Amine Tahraoui, ministre de la Santé, a révélé, le 1ᵉʳ octobre au Parlement, l’une des raisons du déficit des médecins spécialistes au Maroc.
Outre la formation, puisqu’on ne forme pas assez de spécialistes, le déficit était aggravé par un problème d’affectation.
Selon lui, chaque médecin spécialiste est affecté deux ans après l’obtention de son diplôme. Un système qui a été mis en place depuis des années et qui perdure.
Il dit qu’à son arrivée, il a essayé de résoudre ce problème. Ainsi, le nombre de médecins affectés est passé d’une moyenne de 200 par an entre 2020 et et 2024 à 1.204 en 2025.
Un système en place depuis 2019
Il explique : « Le Maroc connait un grand besoin de spécialistes, notamment en anesthésie, réanimation et radiologie. Pour y répondre, des mesures ont été prises pour l’affectation des médecins lauréats, destinés à travailler dans les différentes régions et provinces ».
« En 2020, le nombre de médecins spécialistes affectés aux établissements publics était de 179, et de 223 médecins en 2024. En 2025, ce nombre est passé à 1.204« .
« Il existait un problème majeur lié à la lenteur et au blocage des affectations. Depuis 2019, certains médecins diplômés n’étaient affectés que deux ans après l’obtention de leur diplôme. Par exemple, un lauréat de 2019 n’a été affecté qu’en 2021. Entre-temps, certains partaient vers le secteur privé ou reprenaient leurs études, créant une période d’attente et révélant un problème de gouvernance ».
Ce n’est pas un problème lié aux étudiants, mais au système
« Ce système était en place depuis 2019. À mon arrivée fin 2024, il fallait procéder à ces affectations. Nous avons alors identifié 241 médecins spécialistes et avons commencé par les mutations, puis les affectations, en tenant compte des nouveaux projets et des besoins exprimés par les différentes régions du Royaume ».
« En vérifiant les dossiers, j’ai constaté que les diplômes de ces médecins datent de 2023. Ce n’est donc pas un problème lié aux étudiants, mais plutôt au système en vigueur, qui les pousse dans une attente prolongée. J’ai donc demandé l’affectation des diplômés de 2024 également ».
« Sur les 700 affectés au S1 2025, 95% ont rejoint leur poste »
Ainsi, « 420 médecins spécialistes diplômés en 2024 ont été affectés entre avril et mai 2025, portant le total à 700 pour le premier semestre 2025. Parmi eux, 95% ont rejoint leur poste ».
« Pour les 5% restants, j’ai demandé à ce qu’on les contacte individuellement afin de trouver des solutions, sauf pour ceux qui ne peuvent réellement pas travailler dans le secteur public, et qui assumeront leurs responsabilités puisqu’ils sont liés par contrat avec l’Etat ».
« Pour les diplômés de 2025, les affectations ont commencé en juillet. Ce nouveau contingent de spécialistes compte 543 médecins, dont 80% déjà diplômés. Les 20% restants le seront dans les semaines prochaines. Nous avons accéléré le processus pour mettre fin aux retards et instaurer un système transparent et encadré ».
« En 2026, le nombre de médecins spécialistes affectés devrait, logiquement, être plus faible, autour de 600 à 700, et augmentera ensuite selon l’évolution du nombre de places pédagogiques. Cette planification constitue la solution pour répondre aux besoins en spécialistes », souligne le ministre.
« Le manque de médecins spécialistes se poursuivra jusqu’en 2029 »
En ce qui concerne les prévisions pour les années à venir, Amine Tahraoui estime que « le manque de médecins spécialistes se poursuivra jusqu’en 2029″, avant de diminuer grâce à l’augmentation des places pédagogiques.
« D’ici 2030, le nombre de spécialistes devrait permettre de combler ce déficit », ajoute-t-il, précisant que « ces prévisions prennent en compte plusieurs facteurs, notamment une partie des médecins qui part à l’étranger et une autre qui quitte le système ».
Un problème futur reste toutefois à anticiper. Il s’agit de l’adéquation entre spécialités disponibles et besoins réels. « Certaines spécialités actuellement saturées ne répondent pas aux besoins futurs, tandis que d’autres nécessitent davantage de médecins. Il est donc nécessaire d’ouvrir le dialogue avec les professionnels du secteur et le ministère de l’Enseignement supérieur pour anticiper les besoins par spécialité et mieux orienter la formation ».
« Le Maroc manque également de généralistes »
Le ministre alerte également sur le manque de médecins généralistes au Maroc. « Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un système équilibré devrait compter 70% de médecins généralistes et 30% de spécialistes. Or, la situation actuelle au Royaume est inversée. Nous disposons de 70% de spécialistes contre 30% de généralistes », souligne le ministre.
« Cela ne signifie pas que nous avons suffisamment de spécialistes, mais que nous manquons également de médecins généralistes ».
« Les étudiants se détournent de cette filière en raison d’une rémunération faible », explique-t-il. « Il est donc crucial d’ouvrir une discussion sur les incitations pour les généralistes et les médecins de famille, sur lesquels nous accusons un retard. Il faut également définir une vision claire pour les spécialistes de famille, afin d’accélérer leur formation et leur sortie dans les meilleurs délais ».
> Consultez notre dossier sur la présentation faite le 1er octobre en Commission des secteurs sociaux par le ministre de la Santé