Dans un monde en « crise de sens », comme l’a déclaré à Médias24 Faouzi Skali, président du festival en citant Edgar Morin, le festival propose une réponse audacieuse : transformer la médina de Fès en un « territoire poétique« , un espace où l’art, la sagesse et la célébration du vivant convergent.

Loin d’être un événement éphémère, le projet aspire à créer un « état d’esprit collectif » fondé sur des valeurs partagées.

Après une édition précédente intitulée « Connais-toi toi-même« , le festival se concentre cette année sur la manière dont la spiritualité soufie inspire une vision sociétale où « l’art de vivre tient une place majeure ».

Les confréries soufies, un héritage vivant et partagé

Au cœur de cette expérience se trouvent les confréries soufies (ṭuruq), véritables « écoles de l’âme » et creusets du lien social marocain. Le festival leur rend hommage en offrant une « immersion » complète dans leur univers.

À travers ses chants, ses danses et ses poésies, le soufisme se révèle comme une culture du vivant, capable de conjuguer enracinement et ouverture.

L’art musical y devient prière en mouvement, un lieu de communion qui fait « s’incarner » l’esprit soufi au cœur de la médina.

L’art, une voie d’initiation au vivre-ensemble

La programmation artistique illustre cette volonté de dialogue des cultures. Le concert d’ouverture, Présence (hadra), unit le flamenco mystique et les vers d’Ibn ʿArabî. Anghâm al-Shifâ’ explore la musique comme voie de guérison, tandis qu’un concert dédié à Paganini, présenté par la Fondation Ducci, réunit virtuosité et intériorité.

Ces expériences visent à faire de l’art un langage universel, une voie d’initiation au vivre-ensemble.

Parmi les créations majeures, la comédie musicale La Huppe et les Douze Oiseaux occupe une place singulière. Inspirée du Cantique des Oiseaux de Attâr, cette œuvre, qui intègre les acrobates du cirque Shem’sy, propose une initiation symbolique à travers le voyage des oiseaux en quête du Simorgh, figure de la connaissance de soi.

Mêlant musique, danse et récit, elle illustre la vocation éducative du festival, visant à transmettre aux jeunes comme aux adultes les valeurs du respect et de la quête spirituelle.

Un forum des consciences : penser le monde autrement

Les conférences du festival constituent un véritable « forum des consciences ». Philosophes, poètes, scientifiques et artistes y dialoguent autour de la question centrale : comment « vivre poétiquement » dans un monde en mutation ?

Un colloque rendra également hommage à Sami Ali, fondateur de la psychosomatique relationnelle, explorant le lien entre science et spiritualité.

En rapprochant sa pensée de la poésie soufie, le festival montre comment la guérison passe par la « science des états intérieurs« , un concept cher au soufisme.

Fès, une « Jérusalem qui fonctionne » et un modèle d’interfécondation

Au-delà de son contenu, le festival est le reflet d’un modèle de civilisation marocain. Cet « ADN national », forgé par douze siècles de monarchie et l’héritage andalou, repose sur une capacité unique à gérer la diversité culturelle et religieuse de manière harmonieuse.

Pour Faouzi Skali, cette « gouvernance de la diversité » confère au Maroc un rôle naturel de médiateur.

Le « vivre-ensemble » promu par le festival n’est pas une simple coexistence, mais une volonté de « faire société ensemble ». C’est cette dynamique qui est souvent décrite comme une « Jérusalem qui fonctionne », un espace où des personnes d’origines différentes peuvent se retrouver.

Le festival aspire ainsi à une « interfécondation » des cultures, en s’inspirant de la pensée du sage soufi Amadou Hampâté Bâ : « Si tu penses comme moi, tu es mon frère. Si tu ne penses pas comme moi, tu es deux fois mon frère, car tu m’ouvres un autre monde« .

C’est cette capacité à « se faire miroir« , à s’inspirer des différences pour produire une « créativité commune », qui définit l’identité du festival.

Une matrice vivante de transformation sociale

Cette vision se concrétise à travers une programmation qui va au-delà des spectacles. L’exposition Interreligiosités marocaines du photographe Manoël Pénicaud témoigne de manière tangible du pluralisme spirituel du Maroc.

Parallèlement, des ateliers autour de la danse, du parfum et de la poésie révèlent que l’art est une voie d’initiation pratique au vivre-ensemble, transformant les festivaliers en acteurs de cette recomposition du lien humain.

En conclusion, l’enjeu du festival n’est pas de célébrer un héritage figé, mais de réinventer un humanisme spirituel. Dans un monde en quête de repères, Fès incarne l’espérance d’une « civilisation du vivant« , où la culture devient une source vivante de cohésion et de construction collective.

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