« J’ai mon avis concernant ce secteur et les pratiques dans ce secteur. C’est ce qui m’a poussé à mettre fin aux subventions d’investissements accordées aux cliniques privées, en demandant leur arrêt lors d’une réunion de la Commission nationale des investissements », a déclaré, le 1ᵉʳ octobre au Parlement, le ministre de la Santé.
« Cette décision n’a pas été simple, car certaines cliniques contribuent à combler le déficit dans certaines régions. Mais dans de nombreux cas, leur installation ne résout pas les problèmes« , a-t-il expliqué, justifiant sa décision.
Un statu quo qui sera maintenu
« Lorsqu’un centre hospitalier universitaire (CHU) est construit et qu’une clinique privée s’installe juste en face, ce n’est pas un hasard. L’objectif est souvent de capter les ressources humaines, notamment les médecins du CHU, ainsi que ses patients ». Et c’est la principale problématique de ces implantations.
« Quand je suis intervenu en commission des investissements, nous en étions à environ 400 ou 500 millions de dirhams d’autorisations en suspens. C’est un statu quo que j’assume, et sur lequel je n’ai pas l’intention de revenir ».
Des cliniques démentent avoir reçu ou demandé des subventions
Au cours d’échanges avec Médias24, des cliniques privées et notamment des groupes privés de santé ont catégoriquement démenti avoir jamais reçu le moindre centime d’argent public. Nos interlocuteurs auraient souhaité que les propos du ministre soient plus précis.
D’autres cliniques ont souligné que leur activité reste éligible à la charte de l’investissement comme le prévoit la loi.
Révision de la carte sanitaire
« En parallèle, j’ai demandé une révision de la carte sanitaire. Ce document n’est pas une simple carte géographique, mais un outil opérationnel, technique et scientifique. Il doit permettre aux professionnels de santé de planifier l’évolution du système sur les cinq à dix prochaines années, en tenant compte de la transition démographique, du vieillissement de la population et de l’apparition de pathologies spécifiques. Cette carte doit aussi intégrer le secteur privé ».
« C’est pourquoi toutes les autorisations de création d’établissements privés ont été suspendues, le temps de mener des études pour déterminer les besoins réels ».
« L’idée est de développer une nouvelle relation avec le privé », explique le ministre. « Dans les régions dépourvues de structures sanitaires, l’État pourrait apporter son soutien. Mais ailleurs, pourquoi encourager un investissement privé là où il n’est pas nécessaire ? »
Des commissions de contrôle et un échange d’informations avec la CNSS contre les pratiques de certaines cliniques privées
Concernant le fonctionnement des cliniques privées, le ministre se dit conscient des dérives existantes. « Certaines profitent malheureusement des patients en gonflant la tarification ou en multipliant les dossiers médicaux. Pour lutter contre ces pratiques, nous avons renforcé les inspections. Entre 20 et 30 missions de contrôle sont effectuées chaque mois. Toutefois, il est important de rappeler que sans plainte ou réclamation via la plateforme dédiée, il est impossible de lancer une enquête généralisée ».
« Un travail majeur est également en cours avec la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) pour mettre en place un échange d’informations. Ces données permettront d’identifier avec précision les cliniques qui ne respectent pas les règles en vigueur ».
Cela dit, « il ne faut pas généraliser », insiste le ministre. « De nombreuses cliniques privées, souvent les plus anciennes, travaillent correctement et apportent une réelle valeur ajoutée au système de santé. Mon objectif n’est pas de freiner le secteur privé, mais de combattre ses dérives et de poser les bases d’une relation claire et équilibrée avec lui ».
> Consultez notre dossier sur la présentation faite le 1er octobre en Commission des secteurs sociaux par le ministre de la Santé