Trois jours après avoir gravi la colline sud-coréenne en huitièmes de finale de la Coupe du monde U20, ce sont les États-Unis, un col hors catégorie, qui se dressent devant le Maroc, en quart, ce dimanche 12 octobre (21h), à l’Estadio El Teniente de Rancagua, au Chili.
Il ne faut pas être forcément devin pour affirmer que le vainqueur de cette affiche a de grandes chances d’atteindre la finale et même de soulever le titre.
D’abord, car l’équipe qui se qualifiera croisera la France ou la Norvège en demi-finale. Deux adversaires potentiels qui ont atteint ce stade du tournoi sans convaincre grand monde.

Ensuite, parce que le Maroc comme les États-Unis sont les deux révélations de cette édition du Mondial U20. On ne donnait pas cher de la peau des Lionceaux de l’Atlas dans un groupe C très relevé.
Mais, les deux victoires coup sur coup face à l’Espagne et au Brésil ont révélé des ressources insoupçonnées dans le groupe marocain. Parce qu’il ne suffit pas d’avoir du talent sur le papier, il faut surtout réussir à l’exprimer sur le pré.
Le quart de finale de ce soir opposera deux groupes qui se valent
Les hommes de Mohamed Ouahbi ont démontré non seulement une maîtrise technique, mais aussi une maîtrise émotionnelle rare, surtout pour des joueurs qui ont obtenu le droit de vote depuis moins de deux ans.
De l’autre côté, les finalistes du Championnat U20 de la Concacaf 2024 ont impressionné par leur force de frappe offensive (16 buts en quatre matchs).
Ils en ont mis neuf à la Nouvelle-Calédonie, avant de battre la France (3-0) lors de la phase de groupe. Un tableau terni seulement par la défaite face à l’Afrique du Sud (2-1).

En somme, le quart de finale de ce soir opposera deux groupes qui se valent. Si des ajustements sont attendus, notamment en phase défensive pour contenir les nombreuses menaces adverses, Mohamed Ouahbi assure que ses joueurs ne vont pas pour autant jouer petits bras.
« Nous adopterons le même style de jeu et la même approche qui nous ont permis d’obtenir des résultats positifs jusqu’ici ». On serait tenté d’ajouter qu’il faudra également davantage de phases de possession.
Et pour cause, il ne faudra surtout pas réitérer ni l’entame du match ni les vingt dernières minutes de la deuxième mi-temps face à la Corée du Sud.
Des périodes émaillées par des prises de risques inutiles et des difficultés à poser le jeu, à éviter de se faire peur et surtout à ne pas redonner confiance à l’adversaire. De toute façon, le staff de l’équipe nationale ne s’avance pas dans l’inconnu.
« Nous avons déjà affronté l’équipe des États-Unis. Nous connaissons bien les capacités de ses joueurs et ce qu’ils peuvent produire sur le terrain », a souligné M. Ouahbi.
Des matchs où le Maroc a d’abord été surpris en subissant une lourde défaite (4-1) avant de se reprendre pour décrocher un match nul (0-0). Mais au fond, ces deux rencontres sont incomparables avec celle de ce soir.
Ne serait-ce qu’au regard du renouvellement de l’effectif qu’a dû opérer le staff de l’équipe nationale au moment de constituer son groupe, en raison de l’absence de plusieurs joueurs. Certains ont été retenus par leurs clubs tandis que d’autres ont tout bonnement décliné la convocation.
Le groupe est prêt mentalement et physiquement
En tout cas, ceux qui sont présents actuellement au Chili seront tous en état de forme pour relever le défi qui attend l’équipe nationale. « Le groupe est prêt mentalement et physiquement pour disputer ce match décisif », affirme Ismaïl Baouf.
Il n’en faudra pas moins pour espérer éliminer les Stars and Stripes, qui disputent leur 18e édition du Mondial U20. « Seul le Brésil en compte davantage. Les États-Unis ont atteint les quarts de finale des quatre derniers tournois », indique la Fédération internationale de football.
Cela dit, ce n’est certainement pas le passé qui conditionnera le présent et l’avenir des deux équipes. L’issue de la rencontre dépendra de la capacité des joueurs à imposer leur rythme, à saisir les moindres opportunités et surtout à gérer leurs temps faibles.
Les États-Unis possèdent plusieurs cordes à leur arc. Ils savent quasiment tout faire. Défendre en bloc haut, médian ou bas, dérouler leur jeu de possession et construire patiemment leurs actions, mais également jouer rapidement les transitions vers l’avant.
Plus intéressant encore, leur positionnement n’est pas figé dans le marbre. Leurs joueurs n’hésitent pas à permuter, à dépasser leur fonction et à s’adapter au jeu, ce qui témoigne d’une grande intelligence situationnelle.
Le fait que Benjamin Cremaschi, le milieu de terrain auteur de cinq buts et deux passes décisives jusqu’ici, soit le joueur le plus décisif de son équipe et du tournoi constitue une preuve irréfutable de son impact.
« L’équipe américaine se distingue par la rapidité de ses joueurs, leur vivacité et leurs changements de position constants », insiste Mohamed Ouahbi.
Par exemple, leurs latéraux n’hésitent pas à rentrer dans le cœur du jeu pour apporter du surnombre au milieu de terrain et laisser de l’espace à l’ailier pour s’exprimer.
Un peu comme Achraf Hakimi au Paris Saint-Germain. Leur trio au milieu de terrain n’est pas statique. Il se déplace et se déforme pour s’adapter à la situation de jeu.
Que ce soit pour créer des surnombres en défense ou sur les côtés, faciliter la sortie de balle, ouvrir des lignes de passe ou se projeter rapidement vers l’avant.
À ce titre, les Marocains seront attendus sur leur capacité à conserver une structure et un bloc défensif compact, tout en contrôlant les différents déplacements auxquels ils auront à faire face. La communication entre les joueurs sera l’une des clés pour y parvenir.
En outre, le staff de l’équipe nationale aura à charge de réduire l’influence de Brooklyn Raines sur la progression du jeu de son équipe. Premier relanceur et véritable plaque tournante au milieu de terrain, il ne doit surtout pas se retrouver dans un fauteuil. Les Italiens l’ont payé très cher en huitièmes de finale (3-0).

Un bloc équipe compact, mais exposé à l’opposé
L’autre aspect que les Italiens n’ont pas réussi à suffisamment exploiter réside dans la compacité du bloc défensif des États-Unis. Vu comme ça, on pourrait croire que c’est une force plutôt qu’une faiblesse.
En effet, défensivement, le bloc équipe des États-Unis est compact. Les distances entre les joueurs et les lignes sont très réduites, ce qui leur permet de récupérer rapidement le ballon.
D’ailleurs, c’est l’une des quatre équipes à laisser l’adversaire faire le moins de passes par possession (7,7). Mais, chaque stratégie a aussi ses inconvénients, sinon, tous les matchs se termineraient par d’ennuyeux scores vierges.
Celle consistant à opposer à l’adversaire une énorme densité a pour effet de dépeupler une partie du terrain à l’opposé. L’Italie a failli ouvrir le score sur une situation de jeu similaire.

C’est une piste sérieuse à creuser, d’autant que l’équipe nationale possède de sérieux atouts en termes de dribble et de vitesse sur les flancs, qu’il faudra exploiter grâce à des renversements de jeu rapides.
Enfin, le Maroc devra parfois jouer à contre-nature, en essayant d’allonger et d’être présent à la retombée du deuxième ballon. Une séquence de jeu sur laquelle la défense américaine s’est montrée fébrile à de multiples reprises.