La dernière fois que le Maroc n’a pas gagné un match, c’était il y a plus d’un an et demi, le 26 mars 2024, contre la Mauritanie (0-0). Depuis, l’équipe nationale a enchaîné quinze victoires consécutives.

Les hommes de Walid Regragui égalent ainsi l’Espagne de la fin des années 2000, qui avait elle-même dépassé le Brésil (1997), la France (2003-2004) et l’Australie (1996-1997), dont les séries s’étaient arrêtées à quatorze succès d’affilée.

En cas de victoire contre la République du Congo, ce mardi 14 octobre au Complexe Prince Moulay Abdellah de Rabat (20 h), le Maroc écrira donc une page inédite dans le livre des records du football mondial.

Il est vrai que le Maroc n’a pas pris le même chemin que l’Espagne pour arriver au même endroit. La Roja avait affronté des adversaires d’un autre pedigree pour établir un record qui ne devrait toutefois pas tenir plus longtemps.

En raison des fortes probabilités que le Maroc l’emporte ce soir face à une République du Congo dont la qualification à la Coupe du monde 2026 est d’ores et déjà compromise.

Un record, mais deux époques différentes

Cependant, comparer les exploits d’une époque à une autre reste un exercice délicat. Le football évolue à la vitesse grand V.

Les contextes changent, mais les exigences demeurent. Et il ne faut pas oublier que le Maroc ne choisit pas ses adversaires en phase de qualification. Il affronte ceux que le tirage lui désigne.

D’autant qu’aujourd’hui, battre n’importe quelle équipe n’a rien d’évident. Le niveau moyen mondial s’est considérablement élevé, les « petites » nations ne le sont plus vraiment, et chaque match demande rigueur et concentration.

Les méthodes d’entraînement, la préparation physique, la tactique et même la mentalité des joueurs ont évolué sur tout le continent africain, et ne sont plus les mêmes qu’il y a une quinzaine d’années.

Peut-être que dans un siècle, lorsque les générations futures se retourneront pour analyser ce record, s’il tient encore, les équipes qui sont aujourd’hui au fond du classement FIFA seront encore plus fortes demain.

« C’est pour cela qu’un record est un record », affirme à Médias24 Jean-Marc Nobilo, directeur du football dans plusieurs pays (Liban, Guinée…) et ancien manager des sélections du Bénin notamment.

L’ancien directeur technique de l’Académie du Raja estime que le record qui est en passe d’être battu témoigne de la force collective, de la rigueur et du mental d’acier qui sont désormais la marque de fabrique des Lions de l’Atlas.

Car malgré le renouvellement d’une large partie de l’effectif des Lions de l’Atlas ces derniers mois, « ce record est un gros indicateur de performance et une illustration du très haut niveau atteint par le Maroc », insiste-t-il. Qui plus est, dans le football de sélection, où le temps est un luxe.

Pendant que les sélectionneurs dirigent une vingtaine de séances d’entraînement réparties sur cinq rassemblements par an, les entraîneurs de club les cumulent en un mois. Ce qui en dit long sur la difficulté de créer des automatismes et une cohésion durable en sélection.

« Le temps des sélectionneurs est limité. Ils ont trois jours pour former une équipe et préparer un match, quand ils en ont. Donc ils doivent être hyper efficaces dans le choix des joueurs et dans ce qu’ils font à l’entraînement », confirme Jean-Marc Nobilo.

« Ils doivent combiner plusieurs aspects pour préparer leurs matchs », reprend-il. « Il y a le terrain, la partie vidéo qui est hyper importante, et la partie data ». Une recette qui a fait le succès du sélectionneur national, Walid Regragui. 

Au haut niveau, quoi qu’on en dise, la priorité, c’est le résultat

Un technicien dont le travail est parfois sous-estimé, selon notre interlocuteur. « Je suis fan de Walid Regragui, parce que d’abord, il a des résultats exceptionnels. Il fait une demi-finale de Coupe du monde. Là, il va être sur un record. Il a été parmi les premiers qualifiés au Mondial 2026″, énumère-t-il.

« Aujourd’hui, son bilan en termes de résultats est assez fantastique », s’enthousiasme Jean-Marc Nobilo, qui ne comprend pas forcément la pluie de critiques sur le fond de jeu de l’équipe nationale.

« C’est un peu sévère, parce que le Maroc tourne à trois buts de moyenne par match. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Et au haut niveau, quoi qu’on en dise, la priorité, c’est le résultat. L’idéal, bien sûr, c’est d’allier le style de jeu et la performance, mais au haut niveau, c’est le résultat qui prime. Et à travers ce prisme, personne ne peut lui faire un seul reproche ».

Equipe Nationale avant Maroc Congo
Record: 15 victoires consécutives

En outre, il ne suffit pas d’avoir de bons joueurs, il faut aussi les convaincre d’adhérer à un projet et à une vision commune. « Walid Regragui dispose de joueurs de très haut niveau. Mais il lui fallait créer un groupe, un état d’esprit, donner des bases tactiques solides, un plan de jeu », ajoute Jean-Marc Nobilo.

Alors comment le sélectionneur arrive-t-il à les garder en éveil quand l’enjeu diffère d’un match à l’autre ? « C’est un coach très exigeant dans le travail, mais qui, d’après ce que je ressens de l’extérieur, doit aussi avoir une très bonne relation avec les joueurs », avance-t-il. « Je pense qu’à chaque début de stage, il cadre bien les objectifs, à la fois dans le comportement, l’état d’esprit et la performance ».

Enfin, le débat sur le pedigree des adversaires a également enflammé les réseaux sociaux, certains minimisant la portée d’un éventuel record marocain en comparaison à celui de l’Espagne.

« Quinze victoires d’affilée, que ce soit en Europe, en Afrique, en CONCACAF ou en Asie, ça reste un record, et respect pour ce record », conclut notre interlocuteur. En somme, une victoire contre la République du Congo, ce mardi 14 octobre, mettrait tout le monde d’accord.