En l’espace d’un mois, la Bourse de Casablanca a connu un retournement brutal. Après avoir franchi pour la première fois de son histoire le seuil symbolique des 20.000 points le 27 août 2025, le MASI, qui affichait alors une progression de 35,7% en YTD, a effacé une partie importante de ses gains. À fin août, l’indice clôturait à 20.054,7 points.
Mais en septembre, il a reculé de -5,2%, avant de subir une nouvelle baisse de -3,4% dès la première séance d’octobre, ramenant sa performance annuelle à 28,8% seulement et son niveau à 18.371 points.
Source: medias24.com
Les facteurs explicatifs
Alors, qu’est-ce qui a accentué la baisse et pourquoi a-t-elle duré ? « Après un été euphorique, où l’indice avait franchi les 20.000 points, le marché est revenu brutalement à la réalité. Le MASI a perdu près de 9% entre fin août et début octobre. À mes yeux, c’est une correction saine, presque nécessaire, après des excès manifestes. Il vaut mieux que le marché digère, respire et retrouve des niveaux plus normaux, pour que les prochaines hausses soient solides et durables », commente un analyste de la place.
« Si la hausse s’était poursuivie sans pause, on aurait pu espérer que cela dure. Mais en finance, il faut accepter de revenir à la norme. Une progression doit se construire pas à pas, et non pas gonfler artificiellement jusqu’à créer une bulle« , ajoute-t-il.
Ces derniers mois, on a évoqué à plusieurs reprises que le marché était largement drivé par les nouveaux entrants particuliers.
« De nombreux petits porteurs, attirés par la hausse rapide, se retrouvent aujourd’hui fragilisés. Ils découvrent que la Bourse n’est pas une voie rapide vers l’enrichissement, mais un placement qui demande du temps et de la discipline. Leur stratégie restait avant tout spéculative, il suffit de regarder les cours de certaines petites capitalisations qui ont grimpé à toute vitesse, parfois jusqu’à doubler en peu de temps », ajoute-t-il.
En plus de ces explications, on avait déjà souligné que la baisse s’était fait sentir dès le 23 septembre 2025, quand le MASI a commencé à enchaîner les séances de correction. On avait expliqué que les investisseurs ont préféré sécuriser une partie des gains accumulés depuis le début de l’année, ce qui a déclenché une première vague de prises de bénéfices, surtout dans ce mois de septembre marqué par la publication des résultats semestriels.
Par ailleurs, le maintien du taux directeur de Bank Al-Maghrib à 2,25% a refroidi le marché, certains acteurs attendant une nouvelle baisse. Ainsi, le moindre signal a suffi à inverser la dynamique.
Pourtant, la liquidité disponible sur un marché étroit a amplifié les mouvements. Aussi, les valorisations atteignaient des niveaux exigeants, parfois déconnectés des fondamentaux, et cela a rendu l’ajustement inévitable.
Dans ce cadre, plusieurs éléments techniques se sont ajoutés : l’incapacité du MASI à conserver durablement le seuil des 20.000 points et la dépréciation du dirham face à l’euro et au dollar, traduisant un allègement des positions étrangères.
Il ne faut pas oublier non plus la dimension psychologique. Les marchés réagissent toujours à ce qui se passe autour d’eux, et le climat politique n’y échappe pas
« Les manifestations de la Génération Z ont, d’une certaine manière, pesé sur l’ambiance du marché. Elles créent un sentiment d’incertitude, et les investisseurs intègrent ce facteur dans leurs décisions. Même si l’impact reste indirect, ce type d’événement nourrit l’hésitation et accentue la nervosité dans les échanges ».
Septembre a toujours été un mois compliqué pour les marchés actions
« Cette fois-ci, la baisse mensuelle de plus de 5% a servi de catalyseur à une correction plus large, d’autant que les valorisations atteignaient des niveaux difficilement soutenables ».

