Le premier projet de décret, et le plus stratégique, établit un statut particulier pour les fonctionnaires de la Directive nationale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI), rattachée à l’Administration de la Défense nationale.
L’objectif officiel est de doter cette direction d’un cadre de gestion des ressources humaines plus flexible et attractif. Le texte vise à attirer les compétences requises à travers des processus de recrutement plus efficients et l’instauration d’une « indemnité globale incitative« , en phase avec la technicité et la sensibilité des missions de la DGSSI.
Mais au-delà des aspects administratifs, cette réforme revêt une dimension stratégique majeure. Selon notre consultant militaire, Abdelhamid Harifi, cette décision est une réponse directe à la multiplication des menaces cybernétiques qui visent le Maroc depuis 2021, avec notamment des attaques ayant conduit à la divulgation d’informations sensibles.
Pour lui, le principal enjeu de cette réforme est humain. La cyberdéfense, explique-t-il, est avant tout une affaire d’humains, bien plus que de moyens. Or, la fonction publique peinait jusqu’à présent à rivaliser avec les salaires attractifs du secteur privé pour attirer les meilleurs ingénieurs et experts.
Ce nouveau statut donnera enfin à la DGSSI la marge de négociation nécessaire pour recruter et retenir des profils civils d’excellence.
Vers une doctrine de cyberdéfense plus offensive ?
L’analyse de notre consultant va plus loin, voyant dans cette réforme une opportunité de faire évoluer la doctrine marocaine en matière de cybersécurité.
Il est temps, selon Abdelhamid Harifi, de sortir du dogme d’une doctrine purement défensive pour adopter une véritable doctrine de guerre cybernétique. L’idée serait de se doter de capacités offensives, avec des équipes capables de mener des attaques et des contre-attaques.
Les récents incidents, considérés par l’expert comme des attaques très banales, ont révélé une certaine vulnérabilité malgré les investissements consentis.
L’absence de riposte visible interroge sur la posture actuelle. En traitant la cyberdéfense comme un dogme différent de la guerre traditionnelle, le Maroc pourrait créer une nouvelle forme de dissuasion, potentiellement capable de prévenir de futurs incidents.
La santé militaire s’aligne sur la réforme nationale
Parallèlement à ce renforcement de la cyberdéfense, le Conseil des ministres a adopté un second décret modifiant et complétant l’organisation de l’École royale du service de santé militaire (ERSSM).
Ce texte vise à adapter l’école à la grande réforme du système national de santé. Concrètement, il permettra aux candidats admis à l’ERSSM de bénéficier du même statut financier que les élèves officiers des autres grandes écoles militaires.
De plus, il instaure la création d’un « Conseil de la recherche scientifique », chargé de fixer les axes de recherche et de piloter les activités y afférentes au sein de l’institution, renforçant ainsi sa dimension académique et scientifique.