Deux décennies après sa dernière participation à la Coupe du monde U20, le Maroc a poussé le mimétisme avec l’édition 2005 jusqu’à atteindre les huitièmes de finale où il rencontrera encore une fois un pays asiatique, la Corée du Sud.

Ce sera dans la nuit de jeudi à vendredi, à minuit, sous les projecteurs de l’Estadio El Teniente, à Rancagua, au Chili. La dernière fois que l’équipe nationale s’était invitée sur la scène mondiale de la catégorie, le Maroc avait fait vibrer tout un pays jusqu’aux demi-finales, après avoir écarté le Japon en huitièmes (1-0).

Vingt ans plus tard, l’histoire semble vouloir se répéter. D’autant que la seule équipe africaine encore en lice pourrait croiser l’Italie en quart, comme il y a vingt ans. Mais trêve de nostalgie.

Savourer l’instant est un cadeau, c’est pour cela qu’on l’appelle « présent ». L’actualité ce n’est ni le Japon et encore moins l’Italie. Tous les esprits sont tournés vers la Corée du Sud.

Coupe du Monde U20. Tableau matchs Maroc Corée du Sud

Un adversaire abordable sur le papier

Sur le papier, c’est l’adversaire le plus abordable que le Maroc a croisé jusqu’ici. Un constat piégeux. Parce que la tentation est grande, pour de jeunes joueurs, de baisser légèrement la garde après avoir affronté des nations du calibre du Brésil ou de l’Espagne.

Même s’il est souvent inconscient, ce manque de rigueur peut être fatal au Maroc et galvaniser les Coréens. On l’avait d’ailleurs entrevu lors de la défaite face au Mexique en phase de groupes.

Certes, il y a eu un large turnover, mais certains relâchements individuels ont suffi à faire pencher la balance et à provoquer un revers qui prend des allures de piqûre de rappel parce qu’il ne faut jamais sous-estimer son adversaire.

Mais à cet âge, autant l’insouciance et la légèreté sont des atouts pour gérer la pression inhérente à ce genre de rendez-vous couperet, autant elles peuvent devenir un piège lorsqu’elles se transforment en excès de confiance.

Tout simplement car la maturité émotionnelle des Lionceaux de l’Atlas est loin de son apogée. Le rôle du staff dirigé par Mohamed Ouahbi sera essentiel afin de trouver les bons mots pour dégonfler les têtes et ramener tout le monde sur terre.

Le talent ne suffit pas sans constance. Parce que le dilemme avec les joueurs de cet âge est qu’ils apprennent non seulement à être brillants parfois mais tout le temps.

Qui plus est, face à une nation qui maîtrise l’art du contre-pied dans cette compétition. En effet, la Corée du Sud n’est pas novice à ce stade du tournoi.

En 2019, les U20 coréens avaient terminé vice-champions du monde, en Pologne, dans le sillage de l’actuel coéquipier d’Achraf Hakimi au Paris Saint-Germain, Lee Kang-in, premier Coréen à remporter le Ballon d’or lors d’une Coupe du monde de la catégorie.

Quatre ans plus tard, la Corée du Sud s’était hissée jusqu’en demi-finales du Mondial U20, en Argentine. Mais, dans cette catégorie d’âge, les certitudes d’hier n’offrent jamais de garanties pour demain. En cause, un renouvellement générationnel qui semble faire plus de mal que de bien aux Coréens.

Une génération moins talentueuse

Sous la houlette de Lee Changwon, sélectionneur chevronné qui a passé plus de dix ans à former de jeunes footballeurs, la Corée du Sud ne doit sa qualification au second tour qu’à une place de meilleur troisième. Alors que lors des deux précédentes éditions, elle avait à chaque fois bataillé jusqu’au bout pour les deux premières places.

Mais pour sa 17e participation à l’événement planétaire, la Corée du Sud a éprouvé toutes les difficultés du monde à s’extirper d’un groupe relativement équilibré, en compagnie de l’Ukraine, du Paraguay et du Panama.

