a poursuivi : « Nous ne sommes pas parfaits, nous avons commis des erreurs et nous en commettrons encore. L’important est de les corriger. Si le peuple veut nous sanctionner en ne votant pas pour nous demain, nous sommes prêts ».
La crise de la santé, un « problème ancien et enraciné »
Pour illustrer les défis structurels du pays, Fatima Ezzahra El Mansouri a longuement détaillé la crise du secteur de la santé. « Les Marocains souffrent dans le secteur de la santé, mais je ne crois pas que le gouvernement en soit la cause directe. Les problèmes sont anciens, enracinés depuis les années 70, 80 et 90« .
En tant que maire de la ville de Marrakech, elle a partagé son quotidien. « Je reçois chaque jour dans mon bureau des demandes liées à la santé ». Selon elle, le pays fait face à un déficit criant de « 30.000 médecins« , un chiffre impossible à combler à court terme. « Pouvons-nous atteindre ce chiffre du jour au lendemain ? Absolument pas. Je ne mentirai jamais aux Marocains en disant que nous résoudrons la crise demain. Si je dois quitter le gouvernement, je le ferai, mais sans tromper les gens ».
Tout en défendant les avancées comme l’Assurance maladie obligatoire (AMO), qui a corrigé « une injustice sociale« , elle a admis que « des problèmes persistent dans le secteur de la santé » et que le gouvernement en est « conscient » ; en témoignent les nombreuses lois adoptées à la suite des directives royales.
Un défi démocratique lancé à la jeunesse
Enfin, la responsable politique a interpellé la jeunesse sur son rapport aux institutions, reconnaissant une « défiance envers les partis et les élections ».
« Devant nous, il y a deux options », a-t-elle déclaré. « Soit nous rejetons totalement les partis et les élections, et dans ce cas, il faut proposer un modèle alternatif. Soit nous les acceptons comme des entités humaines, une famille où l’on trouve le bon et le mauvais, le compétent et le faible, l’honnête et le corrompu ».
Elle a conclu en défendant l’engagement politique comme seul levier de changement. « Nous avons choisi d’entrer dans le jeu politique pour essayer de changer les choses de l’intérieur ». Un message qui se veut une invitation au dialogue et à l’intégration, face à une jeunesse qui exprime de plus en plus ouvertement son désenchantement.
Benkirane avertit contre un « dérapage sécuritaire »
Le PJD a signé une nouvelle sortie à ce sujet dans la soirée du 30 septembre qui a connu des affrontements à coups de pierres, des dégradations de biens, des voitures incendiées et des citoyens renversés par des véhicules des forces de l’ordre.
Dans une vidéo diffusée à 1 h du matin sur sa page Facebook, l’ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane a exhorté la jeunesse marocaine à mettre un terme immédiat aux manifestations, avertissant qu’elles ont basculé dans la violence et risquent de plonger le pays dans un « dérapage sécuritaire » aux conséquences désastreuses.
« Arrêtez tout si vous voulez une action positive »
Face à cette situation, il a proposé ce qu’il nomme « la voie de la raison ». « Je vous propose de donner des directives à vos partisans, via ce réseau [Discord, ndlr] que vous comprenez et maîtrisez, pour que ces protestations cessent complètement si vous voulez que votre action soit positive », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que « les pertes subies jusqu’à présent sont importantes » et qu’il faut éviter un « engrenage de violence et de contre-violence ».
Adoptant un ton plus direct et paternaliste, il a mis en garde les jeunes manifestants : « N’engagez pas vous-mêmes et les enfants de votre pays dans des affaires qui vous dépassent et qui ne servent pas l’intérêt de la patrie. La plupart des participants sont de jeunes gens au seuil de leur vie, et je vous appelle à rentrer chez vous pour laisser place à l’étude et au travail ».
De la « compréhension » à la mise en garde
Abdelilah Benkirane a tenu à rappeler que sa formation politique avait initialement montré sa « compréhension » pour le mouvement. « Nous avons dit que nous comprenions ces protestations et que nous vous accompagnions, tout en mettant en garde contre tout débordement qui pourrait nous mener vers l’inconnu ».
Cependant, il estime que la ligne entre la réforme et le chaos a été franchie. « L’action des réformateurs est positive tant qu’elle va dans le sens de la réforme. Si elle se transforme en dégradation de la situation, les conséquences ne seront jamais bonnes ».
Enfin, l’ancien chef du gouvernement a insisté sur la nécessité de préserver « la liberté et la stabilité » dont jouit le Maroc, sous la conduite d’un Roi qui « prend les décisions appropriées au moment opportun ».
Il a conclu son message par un avertissement sans équivoque : « Si vous vous arrêtez maintenant, votre geste aura un impact positif. Si vous continuez sur cette voie, je serai très pessimiste pour l’avenir de notre pays et de notre jeunesse ».
