Tahraoui a reconnu, au Parlement le 1er octobre dernier, le retard qu’accusent les nouveaux chantiers lancés dans le cadre de la réforme du secteur. Il a, à la même occasion, fait le point sur chacun d’entre eux, ainsi que les difficultés rencontrées dans leur mise en œuvre.
La Haute autorité de santé prend le temps nécessaire pour constituer son conseil
S’agissant de la Haute autorité de santé (HAS), le ministre a expliqué qu’il s’agit d’une entité indépendante, au-dessus du ministère. Bien que son président ait été nommé par le Roi en octobre 2024, cette agence n’est toujours pas opérationnelle.
Amine Tahraoui a expliqué que « tous ses décrets d’application ont été publiés. Toutefois, un retard subsiste dans la constitution de son conseil, lequel est composé de 5 membres permanents et 10 conseillers, comme prévu par la loi qui régit cette institution ».
« L’objectif est de nommer des profils hautement compétents, crédibles et exempts de conflits d’intérêts, afin de garantir l’efficacité et l’indépendance de l’institution. Le processus prend du temps, mais la vision est claire. Il vaut mieux attendre et démarrer sur des bases solides », a-t-il souligné.
L’Agence marocaine du médicament hérite d’une culture archaïque
Si la HAS est une institution nouvellement créée, « l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS) résulte, elle, de la transformation d’une ancienne direction qui était rattachée au ministère de la Santé (la Direction du médicament et de la pharmacie), longtemps minée par des problèmes de gestion, de retards d’autorisations et même de corruption », précise le ministre.
« Un nouveau directeur a été nommé à la tête de cette agence, avec pour mission de réorganiser totalement le fonctionnement, de digitaliser les procédures et de moderniser la culture interne et les mentalités ».
« L’Agence traite directement avec des secteurs importants et lourds, notamment l’industrie pharmaceutique et les pharmaciens, et doit de ce fait mettre en place un système informatique performant et un observatoire du médicament. Ce dernier permettra d’assurer une transparence totale sur les médicaments autorisés au Maroc, leur disponibilité et leur usage. Toute personne pourra à terme consulter la base de données des médicaments, savoir ceux dont on dispose, autorisés et disponibles ».
L’Agence marocaine du sang et des produits dérivés pour une meilleure gouvernance du secteur
A l’instar de l’AMMPS, l’Agence marocaine du sang regroupe tous les centres de transfusion sanguine qui existent au Maroc, et dont la gestion doit être modernisée.
« Je ne connais pas tous les centres de transfusion sanguine, mais je connais celui de Casablanca, et je peux dire qu’il était dans un état critique. La création de l’Agence nationale du sang vise à moderniser la gouvernance de ce secteur vital ».
« Lorsque je suis arrivé à la tête du ministère [vers fin 2024, NDLR], personne n’avait une visibilité sur les stocks de sang au niveau national. Aujourd’hui, l’Agence établit chaque semaine un rapport national sur les stocks, identifie les régions en déficit et organise la solidarité interrégionale ».
L’ambition du ministre est toutefois plus large. « Nous avons pour objectif de moderniser et équiper les centres de transfusion dans tout le Royaume avec des équipements modernes, renforcer la collecte dans un cadre digne et sécurisé, et tendre vers l’autosuffisance. Cela nécessite des investissements importants qui sont en cours de programmation ».
Pour les GST, je préfère lancer un projet pilote, le maîtriser, puis généraliser l’expérience, plutôt que de risquer l’arrêt du service de santé dans plusieurs régions en cas de difficultés ou d’erreurs
Le ministre de la Santé est également revenu sur les difficultés rencontrées pour le lancement du Groupement territorial de santé pilote de Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
« La loi sur les GST a certes été adoptée, mais son opérationnalisation reste complexe. L’expérience pilote a été lancée dans la région de TTAH. Elle regroupe un CHU, 25 hôpitaux de proximité, près de 290 centres de santé et plus de 9.900 professionnels aux statuts différents ».
« L’une des difficultés les plus importantes qu’on a rencontrées dans ce chantier est relative aux statuts des professionnels de santé, qui sont multiples. Il fallait les harmoniser ».
« L’autre difficulté importante a trait au système d’information, qui devait être unifié. Il s’agit d’une condition indispensable pour le suivi des patients, la gestion des ressources humaines, la facturation et la prise de rendez-vous, afin d’améliorer le service de santé dans toute la région ».
« Nous ambitionnons également, dans le cadre de ce programme pilote, d’élaborer un programme médical régional cohérent, reliant les spécialités entre CHU et centres de santé ».
« Ainsi, plutôt que de généraliser l’expérience trop rapidement dans d’autres régions, le choix a été fait de tester et stabiliser ce modèle dans une seule région pilote. Il faut d’abord résoudre ces problèmes techniques et organisationnels pour éviter toute perturbation des services aux citoyens. Une fois le pilote stabilisé, la généralisation sera accélérée », a-t-il conclu à ce sujet.
> Consultez notre dossier sur la présentation faite le 1er octobre en Commission des secteurs sociaux par le ministre de la Santé