Le pays d’Asie de l’Est a dû attendre sa victoire contre le Panama (2-1) lors du dernier match pour composter son billet pour les huitièmes, après avoir subi un revers d’entrée face à l’Ukraine, avant de concéder le nul contre le Paraguay.

Après analyse de ces deux matchs, la Corée du Sud apparaît comme une équipe dépourvue de véritables fulgurances offensives. Le système en 1-4-4-2 fait la part belle aux débordements des ailiers mais aussi à une forte présence dans la surface de réparation sur les centres.

Les attaquants axiaux, dont Kim Taewon, sacré meilleur buteur de la dernière Coupe d’Asie U20, possèdent un bon jeu de tête et un sens du déplacement intéressant, notamment grâce à des appels bien sentis dans le dos des défenseurs centraux.

Les appels des attaquants dans le dos de la défense seront à surveiller pour la défense de l’EN

L’arrière-garde de l’EN sera justement attendue dans sa capacité à gérer la petite comme la grande profondeur et être vigilante lorsque l’ailier droit, Byung-Wook Choi, rentre sur son pied pour distiller des centres ou des passes en profondeur.

L’autre clé de la rencontre sur le plan défensif pour les Lionceaux de l’Atlas réside dans leur faculté à se montrer impériaux dans les duels aériens sur coups de pied arrêtés, une situation de jeu où les Coréens sont très dangereux.

Ce n’est pas un hasard si deux de leurs trois buts dans la compétition ont été inscrits sur des phases arrêtées.

Offensivement, l’équipe coréenne manque globalement d’idées et de créativité, s’appuyant sur des stratégies plutôt rudimentaires. Ils cherchent invariablement à combiner sur les côtés, mais peinent à surprendre leurs adversaires.

En témoigne leur score cumulé de xG (2,2), l’un des plus faibles parmi les 24 équipes engagées dans le tournoi (23ᵉ). D’ailleurs, ils n’ont tenté que 24 tirs jusqu’ici (21e) en près de 300 minutes de jeu.

Manque de compacité du bloc et relances hasardeuses

Défensivement, le tableau n’est pas plus reluisant. Quand votre gardien est considéré comme votre joueur phare, cela en dit long sur les forces et faiblesses de votre équipe.

Sauf que Hong Sungmin n’est pas très bien protégé par sa défense. Plusieurs raisons à cela. De l’analyse des deux premières rencontres de la phase de groupe ressort une tendance à être en dilettante lors de la relance avec des passes imprécises ou mal appuyées, en particulier dans l’axe.

La coordination défensive sur le côté gauche entre le latéral et l’ailier laisse également à désirer, d’autant que l’une des consignes défensives consiste à demander à leurs latéraux de monter haut sur les attaquants excentrés adverses.

Cette attitude crée souvent un décalage dans le dos de ces derniers car l’implication défensive des ailiers n’est pas un modèle du genre, une faille parfaitement exploitée notamment par l’Ukraine.

En outre, les Coréens ont des lacunes en termes d’agressivité défensive et de compacité du bloc. Ils éprouvent des difficultés à maintenir une discipline tactique tout au long de la rencontre.

Cette capture d’écran ne montre pas un cas isolé. Elle illustre une séquence de jeu récurrente, où le bloc-équipe de la Corée du Sud manque de compacité, apparaissant totalement désorganisé et scindé en deux.

Sans oublier les lacunes des défenseurs centraux en termes de vitesse. Par exemple, Ham Sunwoo est souvent en grande difficulté lorsqu’il doit se retourner puis accélérer en vue de rattraper un attaquant lancé.

Des brèches dont se nourrissent des attaquants du profil de Gessime Yassine, Othmane Maama et Yassir Zabiri. Mais d’un autre côté, cela ressemble parfaitement à un match piège pour l’EN, avec un scénario à éviter. Celui où l’équipe nationale s’épuise à courir derrière le score.

 

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