La scène des droits de l’Homme au Maroc connaît un état d’alerte généralisée, à la suite de l’enlèvement par les autorités israéliennes de plusieurs militants marocains participant à la flottille « Soumoud » en direction de la bande de Gaza. Parmi eux figurent Aziz Ghali, ex-président de l’Association marocaine des droits de l’Homme(AMDH), ainsi que Abdeladim Ben Darraoui, Ayoub Habraoui, le militant Youssef Ghalal et le journaliste Younes Aït Yassine.

Alors que Habraoui, Ghalal et Aït Yassine ont été libérés après plusieurs jours de détention, Aziz Ghali et Abdeladim Ben Darraoui sont toujours détenus par les autorités d’occupation israéliennes, ce qui a déclenché une vague de colère et de condamnation dans les milieux des droits de l’Homme au Maroc, au milieu d’appels urgents à une intervention immédiate pour obtenir leur libération et garantir leur sécurité physique et psychologique.

Torture systématique

Plusieurs sources, y compris des témoignages de militants marocains libérés et des rapports d’organisations internationales des droits de l’Homme, ont indiqué que les détenus ont été soumis à de mauvais traitements systématiques dès leur arrestation, dans une scène qui rappelle les méthodes de torture que la communauté internationale a maintes fois condamnées.

Le militant marocain Ayoub Habraoui, l’un des libérés, a révélé des détails choquants sur ce qui s’est passé à bord des navires et après leur transfert à la prison de Ketziot. Il a déclaré que les participants ont subi des agressions physiques et verbales, ont été laissés pendant de longues heures en plein air sous un froid glacial, et ont été la cible d’insultes racistes et de propos injurieux.

Il a souligné que le militant Aziz Ghali a lui-même été victime de ces violations, ayant été « menotté et exposé à des coups de poing et de pied par les soldats de l’occupation ».

Les rapports du Centre des droits de l’Homme « Adalah » ont décrit leurs conditions de détention comme « dures et humiliantes », expliquant que les prisonniers ont été forcés de s’agenouiller ou de s’asseoir pendant des heures sous le soleil, ont eu les mains liées pendant de longues périodes, et ont été privés de sommeil en raison de l’éclairage continu et du bruit intense dans des cellules surpeuplées.

Les rapports ajoutent que les détenus ont été privés des soins nécessaires et de médicaments vitaux, et ont souffert d’une grave pénurie d’eau et de nourriture, ce qui a poussé Aziz Ghali et plusieurs autres activistes à entamer une grève de la faim illimitée pour protester contre les traitements dégradants en prison.

Révéler le sort des personnes enlevées

Ces développements ont provoqué une vague de condamnations. L’Association marocaine des droits de l’Homme a rapidement publié un communiqué condamnant « l’enlèvement » de son ancien président Aziz Ghali et de ses camarades par les autorités d’occupation israéliennes, dénonçant ce qu’elle a qualifié d' »inaction de l’État marocain dans la protection de ses citoyens ».

L’Association a affirmé que ces événements constituent « un traitement dégradant pour la dignité humaine et une violation flagrante des pactes internationaux », se fondant sur les témoignages des personnes enlevées et libérées qui confirment qu’elles ont été victimes de torture, de passages à tabac et de traitements humiliants.

L’AMDH a exigé la révélation immédiate du sort de Ghali et de son camarade Abdeladim Ben Darraoui, et leur libération sans condition, tout en dénonçant l’absence de toute action officielle marocaine malgré l’envoi d’une lettre directe au chef du gouvernement, restée sans réponse.

De son côté, l’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH) a exprimé dans un communiqué sa « profonde préoccupation » face à la détention de Aziz Ghali, considérant ce qu’il subit comme une atteinte grave aux droits et libertés fondamentaux, notamment la liberté de circulation et de participation à des initiatives humanitaires.

Les partis réagissent

Le secteur des droits de l’Homme du Parti socialiste unifié (PSU) a adressé une lettre ouverte au chef du gouvernement, au ministre des Affaires étrangères, aux présidents des deux chambres du Parlement, ainsi qu’à la présidente du Conseil national des droits de l’Homme, pour exiger une intervention urgente en vue de la libération immédiate de Aziz Ghali.

Dans le même contexte, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) a déclaré suivre « avec une grande préoccupation » la détention continue des militants marocains, exigeant leur libération immédiate et affirmant qu' »Israël porte l’entière responsabilité de leur vie et de leur intégrité physique et psychologique ».

Enfin, la Fédération de la gauche démocratique (FGD) a fermement condamné le « crime de piraterie » visant la flottille, considérant la détention continue des citoyens marocains comme « une agression flagrante contre la dignité et la souveraineté du peuple marocain ».