Face à la vague de contestations menée par la « Génération Z », les membres du gouvernement ont multiplié les sorties médiatiques pour tenter d’apaiser la colère et de rassurer l’opinion publique.

Karim Zidane, ministre de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques, a reconnu ce lundi 9 octobre que le système national de santé fait face à un « lourd héritage d’accumulations et de dysfonctionnements structurels », résultant de politiques antérieures qui n’ont pas réussi à atteindre l’efficacité requise. Il a affirmé que « la reconnaissance de l’ampleur de ces défaillances est la première étape vers une véritable réforme ».

Dans ses déclarations lors de l’émission « LKelma Likoum » sur Radio 2M, M. Zidane a expliqué que le personnel médical et paramédical déploie des efforts considérables et travaille avec dévouement et responsabilité malgré les contraintes. Cependant, « certains comportements individuels nuisent à l’image du secteur et créent un fossé de confiance entre le citoyen et le service de santé ».

Le ministre a souligné que la réforme du système de santé nécessite une « vision globale et un temps suffisant pour corriger la trajectoire ». Il a néanmoins indiqué que le gouvernement prendra des « mesures urgentes pour traiter les problèmes quotidiens accumulés par la négligence au fil des ans ».

Zidane a conclu en insistant sur le fait que la réalisation d’une réforme « efficace et durable exige l’ancrage des principes de bonne gouvernance et de gestion rationnelle à tous les niveaux du système, afin de garantir l’équité et la qualité des services de santé fournis aux citoyens ».

Mustapha Baitas : « Le gouvernement est engagé sur les réformes, mais elles demandent du temps »

Le gouvernement est à l’écoute et à l’œuvre. C’est le message principal délivré par Mustapha Baitas, porte-parole du gouvernement, en réponse aux récentes manifestations. Il a assuré dans une interview sur la chaine Al Arabiya que les demandes de la jeunesse, bien que « non nouvelles », sont au cœur des préoccupations de l’exécutif, qui a déjà engagé des réformes structurelles.

Le ministre a détaillé les efforts budgétaires consentis, rappelant que le budget de la santé est passé de 20 milliards de DH en 2020 à 33 milliards cette année, et a mis en avant la construction d’infrastructures comme les CHU régionaux et les écoles pionnières. Il a également souligné les « augmentations importantes » de salaires dans la fonction publique, issues du dialogue social, portant le salaire minimum dans le public à 4.500 DH.

Cependant, il a insisté sur le fait que ces réformes se heurtent à un « héritage lourd » et à des « accumulations de décennies », ce qui explique pourquoi les résultats ne sont pas encore pleinement ressentis par les citoyens. « La réforme demande du temps, c’est ce dont nous avons besoin à l’heure actuelle », a-t-il déclaré.

Interrogé sur les appels à la démission et à la reddition de comptes, Mustapha Baitas a défendu la solidité des institutions marocaines. « Le Maroc est un pays ancien, un pays d’institutions et de démocratie », a-t-il affirmé, rappelant que le Parlement, la presse et les mécanismes de contrôle « fonctionnent avec efficacité ». Il a ainsi rejeté l’idée que le pays aurait besoin de « leçons » en matière de gouvernance, tout en se disant ouvert à un « dialogue direct » avec les jeunes pour expliquer les réformes et écouter leurs propositions.

Mezzour : « Le gouvernement assumera ses responsabilités jusqu’à son dernier souffle et ne se dérobe pas à la reddition de comptes »

Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a également commenté les appels à la démission du gouvernement en déclarant : « Aujourd’hui, nous sommes dans une position de responsabilité et nous l’assumerons pleinement jusqu’au bout. Nous sommes un pays d’institutions, et celui qui révoque le gouvernement est bien connu. Tant que nous serons en responsabilité, nous l’assumerons jusqu’à notre dernier souffle. » Il a ajouté que le gouvernement fait face à l’obligation de rendre des comptes quotidiennement et ne s’y dérobe pas.

Concernant les récentes manifestations menées par la « Génération Z », M. Mezzour a affirmé, lors de son passage à l’émission « Maa Belhissi », que les jeunes du Maroc expriment un grand intérêt pour ce qui nuit au citoyen marocain et sont entrés dans l’arène du débat et de la protestation de manière pacifique. Il a ajouté : « Nous avons vu des jeunes cultivés et conscients sortir pacifiquement, et cela est rassurant pour l’avenir du pays. »

Mezzour a noté que « quelques dérapages dangereux ont eu lieu, mais les autorités sécuritaires ont fait leur devoir, et aujourd’hui, la contestation a pris une tournure positive, les jeunes annonçant les lieux de leurs manifestations et scandant leurs slogans de manière organisée. Nous continuons de les écouter et nous avons demandé l’ouverture d’un dialogue, même si certaines demandes sont parfois déraisonnables. »

Le ministre a expliqué que « chaque manifestation a sa spécificité, mais ce qui est rassurant, c’est que les jeunes entrent avec force dans le débat public et expriment les problèmes de tous les Marocains, pas seulement des problèmes catégoriels ou locaux ». Il a insisté sur le fait que cette tranche d’âge « est consciente de l’importance de la liberté et des services publics, et demande des réformes claires dans l’éducation et la santé ».

« Le rôle du gouvernement est de poursuivre les réformes, de fournir des réponses aux citoyens et de développer les systèmes de santé et d’éducation, et c’est ce à quoi nous travaillons malgré toutes les difficultés », a-t-il affirmé. Il a noté que « la plus grande erreur a peut-être été de ne pas suivre les réformes dans leur phase de transition. Alors que nous construisons des hôpitaux et des centres éducatifs, le citoyen est confronté quotidiennement à l’insuffisance des services et ressent un déséquilibre entre ce qu’il voit dans les médias et ce qu’il vit sur le terrain ».

Concernant les critiques visant les infrastructures sportives, M. Mezzour a expliqué que « celui qui formule de telles critiques se tire une balle dans le pied, car l’investissement destiné aux stades n’est pas prélevé sur le budget de la santé ». Il a précisé que « la rapidité de réalisation a également été observée en ce qui concerne les hôpitaux », ajoutant que « des budgets importants sont dirigés vers la santé et l’éducation, mais ils doivent être renforcés davantage par la création de richesse supplémentaire ». Il a insisté sur le fait que « les grands investissements augmentent l’attractivité du pays et augmentent les recettes fiscales, qui peuvent être utilisées pour augmenter le budget de la santé ».

Il a ajouté que « l’hôpital public est un pilier fondamental du service de santé au Maroc et sert tous les citoyens, pas seulement les pauvres. Il dispose d’équipements qui ne sont pas disponibles dans le secteur privé. Cependant, le défi réside dans la gestion, la garantie de la dignité de chaque usager du système, et la lutte contre les lobbies et les pratiques quotidiennes qui entravent la prestation de services ».

Il a souligné que la situation sanitaire « exige une compréhension des intérêts qui y sont liés, dont certains doivent être combattus », indiquant qu' »il y a des lobbies dans le secteur, mais aussi des pratiques qui commencent chez le simple citoyen au bas de la pyramide jusqu’au sommet ». Il a conclu que « ces questions doivent faire l’objet de solutions pour que chacun trouve son confort et sa dignité ».