C’est un temps que les moins de vingt ans n’ont pas connu. En 2005, le Maroc avait atteint la demi-finale du Mondial U20. Un exploit isolé, au cœur du marasme dans lequel pataugeait alors le football national.

Deux décennies plus tard, le Maroc retrouvera la France dans le dernier carré de la compétition, ce mercredi 15 octobre (21 h) à l’Estadio Elías Figueroa Brander de Valparaíso, au Chili.

Mais ce parcours n’a pas la même résonance. Pour les supporters comme pour les joueurs, atteindre ce stade de la compétition relève presque de la normalité. La demi-finale du Qatar, en 2022, a relevé à jamais le seuil des attentes des supporters marocains. 

« Le groupe n’était pas dans l’euphorie le lendemain de la qualification. Les joueurs étaient calmes et conscients qu’on ne veut pas s’arrêter là », confiait Mohamed Ouahbi au micro de la Fédération royale marocaine de football (FRMF).

« Même le staff n’était pas surpris. C’était un de nos objectifs. Nous avons travaillé dur pour en arriver là. Il n’y a pas de surexcitation, car on veut beaucoup plus », a ajouté le sélectionneur, qui se déleste volontiers du statut d’épouvantail du Mondial chilien.

« On ne rentre pas dans les débats de favoris ou pas. Ce qui nous importe, c’est de fournir des efforts, de courir ensemble et de se battre sur le terrain”, a-t-il insisté. 

Le technicien marocain sait que le plus dur reste à venir, surtout face à « une nation qui a l’habitude d’atteindre ce niveau et possède des joueurs de qualité ».

Difficile, en effet, d’être confiant à 100%, quand on sait que les U20 français avaient battu deux fois le Maroc en octobre 2024 (4-3, 5-4).

Mais ces victoires avaient été obtenues avec les meilleurs éléments de la génération (Atangana, Bouaddi, Kumbedi ou encore Mawissa), absents de l’aventure cette fois-ci.

Les Bleuets ne manquent pas de talents

Championne du monde en 2013 avec Pogba et Mbappé notamment, l’équipe de France U20 actuelle est composée majoritairement de joueurs en manque de temps de jeu en club. Elle est donc loin d’aligner ses meilleurs éléments.

Pas moins de 48 joueurs sélectionnables ont été bloqués par leurs clubs, la compétition ne se jouant pas pendant une période FIFA. Pis, certains ont été rappelés à la dernière minute.

C’est le cas de Saïmon Bouabré, héros des quarts avec un doublé contre la Norvège (2-1), rapatrié par le club saoudien Neom SC, qui lui a refusé vingt-quatre heures d’aventure supplémentaires, alors qu’il n’était arrivé sur place que depuis quelques jours seulement. 

Cela dit, les Bleuets ne manquent pas de talents. À commencer par Lucas Michal, leader technique et meilleur buteur tricolore avec quatre réalisations. Le longiligne attaquant brille par son jeu dos au but et ses remises toujours justes.

Mais il ne faut pas se raconter d’histoires. La France n’aurait sans doute jamais dû être là. Son parcours aurait pu s’arrêter dès les huitièmes tant elle a été dominée par le Japon.

Certes, supérieure à la Norvège en huitièmes, elle a ensuite souffert face aux Nippons, qui ont manqué d’efficacité (3,4 xG) avant de s’incliner sur un penalty à la toute fin des prolongations.

Ce match contre le Japon résume parfaitement la feuille de route que le Maroc devra suivre pour gêner les Français. « Il faudra jouer sur nos points forts », a martelé le sélectionneur national. Et il n’a pas tort.

Les cartons jaunes ayant été annulés, aucune suspension n’est attendue dans le groupe marocain. Seul Houssam Essadek reste incertain. Les Lionceaux auront des occasions d’exploiter leur jeu de transition, car la France n’est pas impériale défensivement.

À l’aise dans le domaine aérien du haut de son 1,94 m, Elyaz Zidane, fils de, est le joueur de champ le plus utilisé (435 minutes). S’il est propre techniquement, il souffre face aux attaquants vifs et rapides, comme en témoigne le penalty concédé face à l’Afrique du Sud.

Sur cette action, Elyaz Zidane suit son adversaire qui effectue un appel dans une zone dangereuse. Cela met en évidence un manque de discernement, car l’espace qu’il libère dans son dos est d’autant plus crucial.

Il manque parfois de discernement, suivant son adversaire direct plutôt que de couvrir l’axe. L’arrière-garde française montre aussi des failles dans le marquage sur coups de pied arrêtés. La Norvège aurait pu en profiter à plusieurs reprises.

Et le onze tricolore, qui tient à tout prix à construire depuis le gardien, perd beaucoup de ballons dans ces phases de relance basses. 

Sur cette relance dans l’axe, le gardien met son équipe en danger, car son coéquipier perd le ballon et offre une occasion aux Norvégiens.
Comme vous pouvez le voir sur cette infographie, la majorité des ballons perdus par les Français se situent dans l’axe de leur défense (14,7%).

Les Français sous pression 

Les adversaires ont souvent récupéré des ballons dans les trente derniers mètres, plein axe, sans toujours savoir les exploiter. Le Maroc, lui, devra en faire bon usage.

Autre point faible, le repli défensif parfois en dilettante après les corners. Le Japon a plusieurs fois attaqué la profondeur en supériorité numérique après ces phases.

Une situation de trois contre trois, dont le Japon n’a pas su tirer profit, s’est souvent répétée après des corners en raison d’un repli français déficient.

Avec le ballon, la France ne se précipite pas, quitte à laisser passer certaines situations de contre. Elle privilégie la possession. L’ouverture du score contre la Norvège est intervenue au terme d’une séquence de deux minutes et vingt-cinq secondes sans perdre le ballon, preuve de sa qualité technique, mais aussi de sa tendance à resserrer le jeu à l’intérieur, autour de ses ailiers.

Offensivement, le bloc équipe français reste très resserré pour récupérer rapidement le ballon après une perte. Cela permet également de regrouper les trois attaquants dans la même zone, aux abords de la surface de réparation.

Son bloc équipe est très compact en phase offensive. Les dix joueurs de champ évoluent parfois dans le camp adverse, sur une vingtaine de mètres, ce qui facilite la récupération à la perte.

Les latéraux adoptent des positions asymétriques. Le gauche reste haut et large, le droit repique dans l’axe pour offrir des solutions à l’intérieur.

Autant d’éléments déjà sur le tableau du staff marocain. Car au-delà de la charge émotionnelle qui accompagne cette demi-finale, la qualification ne se jouera pas seulement dans les têtes, mais surtout sur le terrain.