Sur vingt ans d’historique, septembre ressort comme l’un des mois les plus faibles pour le MASI. Le rendement mensuel moyen atteint -0,69%, et à peine 42,9% des séances se terminent en hausse.
Autrement dit, moins d’une séance sur deux est positive. Ce comportement traduit une récurrence de prises de bénéfices et de corrections à cette période de l’année.
En 2025, la tendance s’est confirmée avec une baisse de plus de 5% sur le mois, ce qui illustre bien le poids de la saisonnalité dans les décisions des investisseurs et dans la psychologie du marché.
« Malgré la baisse et la volatilité actuelle, nous restons optimistes quant à la capacité de notre marché à retrouver l’équilibre et à renouer avec sa tendance haussière. Au-delà des entreprises dont les valorisations se sont envolées, parfois de manière exagérée, il existe des secteurs qui gardent des fondamentaux solides, à l’image du secteur bancaire », explique un autre analyste.
« Personnellement, je pense que même avec toutes les analyses techniques et les prévisions possibles, il est impossible d’anticiper les événements imprévisibles qui peuvent peser sur le marché. Souvenez-vous de l’effet Trump qui avait provoqué un repli en avril, le marché a rapidement retrouvé de bons niveaux par la suite. Chaque période de baisse offre d’ailleurs de bons points d’entrée sur des entreprises reconnues pour leur solidité », ajoute-t-il.
La séance du 2 octobre a clôturé en hausse après une ouverture marquée par un fort recul.« Ce mouvement illustre la volatilité grandissante du marché, avec des investisseurs qui réagissent rapidement aux signaux, entre prises de bénéfices et rachats à bon compte. Cette alternance de replis et de rebonds montre qu’une phase d’instabilité s’installe, où chaque nouvelle information ou rumeur peut peser sur la tendance à court terme », conclut-il.
La Bourse de Casablanca a terminé le mois avec une capitalisation globale de 1.003 MMDH et un volume échangé de plus de 13,2 MMDH. Le marché a connu 21 séances, marquées par une forte volatilité et de grands écarts entre gagnants et perdants.
< Plus fortes hausses
Quelques titres se sont distingués par des progressions spectaculaires. Auto Nejma a bondi de 26,2%, suivie d’Ennakl avec +23,6%, et Résidences Dar Saada qui a gagné 16,5%.
Dans le secteur financier, Salafin s’est appréciée de 16,4%, tandis que la Société des Boissons du Maroc et Stokvis Nord Afrique ont avancé de plus de 13%. Ces évolutions traduisent l’intérêt des investisseurs pour des dossiers spécifiques, parfois liés à des publications semestrielles positives ou à des flux spéculatifs.
< Plus fortes baisses
À l’inverse, plusieurs valeurs ont lourdement reculé. Taqa Morocco a chuté de 18,5%, S.M Monétique de 18%, et la SNEP de 16,2%. TGCC a perdu 13,3%, et M2M Group s’est contractée de 15,8%.
Dans la santé, Akdital a corrigé de 11,7%, Cosumar a cédé 10%, et Sonasid a reculé dans les mêmes proportions. Ces baisses s’expliquent par des prises de bénéfices après un premier semestre euphorique, mais aussi par des valorisations jugées trop tendues.
< Capitalisations dominantes
En termes de poids boursier, Attijariwafa bank reste la première capitalisation avec plus de 160 MMDH, suivie de Maroc Telecom (103 MMDH), Managem (70 MMDH) et Marsa Maroc (69,7 MMDH). La BCP, Taqa Morocco et Bank of Africa complètent le peloton des plus gros titres.
< Lecture sectorielle
La correction a touché plusieurs compartiments. L’électricité a perdu 18,5%, la chimie 15,6%, la santé 10,6% et les matériaux de construction 9,1%. Les assurances (-5,7%) et les banques (-4,2%) ont aussi reculé. À l’opposé, certains secteurs ont progressé : les boissons (+9,3%), la pharmacie (+2,4%), l’immobilier (+2%), et les mines (+1%).
