La Coupe du monde U20 s’est conclue en apothéose pour le Maroc, qui a maîtrisé l’Argentine en finale, lundi 20 octobre à Santiago, au Chili. C’est une nouvelle vie qui commence pour les 22 acteurs de ce succès historique.

Ce parcours remarquable a braqué les projecteurs sur un groupe de jeunes talents qui devront désormais gérer un nouveau statut, accompagné d’un regard différent lorsqu’ils rentreront dans leurs clubs respectifs. Mais aussi de nombreuses sollicitations extérieures.

Les clubs ayant refusé de libérer leurs joueurs ou retenu leurs pépites peuvent se mordre les doigts. À l’inverse, les équipes qui ont accepté de mettre à disposition leurs joueurs hors date FIFA verront d’un bon œil l’exposition mondiale dont ont bénéficié leurs protégés.

Un groupe de 21 qui a brillé sur le plan offensif par ses individualités, mais aussi défensivement, grâce à une discipline collective de fer.

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les attaquants eux-mêmes ont réalisé des performances défensives de haut niveau (voir infographies).

L’avenir s’annonce prometteur pour la majorité des hommes de Mohamed Ouahbi. Même si les derniers vainqueurs de la Coupe du monde de la catégorie n’ont pas tous connu une carrière professionnelle au très haut niveau.

Car à cet âge-là, remporter une Coupe du monde ne garantit pas nécessairement une place dans les cinq grands championnats, et encore moins en Ligue des champions de l’UEFA, la compétition la plus relevée du football de clubs.

À l’analyse du groupe de 21 joueurs, on remarque que certains évoluent dans des championnats mineurs ou encore dans les réserves de grands clubs. Pour les uns comme pour les autres, ils auront besoin de trouver un nouveau point de chute.

Des gardiens en quête de temps de jeu au haut niveau

À commencer par les gardiens de but. Sans sa blessure contractée en demi-finale face à la France, Yanis Benchaouch aurait sans doute été nommé meilleur gardien de la compétition, tant ses arrêts ont été décisifs dans le parcours de ses coéquipiers.

Pour l’instant, le portier, qui a évité à son équipe d’encaisser environ quatre buts dans le tournoi, ronge son frein au sein des U21 de l’AS Monaco.

Et au vu de la fièvre acheteuse de ses dirigeants, qui investissent chaque saison sur un nouveau gardien, pas sûr que ce soit dans l’intérêt de Yanis Benchaouch de prolonger l’aventure sur le Rocher.

Idéalement, à cet âge, il faut avoir du temps de jeu en équipe première, quitte à redescendre d’un niveau ou à s’engager avec un club d’un championnat hors top 5 européen.

Ibrahim Gomis, Abdelhakim El Misbahi et Ilyas Motiq devront eux aussi faire face au même dilemme. Leurs prochains choix de carrières seront déterminants dans leur évolution.

Une défense impériale, à suivre de très près

En défense, on serait vraiment étonné que les quatre joueurs composant l’arrière-garde marocaine ne soient pas courtisés par les clubs les plus huppés. Ils ont fait preuve d’une grande fiabilité et d’un niveau de performance élevé tout au long de la compétition.

Si Ali Maamar commence déjà à prendre ses marques en première division belge sous les couleurs du RSC Anderlecht, avec un contrat professionnel qui court jusqu’en juin 2028, son pendant côté gauche, Fouad Zahouani, a sans doute tapé dans l’œil des recruteurs présents au Chili.

Pressenti au Raja Club Athletic (RCA) lors du dernier mercato estival, on imagine mal le natif de Casablanca continuer à jouer le ventre mou du classement avec son club actuel, l’Union sportive de Touarga.

Surtout qu’il possède également dans son armoire à trophées le Championnat d’Afrique des nations des joueurs locaux, glané en août dernier au Kenya.

Formé à l’Académie Mohammed VI avant de rejoindre le club de la capitale, le gaucher croulera sous les propositions d’ici au mercato d’hiver, qui ouvrira ses portes en janvier 2026. On prédit le même sort à la charnière centrale, composée des deux Ismaïl, Baouf et Bakhti.

Cette victoire en Coupe du monde est une forme de revanche pour le premier nommé, qui a vu les dirigeants du centre de formation du RSC Anderlecht lui claquer la porte au nez avant de poser ses valises en deuxième division néerlandaise (SC Cambuur).

Peu en vue dans un championnat à l’exposition médiatique mineure, Ismaïl Baouf a étalé tout son talent pendant la Coupe du monde U20.

Dur sur l’homme et juste dans son placement défensif, le natif de Charleroi (Belgique) a parfaitement rempli son rôle de capitaine de la défense.

Plusieurs écuries espagnoles et néerlandaises le suivent de très près, au même titre que son binôme. À ses côtés, Ismaïl Bakhti s’est montré plus discret, mais en dépit de quelques erreurs de placement, il aura été le joueur ayant remporté le plus de duels défensifs de l’équipe nationale.

Le natif de Marrakech a été parfaitement complémentaire d’Ismaïl Baouf. Sous contrat avec l’équipe réserve du Sturm Graz en deuxième division autrichienne, il a toutes les qualités pour viser plus haut.

La Bundesliga semble être un terrain idéal pour son développement.

Au-delà de ces quatre joueurs défensifs, seul Taha Majni a su tirer son épingle du jeu, notamment lors du troisième match de groupe face au Mexique mais aussi en demi-finale contre la France.

Lors de ce match, il avait suppléé au pied levé Ali Maamar, suspendu. La défense marocaine n’a pas souffert, tant il avait réussi à faire oublier le titulaire du poste.

