Maroc – Argentine, un duel au sommet. « Peut-être que ce sera la dernière finale que l’on disputera dans notre carrière ». Houssem Essadek a parfaitement résumé en conférence de presse la portée et la saveur particulières de la finale de la Coupe du monde U20, qui opposera le Maroc à l’Argentine ce lundi 20 octobre à minuit, au Chili.
À l’instar de ses coéquipiers, le capitaine de l’équipe nationale des moins de vingt ans mesure à la fois la chance et l’honneur de fouler la pelouse de l’Estadio Nacional Julio Martínez Prádanos, à Santiago.
Une enceinte à guichets fermés où règnera une ambiance de feu, avec un public argentin venu en masse et des supporters marocains qui n’ont pas hésité à casser leurs tirelires pour embarquer dans les avions affrétés par la Royal Air Maroc, afin de traverser l’océan Atlantique et soutenir le Maroc dans sa quête d’exploit.

Ainsi devenir la première équipe africaine à remporter le trophée depuis le Ghana en 2009 face au Brésil. Ce sera la sixième fois qu’une nation africaine atteint la finale, dont cinq face à des adversaires sud-américains.
Sacrée à six reprises dans la catégorie, l’Albiceleste n’a plus atteint la finale depuis Canada 2007. Soit deux ans après que le Maroc a réalisé un parcours historique jusqu’en demi-finale de l’édition 2005. Autant dire que la pression sera la même d’un côté comme de l’autre.
« Il faut savoir gérer cette finale car le contexte est différent de ce que l’on a pu connaître jusqu’ici. Garder la tête froide et essayer de jouer notre jeu. Nous sommes confiants », a affirmé Mohamed Ouahbi en conférence de presse d’avant-match.
Le sélectionneur national se réjouit sûrement du retour de l’arrière droit Ali Maamar, absent lors de la demi-finale pour cause de suspension. Et il est encore plus heureux de pouvoir compter sur sa pépite Yassine Gessime, malgré ses prestations en dents de scie.
« Yassine Gessime poursuit sa récupération. Avant le match contre la France, il avait promis qu’il allait tout donner. Maintenant que nous sommes en finale, je crois qu’il va le faire », assure le technicien marocain.
En revanche, « Yanis Benchaouch boite encore, donc il ne sera pas apte à jouer lors de la finale. Et on voulait avoir trois gardiens avec nous en finale. C’est pour cela que nous en avons convoqué pour ce match », a-t-il ajouté.
Il s’agit du portier du Hassania Union Sport d’Agadir (HUSA), Elias Mouatiq. Du haut de son 1m92, le gardien de 19 ans risque de faire l’aller-retour en l’espace de quelques jours sans avoir foulé la pelouse.
Mais sait-on jamais. Car rappelons qu’en demi-finale, Mohamed Ouahbi avait lancé ses trois gardiens, dont Abdelhakim El Misbahi, lors d’une séance de penalty dont il a été un acteur principal.

Le collectif marocain est prêt à pallier plusieurs situations de jeu
Au-delà de l’aspect psychologique qui accompagne ce genre de rendez-vous, « le match se jouera sur des détails », promettent à l’unisson Houssem Essadek et son sélectionneur.
Mais, aussi et surtout sur la faculté des deux équipes à faire le moins d’erreurs et à les exploiter quand elles sont commises.
Sur le plan strictement tactique, le Maroc est armé pour poser de véritables problèmes à la défense argentine et inversement.
« Même s’ils sont invaincus, ils ne sont pas pour autant imbattables. On va donc mettre les mêmes ingrédients que depuis le début de la compétition. Parce que ce que l’on sait faire, on le fait très bien. Et on sait faire beaucoup de choses », précise le technicien marocain.

