En leur offrant des formations ciblées et des outils concrets, ElleMoutmir permet aux femmes rurales de diriger, d’innover et de transformer leurs pratiques agricoles. L’objectif est de réduire les inégalités de genre, améliorer les revenus des ménages et contribuer à la sécurité alimentaire, tout en protégeant l’environnement.

Le programme s’adresse à quatre groupes :

– Les agricultrices, pour améliorer les rendements et la gestion des ressources.

– Les revendeuses d’intrants agricoles, pour renforcer leur rôle dans la chaîne de valeur.

– Les coopératives féminines, pour structurer leur gouvernance et faciliter l’accès aux marchés.

– Les jeunes leaders rurales, pour encourager l’entrepreneuriat féminin.

Le programme repose sur trois piliers :

– Centrer l’action sur l’agricultrice, en co-construisant des solutions adaptées à ses réalités.

– S’appuyer sur la science, pour stimuler l’innovation et la résilience.

– Adopter une approche systémique, en impliquant chercheurs, industriels, institutions et agriculteurs.

ElleMoutmir propose des formations en gestion, en compétences douces (soft skills) et en pratiques agricoles, ainsi qu’un accès à la mécanisation et à des outils numériques tels que :

  • @tmar, application d’accompagnement agricole.
  • Minassat Attakwin 3an Bou3d, plateforme de formation à distance.
  • Agripedia, encyclopédie digitale de bonnes pratiques.
  • T@swiq, marketplace reliant directement les producteurs aux marchés.

Les coopératives féminines au cœur du changement

C’est dans une atmosphère empreinte de fierté et de détermination qu’a eu lieu la 18ᵉ édition d’Al Moutmir Open Innovation Lab, organisée à l’UM6P de Benguérir à l’occasion de la Journée internationale des femmes rurales.

Le thème de cette édition, « Coopératives agricoles portées par les femmes : le pouvoir collectif pour une agriculture durable et inclusive », a réuni chercheuses, agricultrices, institutions et acteurs économiques autour d’un même objectif : reconnaître le rôle crucial des femmes dans la sécurité alimentaire, la lutte contre le changement climatique et le développement territorial.

Les débats ont mis en lumière les avancées mais aussi les obstacles persistants : accès limité au foncier, au financement et à la formation.

Parmi les intervenantes : Jamila Adani, directrice du Développement agricole d’Al Moutmir, et Aïcha Errifaai, directrice générale de l’ODECO, qui ont plaidé pour davantage de synergies et une meilleure prise en compte des besoins spécifiques des femmes rurales.

Des engagements ont été pris pour mieux accompagner les coopératives féminines, documenter leurs besoins et mesurer l’impact des actions engagées.

Le modèle coopératif : un levier puissant mais perfectible

Selon Aïcha Errifaai, DG de l’ODECO, près de 30% des 536.000 membres de coopératives agricoles sont des femmes, réparties dans 3.660 coopératives exclusivement féminines.

Elle y voit un modèle en parfaite adéquation avec la tradition d’entraide des femmes rurales, mais souligne que la qualité doit primer sur la quantité.

« Ce n’est pas le nombre de coopératives qui compte, mais leur impact », a-t-elle insisté, citant l’exemple de l’Espagne, où un réseau plus restreint de coopératives génère une valeur économique bien supérieure.

De son côté, Meriem Ouennassiri, cheffe du bureau d’ONU Femmes au Maroc, a salué cette dynamique de leadership féminin. Elle a rappelé le rôle des femmes rurales comme gardiennes d’un savoir-faire ancestral et pionnières dans l’innovation, notamment à travers le tourisme rural et l’artisanat.

Des obstacles systémiques persistants

Asmae Alaoui Chahid, cheffe de division du genre au ministère de l’Agriculture, a dressé un tableau lucide des freins structurels :

– L’analphabétisme (près de 48%) et l’abandon scolaire.

– Les normes sociales, qui enferment les femmes dans la sphère domestique.

– L’accès au financement, encore restreint faute de garanties.

– Le foncier, considéré comme la contrainte majeure : « Les droits s’arrachent, ils ne se donnent pas », a-t-elle lancé.

– La voix du terrain : âge, transmission et reconnaissance.

Les témoignages des présidentes de coopératives ont apporté une dimension humaine au débat. Fatima Ezzaoui (Khénifra) a évoqué la question de l’âge : « Cet âge que vous nous imposez nous limite », a-t-elle déclaré, plaidant pour la reconnaissance du rôle des femmes plus âgées, détentrices d’un savoir patrimonial précieux. Fatiha El Harti (Khémisset) a pointé la lourdeur des procédures administratives, tandis qu’Ihssane Hamoudane (Chefchaouen) a appelé les institutions à davantage de proximité avec le terrain, à l’image d’Al Moutmir.

Face à ces interpellations, Aïcha Errifaai (ODECO) a clarifié qu’il n’y a « pas d’âge limite » pour adhérer à une coopérative, distinguant l’adhésion des critères spécifiques à certains prix. Elle a aussi annoncé la digitalisation prochaine du processus de création des coopératives, en partenariat avec le ministère de la Justice, pour éviter aux femmes de longs déplacements.

Pour sa part, Asmae Alaoui Chahid, du ministère de l’Agriculture, a rappelé que la stratégie genre et la budgétisation sensible au genre sont désormais intégrées à la loi de finances, avec des indicateurs de suivi précis.