Sa lecture de jeu lui a permis d’intercepter plusieurs ballons et de tuer dans l’œuf des contres dangereux.

Son objectif à court terme sera d’abord de se faire une place de titulaire dans son club formateur, l’Union de Touarga, avant de penser à voguer vers d’autres cieux. Rappelons qu’il n’a que 18 ans, soit un ou deux ans de moins que la majorité de ses coéquipiers.

Un milieu de terrain qui ne manquera pas de sollicitations

En milieu de terrain, cinq Lionceaux de l’Atlas ont crevé l’écran, à des degrés divers. Tout d’abord, Yassine Khalifi. Pur produit de l’Académie Mohammed VI, il a disputé presque l’intégralité des matchs de la Coupe du monde U20.

Son abattage et sa compétitivité ont fait autant de bien à son équipe que de mal à l’adversaire. Il a fermé les espaces et équilibré le bloc défensif.

Actuellement sous contrat avec le club de Charleroi SC, qu’il a rejoint cet été en provenance de la réserve du LOSC Lille, le droitier doit encore prendre ses marques dans son nouveau club. Un départ n’est pas à l’ordre du jour, du moins pour le mercato hivernal.

Même chose pour Naïm Byar, qui a totalement éteint la pépite argentine Gianluca Prestianni en finale du Mondial. Une sacrée performance pour un joueur qui avait commencé la compétition sur le banc.

Après avoir suppléé le capitaine Houssem Essadek contre le Mexique, la Corée du Sud et les États-Unis, il n’est plus sorti du onze malgré le retour d’Essadek en demi-finale.

Prêté par Bologne FC à Foggia en Série B, le Rémois devra confirmer avant de prétendre à une place de titulaire à l’étage supérieur.

Son avènement lors du Mondial a coûté sa place à Saad El Haddad. Le milieu offensif a fait banquette une fois Houssem Essadek apte à refouler la pelouse, car  il n’a pas été transcendant lors de la phase de groupe.

Malgré une belle aisance technique dans les 30 derniers mètres, le joueur de Venise (Série B) a manqué de constance dans ses performances et avait tendance à disparaître au fil des matchs.

Il serait inspiré de s’aguerrir davantage dans son club actuel avant de viser plus haut. Saad El Haddad a aussi subi une forte concurrence une fois Houssem Essadek revenu en pleine possession de ses moyens.

Le capitaine de l’équipe nationale, dont la science tactique est impressionnante pour son âge, offrait davantage de garanties, même en soutien de l’attaquant.

Après un CHAN et une Coupe du monde dans son escarcelle, on est curieux de voir quelle route il prendra après l’Union Touarga.

Choisira-t-il de franchir directement le pas vers l’Europe ? Ou bien décidera-t-il de passer par une étape intermédiaire dans un club marocain du haut du tableau ?

Une chose est sûre, un tel talent ne doit pas perdre trop de temps loin des compétitions continentales et de la course au titre, à minima.

Des attaquants qui ne feront pas long feu dans leurs clubs actuels

Par contre, les attaquants marocains n’ont pas besoin de trop se triturer les méninges pour voir leurs carrières évoluer. Les sollicitations seront légion pour s’attacher les services d’Othmane Maama et Yassir Zabiri en particulier.

Tout juste transféré à Watford (D2 anglaise) cet été en provenance du Montpellier Hérault, Maama a sans doute déjà son nom inscrit dans les short-lists des plus grandes écuries du Vieux Continent.

Élu meilleur joueur de la compétition, à l’image de Lionel Messi (2005) ou encore Paul Pogba (2013), le droitier a fait tourner les têtes de toutes les défenses du tournoi, sans exception.

Auteur de quatre passes décisives et d’un but, il aura été le moteur offensif de son équipe. Yassir Zabiri ne le remerciera jamais assez.

Le deuxième meilleur buteur du tournoi (5 buts) a certes souvent bénéficié du travail de son coéquipier sur le côté droit, mais il a aussi fait étalage d’une panoplie d’attaquant très large.

Il a marqué du gauche, du droit et de la tête. En contre ou en renard des surfaces. Sur penalty mais aussi sur coup franc. Bref, le natif de Marrakech, formé à l’Académie Mohammed VI, ne devrait pas faire long feu à Famalicão (Portugal).

À en croire le sélectionneur national Walid Regragui, il aurait même impressionné le staff de l’équipe nationale A, au même titre qu’Othmane Maama.

Pas sûr qu’ils soient convoqués à quelques semaines du coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des nations 2025. Mais sait-on jamais, tant ils ont crevé l’écran.

Yassine Gessime en a fait autant lors des deux premiers matchs face à l’Espagne et au Brésil. Mais il n’a pas tenu sur la durée et s’est éteint au fur et à mesure de la compétition.

Enfin, on ne pouvait conclure sans citer les autres champions du monde :

– Ilyass Mahsoub ; 

– Mohammed Zindin Kebdani ; 

– Anas Tajaouart ; 

– Ilias Boumassaoudi ; 

– Mohammed Hamony ; 

– Younes El Bahraoui.

À défaut de prendre la lumière, ils ont fait briller leurs coéquipiers par leur état d’esprit irréprochable, même s’ils n’ont eu qu’une seule vraie occasion pour s’exprimer, face au Mexique.

Mais dans l’intimité du vestiaire, ils ont participé à l’émulation collective du groupe et ont surtout entretenu une concurrence saine et qualitative pendant les séances d’entraînement.