La société de gestion de fonds d’investissement Amethis a été créée en 2011. Elle compte aujourd’hui près de 60 professionnels et son siège est basé à Paris. Ses fonds sont luxembourgeois et régulés par la CSSF, ce qui leur impose un cadre de supervision aux meilleurs niveaux du secteur financier européen.
Le groupe est présent sur le continent africain à travers cinq bureaux : Casablanca, Le Caire, Nairobi, Abidjan et Cape Town. Il réunit une équipe issue d’une dizaine de nationalités, avec une forte présence marocaine qui traduit le rôle stratégique que joue le Royaume dans sa politique d’investissement.
C’est dans ce contexte que Médias24 a rencontré Wilfried Poyet, Senior Partner chez Amethis, pour détailler la stratégie du fonds au Maroc, ses priorités sectorielles, ses modalités d’intervention dans le capital des entreprises et ses perspectives pour les prochaines années.
Médias24 : Vous êtes présents au Maroc depuis huit ans. Un bilan de votre activité sur cette période ?
Wilfried Poyet : Exactement, depuis notre implantation, nous avons investi près de 200 millions d’euros au Maroc, à travers une quinzaine de participations.
Et au niveau du groupe Amethis, nous avons levé environ 1,5 milliard d’euros et attiré en sus 0,5 milliard de coinvestisseurs.
– Et aujourd’hui, combien de fonds gérez-vous concrètement ? Certains ont-ils déjà été clôturés ?
– Nous avons trois stratégies et sur chacune d’elles nous avons à la fois des fonds en cours de déploiement et des fonds en phase de levée. Plus concrètement :
>> Une stratégie panafricaine, avec des tickets d’investissement compris entre 20 et 50 millions d’euros, en position minoritaire ou majoritaire ;
>> Une stratégie MENA, centrée essentiellement sur le Maroc et l’Égypte, où nous accompagnons plutôt des PME, avec des tickets allant de 10 à 20 millions d’euros.
>> Une stratégie européenne, tournée vers des PME situées sur la rive nord de la Méditerranée principalement en Espagne et en France, qui s’intéressent au continent africain, souhaitent s’y développer, exporter, s’implanter, racheter une société ou consolider un acteur local.
Cette approche confère à Amethis une spécificité très africaine, tout en créant de nombreuses synergies entre l’Europe et nos différents bureaux africains.
Nous avons déjà clôturé des fonds, donc nous sommes présents sur l’ensemble du cycle de vie d’un fonds d’investissement : la levée, le déploiement, le monitoring et les sorties.
Nous avons un ADN d’entrepreneurs familiaux et, lorsque nous investissons, c’est souvent dans cette même logique : nous nous associons avec des entreprises familiales. Cette proximité de valeurs est essentielle pour pouvoir avancer ensemble
– Quelle est votre approche d’investissement sur le marché marocain ?
– Chaque stratégie correspond à un ticket d’investissement spécifique. La particularité sur le Maroc, c’est que plusieurs stratégies peuvent intervenir.
Cela nous permet d’investir entre 10 et 50 millions d’euros, en minoritaire ou en majoritaire, et ce quel que soit le secteur dans lequel nous choisissons d’intervenir.
– Et ces montants sont-ils définis à l’avance chaque année, ou cela dépend-il plutôt des opportunités d’investissement qui se présentent ?
– Non, cela ne fonctionne pas avec une enveloppe annuelle définie. Lorsque nous levons un fonds, nous disposons d’un certain nombre d’années pour le déployer. Il peut donc y avoir des années où nous investissons davantage que d’autres.
Par ailleurs, certains de nos fonds sont régionaux et multi pays, ce qui implique des arbitrages entre les différentes zones géographiques. Il arrive donc que l’investissement soit plus important dans une région que dans une autre, de manière ponctuelle ou structurelle.
Mais dans tous les cas, nous avons le temps de déployer un fonds sur l’ensemble des zones visées, et nous ne sommes pas sous pression pour atteindre un volume précis d’investissements par an dans tel ou tel pays. Ce n’est pas l’objectif.
– Votre stratégie d’investissement privilégie-t-elle les prises de participation majoritaires ou minoritaires ?
