Aujourd’hui, le marché boursier se négocie à 21,3 fois les bénéfices attendus en 2025. Ce niveau de valorisation signifie qu’un investisseur paie 21 DH pour chaque dirham de résultat annuel généré par les sociétés cotées.

En théorie, cela équivaut à un horizon d’un peu plus de vingt ans pour récupérer la somme investie si les bénéfices restaient constants et intégralement distribués. Cette image, purement illustrative, permet de mesurer le niveau de valorisation du marché et le prix que les investisseurs sont prêts à payer pour la croissance future.

À titre d’exemple, la moyenne du ratio cours/bénéfice sur dix ans de l’indice turc tourne autour de 10 fois, ce qui traduit une valorisation historiquement modérée.

Au Brésil, ce multiple ressort en moyenne à 18,6 fois, alors qu’il se situe autour de 10 fois au Nigeria et d’environ 9,5 fois en Égypte. Ces niveaux, bien inférieurs à celui du marché marocain, montrent que la Bourse de Casablanca s’échange avec une prime de valorisation significative par rapport à plusieurs places émergentes.

Que nous disent réellement les niveaux de valorisation actuels du marché marocain ? S’agit-il d’un signal de cherté ou plutôt du reflet de disparités profondes entre les entreprises cotées, certaines étant valorisées bien au-delà de la moyenne quand d’autres s’échangent avec une nette décote ?

Allant plus loin, est-ce que le marché exige désormais des investisseurs qu’ils paient cher pour la croissance attendue à l’horizon 2030 ? Et si un investisseur étranger comptait uniquement sur la comparaison des PER, il exclurait la Bourse de Casablanca ?

« Il faut savoir que notre marché est la deuxième place boursière en Afrique et qu’il a connu cette année une bonne dynamique et une évolution positive, en attirant plusieurs investisseurs étrangers grâce à sa bonne tenue et à une communication plus claire. Alors même si le PER reste supérieur à la moyenne des marchés émergents, qui se situe autour de 14 à 16 fois, cette prime reflète surtout la qualité de ses fondamentaux et la confiance accordée à son potentiel de croissance », commente un analyste de la place.

« Le PER reflète surtout l’anticipation des résultats futurs par le marché. Aujourd’hui, il intègre dans une large mesure les effets attendus des grands projets à venir, qu’il s’agisse de la Coupe d’Afrique 2025 ou de la Coupe du monde 2030″.

« Ces événements vont générer une dynamique d’investissement massive dans les infrastructures, l’énergie, les transports et les services. Le marché essaie déjà de les pricer dans ses valorisations, ce qui explique pourquoi certains multiples apparaissent élevés. Les investisseurs ne regardent plus seulement les résultats de cette année ou de l’année prochaine, mais les flux bénéficiaires qu’ils espèrent sur les dix prochaines années », ajoute-t-il.

Une prime de marché concentrée sur les secteurs moteurs de la décennie

Le niveau de valorisation atteint aujourd’hui par la Bourse de Casablanca illustre un marché qui s’est profondément transformé, porté par un afflux de liquidités, une recomposition sectorielle et des attentes fortes sur la trajectoire économique du pays.

L’anticipation des chantiers liés à la Coupe d’Afrique 2025 et à la Coupe du monde 2030 a joué un rôle déterminant dans ce mouvement : elle a réorienté une partie des capitaux vers la cote et renforcé l’attrait des secteurs directement exposés aux programmes d’investissement.

« Ce qui se reflète aujourd’hui dans les multiples, c’est la conviction que certaines entreprises sont en première ligne des grands cycles de transformation de l’économie. Les investisseurs veulent être présents dans ces histoires de croissance avant qu’elles n’atteignent leur plein potentiel », commente notre analyste.

Ce constat se vérifie dans les chiffres. Avec un PER moyen de 21,3 fois les bénéfices attendus en 2025, la cote marocaine affiche une prime importante par rapport au non-coté, où ce ratio tourne autour de 8,8 fois.

Mais cette moyenne masque une réalité plus marquée : la majorité des sociétés dépassent ce niveau, certaines de manière spectaculaire.