En effet, à l’image de l’Argentine et à quelques nuances près, le collectif marocain est prêt à pallier plusieurs situations de jeu. Avec ou sans le ballon, en bloc bas, haut ou médian.
Et comme l’Albiceleste, il possède des joueurs assez techniques pour faire des différences individuelles et créer des décalages.
« Avoir la possession du ballon n’est pas indispensable. Nous sommes préparés à toutes les éventualités. D’ailleurs, on a eu moins de possession lors de cette Coupe du monde (40 %) que pendant la dernière CAN (55 %) », assure M. Ouahbi.
Cela n’a pas empêché ses protégés d’atteindre la finale des deux compétitions. Maintenant, cela ne veut pas pour autant dire qu’en face, ils seront systématiquement en danger sur les phases de transition rapide défense-attaque.
Ce n’est pas pour rien que les Argentins ont la meilleure défense de la compétition, encaissant seulement deux buts en six rencontres et aucun au second tour.

Des coups à jouer sur les seconds ballons
Les hommes de Diego Placente, qui pourrait devenir le premier homme à remporter le tournoi comme joueur (Malaisie 1997) et comme sélectionneur, se positionnent en 5-4-1 à la perte du ballon.
S’ils peuvent presser haut par séquences, ils sont généralement en bloc médian, avec l’idée d’orienter le jeu adverse vers les côtés en fermant l’axe.

Leurs défenseurs centraux sont à la fois une force et une faiblesse. Hargneux et combatifs, Palacio, Perez et Villalba ne lâchent jamais rien. Ils sont durs sur l’homme et jouissent d’une très bonne technique défensive.
Cela dit, ils manquent parfois de discernement, notamment lorsque l’un d’entre eux se fait aspirer par son adversaire direct et laisse un trou béant dans son dos. Le Nigeria, le Mexique ou la Colombie ont tous eu des occasions sur des séquences de jeu similaires.

En outre, ils sont peu à l’aise lorsqu’il faut défendre sur du jeu long (plus d’un duel aérien perdu sur deux), d’autant qu’ils ne sont pas très grands de taille et que leur timing aérien n’est pas un modèle du genre.
Globalement, les Marocains ne devront pas s’attendre à une multitude d’occasions. Car l’Argentine n’a concédé en moyenne que 0,5 xG par match depuis le début du tournoi.
Les Lionceaux de l’Atlas seront donc dans l’obligation de concrétiser celles qui se présenteront à eux. En ce sens, il est demandé à Othmane Maama, Yassine Gessime et Yassir Zabiri d’être cliniques dans la surface de réparation adverse.
Des appels en profondeur à gérer
« L’Argentine est une équipe toujours en mouvement et qui met beaucoup de variétés dans son jeu avec ballon en s’appuyant sur le dynamisme de ses joueurs », a expliqué le polyglotte Mohamed Ouahbi, en espagnol, lors du point presse.
L’Albiceleste est animée par la volonté de constamment chercher la petite profondeur, grâce aux projections des milieux de terrain dans la surface de réparation adverse. Quasiment tous leurs buts (15) ont été inscrits dans cette zone du terrain.

In fine, l’objectif est de surprendre la défense d’en face, que ce soit par la conduite de balle ou la passe en profondeur. Pour cela, ils savent très bien qu’il faudra trouver un point de fixation intérieur.
Gianluca Prestianni est le dépositaire de cette philosophie de jeu. Le milieu offensif de Benfica (Portugal) est le moteur des attaques de son équipe.
Constamment en mouvement pour trouver des espaces libres entre les lignes, il n’hésite pas à percuter pour faire reculer la défense adverse.

Réduire son emprise sur le jeu de son équipe sera l’un des défis qui attendent le Maroc. À ce titre, on ne serait pas étonné que le sélectionneur reconduise le même milieu de terrain que face à la France, composé de Yassine Khalifi, Naïm Byar et Houssem Essadek.
Un trio qui a très bien protégé sa défense lors du tour précédent. Un duel de haute volée dont ils sont sortis rincés. Auront-ils récupéré la pleine possession de leurs moyens ? Ce sera aussi l’une des clés du match.
Quoi qu’il en soit, le Maroc a déjà conquis les cœurs. Reste désormais à écrire la plus belle page de son histoire.