À l’issue d’une réunion avec les présidents des commissions régionales et les responsables de la présidence, le CNDH a rappelé qu’il suit les manifestations des jeunes depuis leur lancement, déployant des équipes de veille, de suivi sur le terrain et d’intervention protectrice à trois niveaux : régional, via ses commissions dans les douze régions ; national ; et dans l’espace numérique, avec une communication directe avec les autorités locales et les jeunes sur les lieux de protestation.
Cette prise de position intervient six jours après le déclenchement des manifestations du mouvement GenZ au Maroc.
Le CNDH plaide pour la garantie du droit de rassemblement pacifique
Le Conseil a souligné que les récentes mobilisations de jeunes ont d’abord pris la forme de rassemblements pacifiques, avant que certaines ne dégénèrent en actes de violence, marqués par des interventions jugées disproportionnées, des jets de pierres, des vols, des incendies de véhicules et des dégradations de biens publics et privés. Il a rappelé que l’espace numérique constitue aujourd’hui un cadre privilégié d’expression et de participation pacifique autour de revendications légitimes en matière de droits humains.
Le CNDH insiste ainsi sur la nécessité de garantir le droit de rassemblement pacifique dans le cadre d’une responsabilité partagée entre organisateurs et autorités publiques, afin de concilier préservation de l’ordre public et liberté d’expression. Il appelle également à une interprétation fondée sur les droits humains de ce droit, indépendamment des conditions de déclaration préalable ou de notification, tout en veillant au maintien du caractère pacifique des rassemblements et en prenant en considération les nouvelles formes d’expression propres à l’espace numérique. Par ailleurs, il rappelle l’importance de protéger les citoyennes et citoyens, ainsi que les forces de l’ordre, en garantissant le respect de leur intégrité physique lors des manifestations.
Quand l’espace numérique se transforme en estrade pour l’incitation à la violence
Le CNDH affirme avoir observé de nombreuses expressions numériques, certaines contenant des informations trompeuses, tandis que d’autres diffusent des appels explicites et graves à la violence.
Il a également signalé des atteintes directes à la dignité de citoyennes et citoyens ne souhaitant pas participer aux manifestations ou appelant au rejet de la violence.
Selon le Conseil, ces contenus présentent des caractéristiques communes : comptes récemment créés ou fermés, profils sans publications ni abonnements, ainsi qu’un grand nombre de comptes dont l’analyse des informations, du comportement et des publications indique une origine étrangère, certains ayant déjà été identifiés à plusieurs reprises.
Condamnation des actes de violence et appel à l’ouverture d’enquêtes
Le CNDH rappelle que la liberté d’expression et le droit de rassemblement pacifique sont des droits universels et constitutionnels. Il souligne que plusieurs villes ont été le théâtre de manifestations pacifiques, tout en déplorant que certaines d’entre elles aient été marquées par des actes de violence graves.
Le Conseil présente ses condoléances suite au décès de trois personnes lors des protestations à Leqliâa et exprime son regret face aux blessures survenues tant chez les manifestants que parmi les forces publiques au cours de ces journées de contestation.
Le CNDH relève également la publication d’un communiqué détaillant les circonstances des décès de deux victimes par balles réelles, avant que le bilan ne s’établisse à trois, et condamne fermement la tentative d’intrusion et d’incendie du siège de la Gendarmerie royale à Leqliâa. Il se félicite par ailleurs de la libération d’un grand nombre de manifestants, tout en insistant sur la nécessité d’ouvrir une enquête chaque fois qu’il y a atteinte à la vie ou à l’intégrité physique.
L’institution affirme qu’elle poursuivra ses opérations de veille, de suivi sur le terrain et d’intervention, en plus de l’observation des procès. Le CNDH et ses commissions régionales demeurent ouverts à toutes les formes d’expression et de dialogue visant à garantir la mise en œuvre effective des droits et libertés pour l’ensemble des citoyennes et citoyens.