– Nous faisons les deux. Nous pouvons intervenir aussi bien en minoritaire qu’en majoritaire.
Notre rôle est avant tout d’accompagner la croissance des sociétés. Cela peut passer par une augmentation de capital pour financer leur développement, le renforcement du besoin en fonds de roulement, la construction d’une nouvelle usine, ou tout autre type d’investissement.
Nous pouvons également intervenir pour financer une acquisition, qu’elle soit réalisée au Maroc ou à l’international. Et puis, il y a aussi des cas liés à des transmissions de patrimoine, souvent étroitement liées à ces situations de croissance.
Par exemple, il peut arriver qu’un fondateur souhaite sortir partiellement du capital parce que c’est désormais son fils qui dirige l’entreprise. Selon la configuration capitalistique, nous pouvons alors devenir majoritaires.
Mais ce qui est essentiel pour nous, c’est d’investir aux côtés d’une équipe déjà en place, qui dispose d’un track record solide et qui a démontré sa capacité à faire passer l’entreprise d’un point A à un point B. Notre rôle est ensuite de l’aider à aller du point B au point C, idéalement encore plus loin.
Plusieurs autres opérations sont en cours au Maroc. Nous espérons en clôturer au moins une ou deux d’ici la fin de l’année
– Aujourd’hui, combien d’entreprises compte votre portefeuille au Maroc ?
– À ce jour, nous sommes autour de 8 entreprises. Et elles évoluent dans des secteurs extrêmement variés.
Dans notre portefeuille nous avons BH Holding, Netis, Energy Transfo, ASK Assurance, Globex, Magriser, Groupe Premium, Vicenne.. Sachant que nous sommes sortis il y a quelques mois ou années, notamment, de CFG, Mutandis, CMGP…
Nous sommes aujourd’hui impliqués dans plusieurs secteurs clés : la santé, la logistique, la micro-irrigation, l’agriculture et l’industrie. Ce sont des domaines stratégiques pour l’économie marocaine et dans lesquels nous voyons un fort potentiel de développement.
L’opération la plus récente concerne BH Holding, dans laquelle nous sommes investisseur minoritaire. Notre objectif est de financer la croissance et le développement du groupe, notamment dans la production de produits agricoles.
Plusieurs autres opérations sont en cours. Nous espérons en clôturer au moins une ou deux d’ici la fin de l’année.
Nous avons également l’ambition de concrétiser plusieurs deals en 2026, sur des montants pouvant aller de 10 à 50 millions d’euros, ce qui constitue une fourchette relativement large.
– Comment identifiez-vous les secteurs dans lesquels investir au Maroc ? Qu’est-ce qui guide vos choix ?
– Bien sûr, on sait que le Maroc présente des atouts évidents dans certains secteurs, comme la logistique ou l’industrie pharmaceutique. Mais pour nous, l’élément déterminant, avant même de regarder le secteur, c’est avec qui nous allons nous associer.
Il faut que nous partagions certaines valeurs et que nous ayons un ADN commun avec l’équipe dirigeante ou les actionnaires, car cela conditionne notre capacité à les accompagner dans la durée.
Nous avons nous-mêmes un ADN d’entrepreneurs familiaux et, lorsque nous investissons, c’est souvent dans cette même logique : nous nous associons avec des entreprises familiales. Cette proximité de valeurs est essentielle pour pouvoir avancer ensemble.
Ce qui m’intéresse avant tout, ce sont les personnes, leur parcours, ce qu’elles ont réalisé jusqu’à présent et leur projet de développement. L’idée est de partager cette vision. Bien entendu, le secteur doit être intéressant en lien avec ce projet, mais il vient naturellement s’adosser à l’humain, qui reste pour nous la priorité.
– Vous vous présentez comme une entreprise familiale. Comment cela se traduit-il dans votre fonctionnement ?
– Nous sommes à la fois un investisseur institutionnel, notamment parce que nous sommes régulés par la CSSF et une entreprise à dimension familiale.
Concrètement, cela signifie que les associés et partenaires d’Amethis investissent également leur propre argent dans les différents fonds. Nous sommes donc alignés avec les investisseurs qui nous font confiance, et cela nous distingue de nombreux autres acteurs du marché.
