L’intervention de Nizar Baraka, secrétaire général du parti de l’Istiqlal et ministre de l’Équipement et de l’Eau, sur le plateau de l’émission « Nkonou Wadhine » (Soyons clairs) diffusée sur 2M était attendue. Face à la pression croissante des manifestations Genz212, sa prise de parole se voulait une « réponse claire de la majorité ».

Le ton a été donné dès les premières minutes. Lorsque le présentateur de l’émission Jamaâ Goulahsen‏ s’est adressé à lui en sa qualité de ministre, Nizar Baraka l’a immédiatement corrigé : « Je suis ici en tant que secrétaire général du parti de l’Istiqlal ». Cette distinction a immédiatement fait réagir sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes et activistes y ont vu une tentative de se défiler de ses responsabilités gouvernementales directes face à une crise qui interpelle l’exécutif dans son ensemble. « Il aurait dû parler en tant que leader d’un parti de la majorité et en tant que ministre », a résumé un commentaire.

Tout au long de l’émission, Nizar Baraka a défendu le bilan de l’exécutif, affirmant que « le gouvernement assume l’entière responsabilité de ce qui a été accompli, que ce soient les réussites ou les échecs« . Ce ton reste inhabituel tant nous sommes habitués à des responsables qui ne reconnaissent jamais les échecs.

Sur la santé : il a mis en avant les « efforts considérables » dans le cadre du chantier royal de la protection sociale, citant la construction de 1.000 centres de santé et d’un CHU par région, avec les ouvertures prochaines de ceux d’Agadir et Laâyoune. Il a toutefois nuancé ce bilan en reconnaissant le « déficit énorme » de 30.000 médecins, un problème structurel que le gouvernement tente de résorber en augmentant le nombre de diplômés.

– Sur l’emploi : concernant la promesse électorale de créer un million d’emplois, il a admis que sa réalisation était « difficile dans les conditions actuelles ». Il a imputé ces difficultés aux crises successives (sécheresse, guerre en Ukraine) et à « l’incapacité du secteur privé à suivre le rythme des investissements publics ». Pour les jeunes sans diplômes, il a évoqué le programme « Deuxième Chance », visant à les intégrer via la formation professionnelle.

– Sur l’eau et les infrastructures : en tant que ministre du secteur, il a affirmé être prêt « à tout moment à fournir des données précises sur les projets réalisés », soulignant que « parler de l’eau, c’est parler de la dignité des citoyens ». Il a également annoncé que son ministère avait lancé un « recensement complet des établissements scolaires en milieu rural non raccordés à l’eau potable » comme une priorité d’intervention rapide. Une bonne nouvelle.

Nizar Baraka a rappelé que le discours royal du 9 mars 2011 avait marqué un « tournant » en accordant de larges pouvoirs au gouvernement dans la gestion des politiques publiques. Dans une analyse du paysage politique, il a estimé qu’il n’existait « pas d’alternative claire » entre les partis, étant donné que tous avaient déjà participé à la gestion des affaires publiques par le passé.

« Le gouvernement a parfaitement compris le message envoyé par la jeunesse marocaine », a-t-il conclu, promettant des « décisions concrètes qui auront un impact direct sur le citoyen ».

Najwa Koukous (PAM) : « Les manifestations étaient attendues, le désespoir touche toute la société »

La parlementaire du PAM, Najwa Koukous, a de son côté affirmé lors de la même émission que les récentes manifestations n’avaient rien d’une surprise. « Elles n’étaient pas surprenantes, mais plutôt attendues », a-t-elle déclaré, soulignant que « le droit de manifester est un droit légitime garanti par la loi nationale et internationale ».

Pour la députée, il serait erroné de limiter le mécontentement à la seule « Génération Z« , dressant le portrait d’une société traversée par un malaise profond. « La phase actuelle est marquée par un état de frustration et de désespoir, qui n’est pas seulement vécu par les jeunes, mais qui touche de larges pans de la société », a-t-elle analysé. Selon elle, si la jeunesse marocaine a toujours été préoccupée par les affaires de son pays, le climat actuel a exacerbé les tensions.

Najwa Koukous a également pointé du doigt la crise de la représentation politique. Elle a qualifié le « désintérêt pour l’action partisane de phénomène inquiétant ». Selon elle, ce vide laissé par les partis politiques a été naturellement comblé par d’autres espaces. « Les réseaux sociaux sont devenus des espaces alternatifs pour exprimer les préoccupations sociétales et débattre des problèmes d’intérêt public », a-t-elle expliqué.

Dans une critique à peine voilée de la communication gouvernementale, dont son parti est membre, elle a reconnu une « disparité entre les ministres ». « Alors que certains font preuve de courage dans le dialogue et le débat, d’autres éprouvent des difficultés à communiquer, non seulement avec les citoyens, mais même au sein du Parlement », a-t-elle conclu, soulignant l’urgence pour les responsables politiques de renouer le contact avec une société qui exprime de plus en plus sa voix en dehors des cadres institutionnels.