Un agent secret entretient le mystère et la discrétion. Il trompe souvent son monde, apparaît là où on ne l’attend pas et agit avec efficacité, sans attirer l’attention. Exactement comme le Maroc lors de cette phase de groupes de la Coupe du monde U20.
Statistiquement, l’équipe nationale n’a pas été la plus spectaculaire. Pourtant, à l’heure du bilan du premier tour, elle est bien présente, qualifiée pour les huitièmes de finale contre la Corée du Sud le vendredi 10 octobre. Un parcours discret, construit avec méthode, lucidité et efficacité.
Il est vrai que la défaite contre le Mexique (1-0), en clôture de la phase de groupes, a terni le bilan chiffré de l’équipe nationale. Elle s’explique par un large turnover voulu par le staff, déjà assuré de la qualification.
« Mais le 3e match a permis une revue d’effectif, étape importante pour préserver la cohésion du groupe, garder les remplaçants concernés et surtout offrir du repos aux titulaires afin de conserver de la fraîcheur pour les huitièmes de finale », explique à Médias24 Brahim El Yamani, spécialiste de la formation des jeunes et diplômé UEFA A de la Fédération française de football (FFF).
Dès lors, derrière des chiffres bruts peu reluisants se cache une réalité plus subtile. Le Maroc avance dans l’ombre, mais avec pragmatisme et une identité claire. Un groupe qui sait souffrir et parfaitement gérer ses temps faibles sans perdre sa cohérence et sa discipline tactique.
Une remarquable capacité à fournir des efforts ensemble
Avec 38,5 % de possession moyenne et 7,6 tirs par match, il serait faux de dire que le Maroc a dicté le tempo. Ses adversaires ont souvent eu le ballon, mais rarement les meilleures occasions.
« Le Maroc démontre une remarquable capacité à faire les efforts ensemble, à accepter de subir pendant de longues phases de jeu tout en restant concentré et solidaire. L’équipe alterne le jeu de possession, avec des phases de conservation, et un jeu rapide vers l’avant, axé sur la verticalité », souligne l’ancien directeur technique de la formation au Fath Union Sport et à l’Ittihad Riadi de Tanger.
En détail, offensivement, les 4 buts marqués pour 2,4 buts attendus illustrent cette capacité à maximiser chaque opportunité. Peu d’occasions, mais des choix justes, une exécution clinique et une lucidité dans la zone de vérité.

Cette efficacité offensive contraste avec une production plutôt moyenne dans le jeu. Peu de passes progressives et un volume de centres limité. Mais les hommes de Mohamed Ouahbi ont compensé par une excellente gestion des transitions et une intelligence situationnelle qui leur permet de frapper au bon moment.
Le fait que le Maroc ne soit pas dominant dans ces productions trouve un prolongement dans les chiffres relatifs à la construction du jeu. L’équipe nationale U20 ne brille pas par le volume de jeu.

Ses 78,7 % de passes réussies (20e) et ses 27,7 passes dans le dernier tiers (22e) traduisent une approche sélective des situations à exploiter. L’idée est d’aller à l’essentiel, d’éviter le risque, de privilégier la transition.
Yanis Benchaouch a évité deux buts
Sur le plan défensif, les chiffres racontent la même histoire. Le Maroc n’a encaissé que deux buts (2e meilleure défense du tournoi), mais a concédé 5,36 buts attendus contre (20e). Autrement dit, les Lionceaux de l’Atlas ont souvent été acculés, mais ont su tenir, portés par la discipline de leur bloc et la fiabilité de leur gardien.
Yanis Benchaouch a veillé à éviter deux buts à son équipe lors de la phase de groupe. Bien que le portier ait subi 11,8 tirs par match (7e), dont 4,4 tirs contrés (4e). Des contres qui traduisent une présence constante dans les zones chaudes, un engagement total dans les duels, même si les statistiques aériennes restent perfectibles (38,5 % de duels aériens gagnés, 19e).

Le Maroc ne presse pas haut, mais plutôt en bloc médian. Preuve en est, le nombre de passes permises par action défensive (20,2) qui le classe parmi les équipes les moins agressives dans le pressing. Mais le bloc-équipe défend intelligemment, en réduisant les espaces et en misant sur la réactivité à la perte.
Chaque ballon récupéré devient une occasion potentielle de déséquilibre. Chaque course est une arme. Ce n’est pas un football de possession, mais un football de maîtrise contextuelle, où chaque joueur sait ce qu’il doit faire selon le moment et la zone de récupération.
Ni flamboyant ni dominant, le Maroc avance pourtant avec constance. Il ne cherche pas à séduire, mais à exister par la cohérence. Et dans une compétition où la rigueur et la solidarité valent souvent plus que la virtuosité offensive, cette approche peut mener loin.
On ne gagne pas une compétition grâce à son attaque, mais en s’appuyant sur une défense d’airain. Pour l’instant, le Maroc en prend le chemin, d’autant qu’il a dans ses rangs Yassine Gessime, dont les fulgurances offensives magnifient les sacrifices défensifs de ses coéquipiers.

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