– La santé est-elle devenue aujourd’hui l’un des piliers de votre stratégie d’investissement au Maroc ?
– Tout à fait. C’est un secteur qui nous intéresse fortement. Avec l’élargissement de la couverture de l’AMO à l’ensemble des Marocains, nous savons que c’est un domaine en forte croissance, où toute la chaîne de valeur sera impactée, depuis les mutuelles jusqu’aux distributeurs, en passant par les producteurs de médicaments.
Dans l’industrie pharmaceutique par exemple, nous sommes actionnaires de Vicenne. Même après son introduction en bourse, nous le restons : l’opération d’IPO n’a concerné qu’une augmentation de capital, ce qui signifie que nous sommes toujours actionnaires à ce jour.
Nous sommes également actionnaires du groupe ASK Assurance, un courtier en assurance, donc naturellement impliqués dans le secteur de la santé.
– Dans votre stratégie, ciblez-vous principalement les mid-caps ou vous intéressez-vous également à d’autres segments d’entreprises ?
– Nous intervenons sur l’ensemble des segments. Sur les tickets importants, nous sommes plutôt positionnés sur les mid-caps, et pour des montants plus modestes, nous ciblons plutôt le segment des PME.
Notre avantage est d’ailleurs d’appliquer la même approche d’investissement pour une PME que pour une mid-cap ou une large-cap. Concrètement, cela signifie que nous mettons toute l’infrastructure d’Amethis au service d’une PME, ce qui nous distingue de certains de nos confrères qui ont une approche plus locale.
Nous apportons un ADN différent : lorsqu’on investit dans une PME marocaine, nous sommes capables de l’accompagner dans son développement à l’international.
– Concrètement, comment cela se traduit-il dans l’accompagnement des entreprises que vous soutenez ?
– Si une entreprise souhaite exporter en Afrique de l’Ouest ou, par exemple, racheter une société en Côte d’Ivoire, notre équipe basée à Abidjan peut l’aider à identifier les cibles.
De la même manière, nous disposons d’une équipe à Paris qui connaît très bien l’univers du capital-investissement, notamment en France. Si une société marocaine souhaite s’implanter ou acquérir une entreprise en Europe, nous sommes pertinents pour l’accompagner dans cette démarche.
C’est ce qui nous différencie : nous apportons une infrastructure solide, même lorsqu’il s’agit d’investissements de taille plus modeste dans des PME.
– Qui choisit qui, au fond ? Est-ce Amethis qui identifie les sociétés dans lesquelles investir, ou sont-ce les entreprises qui viennent frapper à votre porte ?
– Les deux cas de figure existent. Il arrive que des chefs d’entreprise identifient un besoin et viennent naturellement nous voir pour engager des discussions.
Mais il nous arrive aussi de prospecter activement certaines entreprises en fonction de nos connaissances sectorielles. Nous rencontrons alors des dirigeants et entamons des échanges.
Dans tous les cas, ce sont des processus relativement longs, qui peuvent prendre plusieurs années, car nous sommes souvent le premier investisseur extérieur à entrer au capital d’une entreprise familiale. C’est une étape importante et parfois perturbante pour ces familles, qui doivent prendre le temps de s’assurer que nous sommes le bon partenaire.
– Quel regard portez-vous sur l’évolution du secteur du capital-investissement au Maroc ? Voyez-vous une concurrence croissante et comment percevez-vous son avenir ?
– Je pense que c’est un secteur qui accompagne l’évolution de l’économie du pays. On retrouve aujourd’hui des acteurs historiques bien connus, des acteurs locaux, mais aussi des acteurs régionaux et internationaux, dont nous faisons partie.
C’est une industrie qui évolue au même rythme que l’économie marocaine. On observe de plus en plus de transactions et un spectre d’interventions de plus en plus large, allant des petits tickets au capital-risque ou au venture capital, mais aussi des montants plus importants liés à des problématiques de transmission.
Tout cela reflète simplement le fait que l’économie devient plus riche, plus diversifiée, et que le capital-investissement s’adapte à cette transformation.