Akdital (35,9x) et Sothema (30,9x) dans la santé, TGCC (33,9x) et CMGP Group (31,9x) dans les infrastructures, Taqa Morocco (50,2x) dans l’énergie ou encore Managem (72,1x) dans les mines incarnent cette survalorisation concentrée. Ainsi, le marché paie une prime pour des perspectives qui dépassent largement l’horizon de court terme.

« Le secteur du BTP occupe ici une place centrale. L’annonce et l’exécution de grands projets liés aux événements sportifs à venir ont replacé la construction, les matériaux et les infrastructures au cœur des stratégies d’investissement ».

Les opérateurs du secteur bénéficient d’une visibilité exceptionnelle sur plusieurs années, ce qui explique des multiples souvent supérieurs à 30x avec TGCC (33,9x) et Jet Contractors (34x).

« C’est un secteur qui capte l’essentiel des anticipations économiques. Il concentre à lui seul une bonne partie de la liquidité, car il est perçu comme l’un des leviers principaux de la croissance à moyen terme », souligne un autre analyste.

L’énergie et les ressources minières suivent une logique similaire. Les ambitions nationales en matière de transition énergétique et de souveraineté industrielle ont fait émerger de nouveaux relais de croissance, poussant les investisseurs à intégrer dans leurs valorisations les revenus futurs attendus au-delà de 2030. Les multiples de Taqa Morocco ou Managem traduisent cette vision à long terme.

À l’opposé, certains secteurs conservent des niveaux bien inférieurs à la moyenne, ce qui reflète un profil de rentabilité plus stable. Les grandes banques, avec des PER entre 11x et 14x, continuent d’attirer les investisseurs en quête de revenus récurrents et de visibilité. Les télécoms et les foncières présentent des profils similaires, privilégiés pour leur résilience et leur capacité à générer des dividendes réguliers.

« La santé, le BTP, l’énergie et les mines concentrent l’essentiel des flux parce qu’ils sont perçus comme les moteurs de l’après-2025. Le marché paie donc cher pour y accéder, acceptant des multiples qui dépassent parfois 50x dans l’espoir d’une création de valeur future. À l’inverse, les secteurs à croissance plus prévisible restent recherchés pour leur stabilité, mais sans bénéficier de la même réévaluation ».

Le critère du PER est devenu tellement insignifiant sur notre marché que les investisseurs ne le prennent même pas en compte dans leur décision d’investissement ou de placement

L’après-2030 : quand les anticipations rencontreront la réalité

Si le marché paie aujourd’hui une prime aussi importante pour certaines entreprises, c’est parce qu’il a déjà intégré dans leurs cours une grande partie des perspectives liées aux grands chantiers de la décennie.

Les programmes d’infrastructures, les investissements logistiques, les transitions énergétiques, la généralisation de l’assurance maladie ou encore les projets liés à la Coupe d’Afrique 2025 et à la Coupe du monde 2030 ont alimenté les anticipations de croissance et déplacé les repères de valorisation. En d’autres termes, le marché regarde déjà au-delà de 2025 et se projette sur ce que seront les résultats à l’horizon 2030.

Mais cette prime pose une question fondamentale : que se passera-t-il une fois cette vague d’investissement passée ? Une fois les stades livrés, les infrastructures réalisées, les plans énergétiques déployés et les programmes sociaux élargis, l’économie retrouvera-t-elle le même rythme de croissance ? Les entreprises actuellement valorisées à plus de 30 ou 40 fois leurs bénéfices pourront-elles continuer à justifier ces niveaux de multiples ?

« Le marché a déjà incorporé dans ses cours une grande partie de la valeur attendue des grands projets. Après 2030, il faudra un nouveau relais de croissance pour maintenir cette dynamique. Sans nouvelles perspectives industrielles, technologiques ou régionales, le risque est que les multiples actuels deviennent plus difficiles à soutenir ».

La question de l’après-2030 renvoie donc à une problématique stratégique plus large : celle de la capacité du tissu économique à se réinventer au-delà de ce cycle d’investissement. Plusieurs secteurs devront trouver de nouvelles sources de croissance pour prolonger leur valorisation actuelle.

« L’après-2030 sera un vrai test pour la Bourse de Casablanca. Soit le marché parvient à se projeter vers de nouveaux horizons, soit il risque de traverser une phase de normalisation où les valorisations reviennent vers des niveaux plus en ligne avec les fondamentaux », conclut-il.

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Source: medias24.com