L’histoire retiendra que Mohamed Ouahbi, le sélectionneur du Maroc, a été le premier à avoir utilisé le Football Video Support (FVS). C’était lors de l’entrée en lice de l’équipe nationale U20 dans la Coupe du monde de la catégorie à Santiago, au Chili.
L’arbitre de la rencontre venait d’accorder un penalty à l’Espagne. Une décision dont Ouahbi n’était pas convaincu, raison pour laquelle il a pris son challenge en brandissant le carton vert afin de demander au corps arbitral de revoir l’action au ralenti pour infléchir sa décision.
Bien lui en a pris, puisque l’homme en noir s’est finalement rétracté, ce qui a permis aux Lionceaux de l’Atlas de conserver leurs deux buts d’avance et de vivre une fin de rencontre moins anxiogène.
Au-delà d’exposer des futurs cracks aux yeux du monde, le Mondial U20 comme celui des catégories inférieures ont depuis toujours été utilisés par la Fédération internationale de football (FIFA) et l’International Football Association Board (IFAB), l’instance qui détermine et fait évoluer les règles du jeu du football, comme un véritable laboratoire pour tester les règles qui encadreront le football de demain.
C’est notamment dans ce cadre qu’avaient été expérimentés, par le passé, la technologie sur la ligne de but, la VAR ou encore les cinq changements durant la pandémie. Aujourd’hui, c’est au tour du Football Video Support, un outil présenté comme une alternative allégée et moins coûteuse que la VAR pour accompagner les arbitres.
Une innovation dans le football, mais qui n’en est pas une dans plusieurs sports comme le basket et le tennis notamment, qui l’ont adoptée il y a quelques années. Alors, comment fonctionne le FVS ? Dans quelles situations peut-il intervenir ? Remplacera-t-il la VAR ? Éléments de réponse.
Utilisé uniquement en cas d’erreur manifeste
Le FVS est la réponse à plusieurs demandes reçues par la FIFA de la part d’associations membres « qui ne peuvent pas mettre en place le système de l’arbitrage vidéo (VAR), faute de ressources humaines et financières suffisantes, et en raison du faible nombre de caméras disponibles dans leurs compétitions », explique la FIFA dans un communiqué.
Ce système est utilisé uniquement en cas d’erreur manifeste ou d’incident grave non détecté, dans les situations suivantes :
– But/pas but ;
– Penalty/pas penalty ;
– Cartons rouges directs (pas les deuxièmes avertissements) ;
– Erreur d’identité, quand l’arbitre avertit ou exclut le mauvais joueur de l’équipe fautive.
Le FVS ne peut être utilisé qu’après qu’une décision a été prise par l’arbitre (laisser jouer est aussi une décision) et lorsqu’une équipe a demandé un réexamen.
Seul l’entraîneur principal ou, en son absence, le responsable le plus expérimenté présent dans la zone technique peut demander un réexamen, immédiatement après l’incident, en faisant tourner son doigt dans les airs et en remettant une carte de demande de réexamen au quatrième officiel.
Tout joueur peut aussi demander à son entraîneur principal de solliciter un réexamen. Le quatrième officiel informe l’arbitre de la demande et, si le jeu est arrêté (et n’a pas repris) depuis l’incident, l’arbitre se rend dans la zone de visionnage pour consulter les images.
Dans le cas où le jeu s’est poursuivi, l’arbitre l’interrompt lorsque le ballon est dans une zone neutre pour visionner les images. Pendant la révision, l’arbitre est assisté d’un opérateur, qui lui présente les images (différents angles, écran partagé, vitesses de lecture différentes…).
La décision initiale de l’arbitre ne sera modifiée que si les images montrent clairement qu’elle constituait une erreur manifeste ou qu’un incident grave a été manqué. Comme le FVS utilise un nombre limité de caméras, il est fréquent que les images soient non concluantes et que la décision initiale soit donc maintenue.
Si demande de réexamen il y a, elle doit être faite immédiatement afin de :
– respecter la loi du jeu stipulant qu’une décision ne peut être modifiée après la reprise du jeu ;
– éviter des retards inutiles liés à la réflexion de l’entraîneur principal sur l’opportunité de demander un réexamen.
Après un but, le quatrième officiel vérifie les images et informe l’arbitre si une faute évidente a été commise par l’équipe attaquante. Sauf pour une décision factuelle, l’arbitre revoit alors l’incident et prend la décision finale.
Pendant la phase de test, chaque équipe devrait pouvoir effectuer deux demandes par match. Si la décision initiale est modifiée après révision, l’équipe conserve sa demande qui n’est pas décomptée.
En principe, le système FVS peut être mis en œuvre dans des compétitions disposant de 1 à 4 caméras, qu’elles soient opérées manuellement ou de manière automatisée.
Le FVS ne remplace pas la VAR
Pour la FIFA, c’est niet. Le FVS ne remplacera pas la VAR. « Il est fondamentalement différent de la VAR, car il n’y a pas d’arbitres vidéo, et donc, toutes les décisions et incidents qualifiés ne sont pas automatiquement vérifiés. La demande de révision relève uniquement de la responsabilité de l’entraîneur principal », précise la FIFA.
Si la technologie tombe en panne, le match doit se jouer ou se poursuivre sans le système FVS, et l’entraîneur principal ainsi que le capitaine de chaque équipe doivent en être immédiatement informés.
Compte tenu de l’intérêt exprimé par différentes fédérations incapables de mettre en place le VAR dans les règles de l’art, la FIFA a testé le FVS lors de la Blue Stars/FIFA Youth Cup 2024 en mai 2024, avant de renouveler l’expérience lors de la Coupe du monde U20 au Chili.
« L’objectif de ce test était de recueillir une première expérience afin d’ajuster les processus et le protocole FVS. Différents dispositifs de caméras ont été testés pour évaluer leur impact sur le système », indique l’instance internationale.
Actuellement, la FIFA évalue les résultats du test avec les parties prenantes afin de décider des étapes suivantes, y compris d’éventuels tests supplémentaires. Pour l’instant, aucun calendrier spécifique n’a été établi ni aucune décision définitive n’a été prise. Mais on ne serait pas surpris de voir le Football Video Support dans un avenir très proche.