La Bourse de Casablanca a procédé à la mise à jour de son indice Morocco Stock Index 20 (MASI 20), qui regroupe les vingt sociétés les plus représentatives du marché selon leur capitalisation flottante et leur liquidité.
Un indice encore marginal dans la gestion collective
Malgré la révision annoncée de sa composition, le MASI 20 reste davantage un indice d’observation pour le marché marocain. Les professionnels interrogés estiment que cette mise à jour aura un impact très limité, aussi bien sur les valeurs concernées que sur les portefeuilles institutionnels.
« En réalité, cette révision n’aura pas de véritable effet de marché », confie un broker dans une salle de marché. Selon lui, le MASI 20 demeure encore un indice jeune, peu utilisé dans les stratégies de gestion d’actifs.
« Les investisseurs, en particulier les OPCVM, ne s’y réfèrent pas beaucoup. La majorité d’entre eux continuent d’utiliser le MASI global ou d’autres indices sectoriels plus ancrés dans les pratiques », précise-t-il.
Les données collectées sur l’ensemble des OPCVM marocains confirment ce constat. Sur plus de 600 fonds recensés, seulement deux utilisent le MASI 20 comme indice de référence. À titre de comparaison, plus de soixante fonds se basent sur le MASI, une quinzaine sur le CFG25 flottant, et plusieurs dizaines sur les indices MBI (marché obligataire).
« Autrement dit, le MASI 20 reste quasiment absent des portefeuilles benchmarkés, ce qui explique pourquoi aucun flux technique notable n’est observé lors de sa révision », explique un gestionnaire d’actifs.
« Puisque cet indice est très peu utilisé comme repère de gestion, sa révision n’entraîne pratiquement aucun ajustement de portefeuille », poursuit notre interlocuteur.
« Les OPCVM n’ont pas besoin d’acheter ou de vendre les valeurs qui entrent ou sortent du MASI 20, car ils ne sont pas exposés à cet indice ».
L’impact se limite donc à une mise à jour technique sans conséquence sur les flux du marché. Même du côté des investisseurs étrangers, la révision passe inaperçue.
« Le MASI 20 n’a pas encore acquis le statut d’indice de référence à l’international. Les grands fonds étrangers suivent plutôt des indices mondiaux comme le MSCI Frontier Markets ou le FTSE CSE Morocco 15, beaucoup plus reconnus », précise le même professionnel.
Sortir du MASI 20 n’est pas un signe de désintérêt
« Le retrait d’une société du MASI 20 ne signifie pas nécessairement qu’elle a perdu en liquidité ou en attractivité. La révision prend en compte plusieurs critères, et certaines valeurs exclues ont simplement atteint un niveau de valorisation élevé, avec un potentiel de hausse déjà consommé. À l’inverse, les nouvelles entrantes disposent encore d’une marge de progression », analyse-t-il.
Dans ce sens, la révision du MASI 20 n’a pas d’effet concret sur les cours ni sur les portefeuilles. Elle s’inscrit davantage dans une démarche de mise à jour et d’harmonisation des indices, sans incidence réelle sur la dynamique du marché.
Par ailleurs, « la composition du MASI 20 repose sur un échantillon de travail élargi à 40 capitalisations, à partir duquel sont retenues les vingt valeurs qui présentent le meilleur équilibre entre poids boursier et liquidité effective », explique un analyste de la place.
« Autrement dit, la capitalisation seule ne suffit pas. Un titre peut être très valorisé en bourse, mais être écarté de l’indice s’il est peu échangé ou si son volume moyen de transactions reste inférieur à celui d’autres sociétés ».
« Ainsi, les valeurs sorties lors de cette révision ne sont pas nécessairement en perte de vitesse. Elles peuvent simplement avoir affiché un recul relatif de leur rotation sur le marché, c’est-à-dire un volume de transactions moins dynamique sur la période de référence. À l’inverse, certaines valeurs nouvellement intégrées, bien que de taille plus modeste, ont vu leur liquidité progresser, ce qui a renforcé leur éligibilité à l’indice ».
Ce mécanisme permet à la Bourse de Casablanca d’assurer que le MASI 20 reste représentatif des titres réellement actifs et facilement négociables, plutôt que de privilégier uniquement les grandes capitalisations. Il s’agit donc d’un ajustement méthodologique, destiné à maintenir la pertinence de l’indice comme reflet du marché, plus qu’un jugement sur la performance intrinsèque des sociétés concernées.
Au troisième trimestre 2025, plusieurs des valeurs ayant quitté l’indice présentaient une activité de marché plus calme que celle des nouvelles entrantes. HPS, par exemple, a enregistré un volume de 285 MDH pour environ 515.000 titres échangés, tandis que Mutandis SCA a totalisé 302 MDH de volume sur le trimestre. À titre de comparaison, Jet Contractors a traité près de 935 MDH, CMGP Group plus d’un milliard, et Sonasid plus de 284 MDH sur la même période.
« Ces écarts montrent que la liquidité effective pèse fortement dans la sélection finale. Les titres récemment intégrés se distinguent par un flux d’échanges régulier et soutenu, ce qui renforce leur représentativité au sein de l’indice. À l’inverse, les sociétés retirées conservent une capitalisation importante, mais leur présence en bourse s’est montrée plus discrète au cours des derniers mois ».
« Je pense que la révision du MASI 20 reflète aussi la nouvelle dynamique du marché, portée par le secteur du BTP et les grands projets liés à la CAN 2025 et à la Coupe du monde 2030. Ces chantiers créent une véritable effervescence autour des valeurs industrielles et de construction, ce qui se traduit naturellement dans la composition de l’indice », conclut notre analyste de la place.