Le secrétariat général du PJD a ensuite publié un « communiqué du devoir et de l’intérêt national« . Le parti y tient le gouvernement pour « pleinement responsable » de la situation actuelle.
Le PPS charge le gouvernement, soutient la jeunesse, mais appelle à la fin des violences
Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) s’est également exprimé ce mercredi 1ᵉʳ octobre. Dans une déclaration de son bureau politique, il affirme son soutien aux revendications du mouvement tout en appelant à la désescalade pour prévenir tout « dérapage aux conséquences imprévisibles ».
Pour le PPS, ces manifestations sont la « conséquence naturelle et logique » de l’échec des politiques gouvernementales. Le parti exprime sa « solidarité avec les revendications légitimes » portées par la jeunesse, citant la demande d’une réforme profonde de l’éducation et de la santé, la création d’emplois et la lutte contre la corruption.
Si le soutien aux manifestants est clair, le parti trace une ligne rouge infranchissable : la violence. Le PPS exprime son « rejet absolu de toutes les formes de vandalisme contre les biens publics et privés, et d’agressions contre les forces de sécurité ». Il qualifie ces actes de « comportements hors de contrôle », « inacceptables sous aucun prétexte ».
Dans le même temps, le parti insiste sur le fait que la meilleure approche face à des manifestations pacifiques est le « dialogue, l’écoute et l’accueil« , et rejette tout « traitement violent ou dégradant pour la dignité des manifestants ».
Le PSU exige la libération des détenus et la fin de la « répression »
Face à ce qu’il qualifie d' »intensification de la poigne sécuritaire » en réponse aux protestations pacifiques, le Parti socialiste unifié (PSU) a exprimé sa « condamnation ferme de toutes les formes de répression, d’arrestation et de poursuites » contre les jeunes manifestants.
Dans son communiqué, le parti exige des autorités la « libération de tous les détenus sans condition » et la fin de l’approche sécuritaire.
Au-delà de ces mesures d’urgence, le PSU appelle l’État à adopter une approche politique pour répondre aux « revendications justes et légitimes » des citoyens. Il exhorte également l’ensemble des « forces nationales, démocratiques et progressistes » à créer une « initiative politique nationale » en collaboration avec la jeunesse pour mettre fin à la violence et concrétiser leurs demandes.
Le communiqué réaffirme enfin l’engagement du parti aux côtés des « mouvements populaires qui défendent la liberté, la dignité, la démocratie et la justice sociale ».
Le RNI se dit ouvert au dialogue mais accuse des partis de « détournement » et d' »incitation »
Le bureau politique du Rassemblement National des Indépendants (RNI) qui dirige la coalition gouvernemntal a pour sa part annoncé s’être réuni ce mercredi 1er octobre à Rabat sous la présidence d’Aziz Akhannouch.
La déclaration émise à l’issue de la réunion affirme que le parti « comprend ces expressions » de la jeunesse, qu’elles aient lieu « sur le plan numérique ou dans l’espace public ». Le parti se dit prêt à « s’engager dans tous les canaux de dialogue », soulignant que les ambitions des jeunes « rejoignent les priorités que le gouvernement est en train de mettre en œuvre ».
Selon le RNI, « l’écoute des différentes revendications sociales est la meilleure approche pour accélérer le rythme de mise en œuvre des politiques publiques » et pour finaliser les mesures nécessaires à leur réalisation. Le parti réaffirme ainsi sa volonté de dialoguer « au sein des institutions » et dans le cadre de son rôle d’encadrement politique.
Le communiqué exprime un soutien sans équivoque à l’action des forces de l’ordre. Le bureau politique « salue les interventions réglementaires des différents corps de sécurité » et « loue leur approche équilibrée, conforme aux procédures légales en vigueur ». Le RNI justifie cette action par la nécessité de « préserver l’ordre public et de protéger les citoyens et leurs biens ».
Une charge virulente contre l’opposition
Le ton change radicalement lorsque le RNI évoque les réactions des autres formations politiques. Le parti « s’étonne de la tentative de certains partis politiques de détourner les ambitions des expressions de la jeunesse ». Il les accuse d’utiliser ces mouvements dans un « discours d’incitation et d’agitation« , notamment en « diffusant des contre-vérités et des rumeurs » et en « dénigrant le travail des institutions ».
Pour le RNI, cette période exige une « responsabilité politique collective » et une approche basée sur l’écoute, loin des manœuvres politiciennes qu’il dénonce.
En conclusion, le président du parti, Aziz Akhannouch, a réaffirmé que « l’approche fondée sur le dialogue et le débat est la seule voie » pour résoudre les défis auxquels le pays est confronté et atteindre le développement escompté.